Le Capteur de Rêves

Attrape-rêves

Non, pas encore ! Simone, Sim ! Debout ! Vite, avant quelle ne réveille les petits ! Retiens-la ! Jai quitté mon lit à la hâte et secoué lépaule de ma sœur, Lucie. Mais quand finira-t-elle par sapaiser…

Sophie sagitait dans son sommeil, son gémissement se prolongeant dans la chