Ma chérie, Léontine, je comprends tout, mais nous navons pas le choix. Il va falloir Il va falloir vendre la maison. Après la vente et le partage, il ne nous restera de quoi acheter quun appartement dans un autre quartier. Moi aussi, jaurais voulu rester ici, mais ce nest pas possible disait Camille en tenant les mains de sa fille, essuyant de temps à autre les larmes sur le visage de lenfant, puis sur le sien.
Le changement était très difficile à accepter.
Camille et son mari, Philippe, avaient partagé près de dix-sept ans de vie commune. Leur relation avait connu des hauts et des bas, mais ils saimaient, et chaque dispute se réglait presque aussitôt, avant même que les choses ne senveniment. Camille, élevée par sa grand-mère Jeanne, avait dès lenfance assimilé la leçon que celle-ci voulait lui transmettre sur la vie familiale : « Il faut que la maison soit chaleureuse ! Il faut que ton homme se sente bien chez lui, quil ne cherche pas ailleurs la compréhension, la consolation, lacceptation. Il faut que tout le monde, mari, enfants, invités, animaux, sy sente bien. Sans exception ! »
Camille acquiesçait, sans tout comprendre à lépoque, mais elle percevait que sa grand-mère voulait partager avec elle lexpérience de toute une vie. Sa propre famille et sa maison avaient été un refuge, jusqu’à ce que son grand-père trouve la mort en sauvant leur fils et leur belle-fille de la noyade lors dun été à la campagne. La rivière semblait anodine, mais les habitants du village savaient bien quelle dissimulait des tourbillons traîtres et des trous deau. Jeanne na jamais cessé de se reprocher de ne pas sêtre informée auprès des voisins. Elle croyait que, si elle lavait fait, ses enfants seraient encore vivants. Camille a tenté de la convaincre pendant des années quelle ny était pour rien, mais sa grand-mère refusait den croire un mot.
Lorsque Jeanne prit Camille sous sa garde, elle mit de côté son propre chagrin, consciente que lenfant avait besoin de vivre, de connaître la joie et le bonheur, pas seulement le deuil. Ce nétait que lors de leurs visites au cimetière, quelques fois dans lannée, que Jeanne se laissait aller à ses pleurs, vidant son cœur du chagrin accumulé. Ensuite, elle racontait à ses défunts proches comment elles allaient, elle et Camille, jurant de tout faire pour rendre la petite heureuse.
Grâce à elle, Camille eut un foyer douillet, une éducation solide, se maria, et même, Jeanne vécut assez pour bercer son arrière-petite-fille avant que la maladie ne lemporte, la laissant seule, sans autre famille.
Avec le temps, Camille se rendit compte que ce que Jeanne avait inculqué sur limportance dun foyer était en partie vrai. Il fallait effectivement veiller à son bonheur, mais il y avait des exceptions…
Les causes de dispute entre Camille et Philippe étaient rares, et, honnêtement, il ny en avait quune seule, inlassablement la même : sa belle-mère.
Geneviève était lexemple parfait de la « Mère » avec un M majuscule, convaincue davoir toujours raison, avec lair dune donneuse de leçons accomplie.
Philippe avait été lunique enfant que sa mère avait mené à terme après cinq fausses couches douloureuses. Toute laffection quelle était capable de donner, elle lavait déversée sur lui.
Philippe tenait à sa mère et probablement pour cette raison, il ne savait pas lui tenir tête, comme son père avant lui. La tactique familiale consistait à écouter Geneviève silencieusement, à acquiescer, puis à faire les choses à leur manière malgré tout.
Au début de leur relation, Philippe retarda la rencontre avec ses parents, redoutant les conséquences. Avec Jeanne, la grand-mère de Camille, ils étaient allés boire le thé au bout de deux jours. Philippe nexpliqua pas tout de suite sa réserve, cédant seulement le jour où Camille soffusqua :
Tu ne veux pas me présenter à tes parents ? Je ne suis pas assez bien pour eux ? Philippe, cest quoi notre relation alors ? Tu parles mariage à ma grand-mère, et moi je nai même pas vu ta famille.
Philippe soupira, embrassa Camille, et dit :
Jai peur que tu ne veuilles plus de moi, après.
Bête va ! Moi, cest toi que jépouse, pas ta famille !
Quelle insouciance à lépoque !
Geneviève scruta Camille du regard, puis demanda dun ton froid :
Tes parents faisaient quoi dans la vie ?
Ma mère enseignait à la faculté de médecine, mon père était médecin. Mais ils sont morts quand javais cinq ans. Cest ma grand-mère qui ma élevée.
Daccord.
Ce fut tout ce que Camille récolta ce soir-là. Après plusieurs années auprès de Philippe, Camille dut adopter la même tactique que son mari : répondre par des formules polies, éviter le conflit, mais cela narrangeait rien. Elle voyait bien le tiraillement de Philippe, tentant de maintenir la paix dans cette famille, tandis quelle-même sépuisait à vouloir arrondir les angles, puis finit par demander à Philippe de limiter leurs visites à lessentiel. Celui-ci acquiesça, harassé, la prenant dans ses bras.
Excuse-moi, souffla-t-il.
La situation se dégrada après la mort du père de Philippe. Celui-ci succomba en un mois à un cancer. Geneviève, bouleversée, expliqua à Philippe quil était désormais responsable delle. Il sy plia. Dès lors, ils ne se voyaient plus que rarement le soir : Philippe passait voir sa mère, ne rentrant chez lui qu’à minuit. Cela aurait pu durer longtemps encore, si leur fille, Léontine, trois ans à lépoque, ne sétait rebellée. Elle se détourna de son père, lui faisant sentir son chagrin.
Elle sennuie de toi, Philippe. Elle ne te voit que le week-end expliqua Camille, qui savait combien cette situation était pénible pour son mari, mais quil fallait agir sans attendre que lenfant coupe les liens avec son papa.
Camille, excédée, trouvait anormal que Geneviève, toujours en bonne santé, active, fréquentant théâtres et vernissages, monopolise son fils au point de priver une enfant de son père. Elle aurait pu faire leffort de pardonner quelques soirées perdues, mais pas cet éloignement.
Philippe, il faut régler ça. Léontine a besoin de son père. Moi aussi dit-elle en serrant son mari contre elle. Tu me manques
Ce fut la crise, mais Philippe réussit à gagner le droit de voir sa mère seulement deux fois par semaine. Avec le temps, Geneviève sy résigna en apparence.
Une fois, à la maternelle, la maîtresse donna aux enfants pour tâche de dessiner leur famille en personnages de conte. Léontine sappliqua longuement, tirant la langue de concentration. Quand Camille découvrit le dessin, elle appela Philippe, hilare :
Philippe, prépare-toi à la tempête ! Viens voir ça !
Philippe, découvrant le dessin, saffala de rire sur le canapé, plié en deux. Léontine, vexée de voir ses parents se moquer, pleura :
Jai fait de mon mieux, moi
Elle ne comprenait pas ce qui prêtait à rire : elle avait dessiné son papa en chevalier, sa maman en fée, son grand-père en vieil enchanteur, son arrière-grand-mère en pommier aux pommes dor, et sa grand-mère Geneviève en dragon à trois têtes ! Elle avait beaucoup travaillé les flammes, même si le crayon jaune avait cassé juste au mauvais moment… Elle navait même pas eu le temps de demander à sa maman de le tailler, car celle-ci avait déjà vu le dessin.
Léontine naimait pas sa grand-mère Geneviève. Quand celle-ci venait, rarement, souvent pour les fêtes, elle avait envie de len chasser. Lenfant sentait, dun instinct infaillible, que sa grand-mère naimait pas sa mère, quelle cherchait toujours à lui nuire ou la blesser polie en apparence, mais Camille finissait bouleversée à chaque visite. Léontine ne savait pas comment laider. Un jour, elle tenta même de pousser sa grand-mère vers la porte, mais Philippe len empêcha :
Ta fille a une très mauvaise éducation, Philippe ! fit Geneviève, scandalisée.
Après cela, Geneviève se fit rare, même à Noël. Philippe finit par décider que cétait mieux ainsi. Désormais, ils allaient voir sa mère, mais Léontine faisait tout pour y échapper. En grandissant, elle comprit de mieux en mieux lintransigeance de sa grand-mère.
Mais elle ne saisit la vérité sur Geneviève quaprès la mort de son père.
Philippe disparut brutalement, terrassé par une crise cardiaque au bureau, à quarante-quatre ans. À lannonce de la nouvelle, Camille, alors au travail dans une bijouterie, tomba en syncope, souvrant la joue sur une vitrine. Les vendeuses, prises de panique, appelèrent le SAMU, lui donnèrent du tilleul, ramassant au passage les éclats de verre dans ses cheveux.
Le monde sarrêta pour Camille. Incapable de penser, de soccuper de rien, hébétée, elle fut épaulée par les amis de Philippe, qui organisèrent tout, nourrissant Léontine, maintenant lordre dans la maison, glissant un bol de soupe dans les mains de la veuve accablée.
Quelques semaines après les obsèques, Camille fit un rêve.
Mamie ! Mon Dieu, tu mas manqué ! sécria-t-elle en voulant embrasser Jeanne, qui la repoussa dun air sévère.
Que fais-tu ?
Quoi, mamie ?
Où est Léontine ?
Au lit, je suppose
Viens ! lança-t-elle, toujours distante. Elles entrèrent dans la chambre de Léontine, Jeanne montra la petite : Tu dis quelle dort ? Elle pleure Réveille-toi, Camille !
Secouée, Camille rouvrit les yeux sur les sanglots de sa fille, cette fois bien réels. Elle courut la retrouver, se coucha près delle :
Ma puce, ne pleure pas ! Je suis là, je le serai toujours.
Léontine se blottit contre elle.
« Merci mamie Je comprends. Tu nas jamais abandonné. Cette fois, je men occupe Ça ira »
Au réveil, Camille prépara des crêpes, parfumant la maison de vanille. Léontine, attirée par lodeur, vint à la cuisine :
Maman ?
Bonjour, ma chérie. Lave-toi, on va petit-déjeuner, puis je temmène à lécole.
Déjà ?
Camille lembrassa.
Cest le moment, ma grande. Papa voudrait te voir heureuse. Il tenait tant à ton bonheur Il nous aimait si fort Ça doit continuer ainsi. Va te préparer, sinon je vais être en retard au travail.
Prudentes, elles reconstruisirent une vie nouvelle. Camille reprit son poste, Léontine continua lécole en sefforçant daider sa mère, préparant le dîner ou rangeant lappartement.
Quand Léontine reçut sa carte didentité, elles fêtèrent lévénement avec un gâteau.
Tu vois, papa, je suis grande maintenant ! Tu maurais encore tiré la couette en me traitant de petite lança Léontine devant le portrait de son père.
Camille la serra contre elle.
Et une semaine plus tard, un soir, Geneviève frappa à la porte.
Bonsoir Camille. Il faut quon parle.
Elles ne sétaient pas revues depuis la cérémonie. Geneviève, ce jour-là, avait murmuré à Camille :
Cest de ta faute. Sil ny avait pas eu toutes tes « demandes », il serait encore en vie Tu ne savais que réclamer Voilà pourquoi il est mort si jeune Cest ta faute.
Le visage de Camille blêmit, mais ce fut Denis, lami de Philippe, qui lentraîna dehors :
Ne lécoute pas ! Camille, regarde-moi ! Chacun son destin, tu comprends ? Philippe taimait, toi et Léontine, plus que tout
Camille fondit en larmes sur son épaule. Elle navait plus de forces, survivait à peine avec les gorgées deau quon lui proposait.
Assise sur le banc près de léglise, elle attendit que tout le monde sorte. Geneviève, passant devant elle, lâcha un juron à son encontre, sans souci pour Léontine assise à côté de sa mère.
Ce soir, Geneviève sassied, pâle, fatiguée.
Du thé ? propose Camille.
Non ! Je suis venue pour parler de la maison.
Camille croit mal entendre.
Comment ça ?
Ils avaient construit la maison à force de sacrifices enceinte, Camille suivait le chantier, surveillée par les ouvriers amusés de la voir inspecter les travaux. Philippe sen moquait gentiment :
Avec toi, ils ne traînent pas ! Dans un mois, on emménage !
Le jour où ils entrèrent dans leur chez-eux resta gravé dans sa mémoire à la seconde près. Cet endroit était son nid.
Camille, ces rideaux sont identiques à ceux davant, non ?
Tu ny connais rien, la nuance nest pas la même !
De tels débats les exaspéraient, mais réjouissaient Philippe.
Maintenant, elle comprenait que cela nétait plus chez elle.
Je nai pas le choix Geneviève posa enfin les mains sur la table, les tremblements calmés. Il faut vendre la maison. Jexige ma part dhéritage.
Quel héritage ?
Celui qui mest dû par la loi. Tout, jusqu’au dernier centime.
Cest à ce moment que Léontine entra, poings serrés.
Partez ! lança-t-elle.
Quoi ?
Jai dit : partez ! Et ne revenez jamais.
Tu te rends compte comment tu me parles ? Je savais que tu étais mal élevée, mais à ce point ! En qui prends-tu exemple
Mon père ! répondit Léontine, la voix claire.
Non, tu ressembles plutôt à ta mère
Ne linsultez plus jamais ! Vous pensez que je suis petite, que je ne comprends rien ? Je comprends tout ! Levez-vous et partez. Nous ferons en sorte de ne plus jamais vous croiser.
Sous lémotion, Léontine venait, sans sen apercevoir, de commencer à vouvoyer sa grand-mère.
Camille la serra et la fit sortir.
Merci ma grande, maintenant laisse-moi faire, lui dit-elle en la poussant doucement dans le couloir.
Léontine partit, Camille respira un grand coup et revint à la cuisine.
Quest-ce que cest que ça ? Tu as monté lenfant contre moi, je nen reviens pas !
Je nai rien monté du tout. Vous lavez fait vous-même.
Geneviève voulut protester, mais Camille larrêta, brusque, pour la première fois :
Ça suffit. Léontine a raison. Vous nêtes pas la bienvenue ici. Je verrai un notaire et vous serez payée. Ensuite, nous naurons plus rien à voir ensemble.
Tu rêves !
Je nespère rien, je ferai ce quil faut. Vous me faites de la peine. Vous allez vous retrouver seule
Ce ne sont pas tes affaires ! cria presque Geneviève en semparant de son sac pour sortir précipitamment.
Léontine entendit la porte claquer et rejoignit sa mère, quelle trouva effondrée à la table.
Maman ?
Oui, ma chérie Camille sessuya les yeux et leva le regard.
Elle était sérieuse ? On va devoir partir ?
Je ne sais pas encore. On verra. Mais pourquoi es-tu là ? Tu avais encore deux heures de cours et tu ne mas pas appelée pour que je vienne te chercher.
Le cours dalgèbre a été annulé, la maman de Maxime ma ramenée. Je nai pas voulu tappeler, à quoi bon
Daccord Tu as beaucoup de devoirs ?
La conversation reprit son cours habituel, le froid laissé par la tempête Geneviève sestompant.
Maman ? Pourquoi les gens se détestent-ils, sont-ils en colère ou haineux ?
Elles étaient blotties sur le canapé, feignant de regarder un film, comme prétexte pour se confier.
Il y a mille raisons. Tu parles de ta grand-mère ?
Oui. Pourquoi elle ne taime pas, ni moi
Moi, cest évident. Je ne lui ai jamais plu. Cétait impossible.
Pourquoi ?
Parce quelle pensait que je lui avais volé son fils.
Et cest vrai ?
Non, bien sûr. Je voulais former une famille, pas la priver de quoi que ce soit Je pensais même lui apporter des petits-enfants, toi Mais finalement, il ny a que toi. Pourtant, je croyais que tous les parents rêvaient de petits-enfants.
Peut-être, mais elle na pas voulu de moi non plus ?
Pas tout à fait. Elle était heureuse à ta naissance. Attends ! Camille alla chercher un bonnet brodé et une petite couverture. Cest elle qui les a faits, pour toi.
Léontine observa soigneusement le bonnet.
Cest un travail de patience Et la couverture aussi Cest du crochet ?
Oui. Regarde comme cest fin. Seule une personne qui a hâte daccueillir un nouveau-né fait un tel cadeau.
Léontine réfléchit.
Alors pourquoi est-elle comme ça aujourdhui ?
Je ne sais pas, ma chérie. Je crois que cest la douleur, la solitude. Certains sombrent dans la noirceur, se persuadant que tout le monde est coupable de leur chagrin. Ne lui en veux pas. Ce quelle fait, cest la douleur qui parle Aie un peu pitié. Nous, nous avons quelquun pour nous soutenir elle, non.
Léontine serra la couverture.
Le lendemain, Camille appela Denis, qui contacta un notaire. Le verdict tomba : elle devait vendre la maison, nayant plus déconomies, tout ayant été investi dans la construction.
Camille expliqua à Léontine quil fallait chercher un nouvel appartement.
Mais Léontine avait dautres projets. Tôt le matin, prétendant aller à lécole, elle se rendit chez sa grand-mère.
Que fais-tu là ? demanda Geneviève en ouvrant la porte.
Léontine tendit bonnet et couverture en silence.
Quest-ce que cest ? la voix de Geneviève trembla légèrement.
Cest magnifique. Je sais que tu las fait pour moi.
Entre
Le soir venu, Léontine sapprocha de sa mère, affairée à parcourir les annonces immobilières sur lordinateur, et la serra fort.
Maman !
Hmmm ? Camille, absorbée, cliquait encore.
Nous ne déménagerons pas.
Quoi ? Camille leva les yeux.
Je tai dit quon ne partira pas. Jai parlé à grand-mère.
Camille écarquilla les yeux :
Tu as fait quoi ???
Je suis allée la voir. Je lui ai expliqué que je ne voulais pas quelle soit seule Je lui ai laissé le choix : soit elle réclamait sa part et je ne lui adressais plus jamais la parole, soit elle renonçait à la maison et nous garderions contact.
Et alors ?
Voilà Léontine déposa un paquet sur la table.
Camille le déballa : un superbe jupon en dentelle blanche. Un vrai travail de fée.
Tu comprends le temps et lamour quil faut pour faire ça ?
Oui, maman Je comprends. Elle souffre beaucoup. Elle a très mal. Et elle sennuie de papa. Elle a pleuré, maman
Elle a pleuré ? Geneviève ?
Oui
Camille resta sans voix. Elles écoutèrent le silence, puis le téléphone sonna.
Bonjour, Camille, fit Geneviève à lautre bout.
Bonjour Léontine ma parlé de votre conversation.
Oui. Je tenais à tinformer que je ne réclamerai rien sur la maison. Cest à vous. Et merci pour le compliment sur le jupon. A demain, treize heures chez le notaire. Je tenvoie ladresse. Et, Camille Léontine est une enfant merveilleusement bien élevée !
Camille resta un moment à écouter la tonalité, puis revint, émue, embrasser sa fille.






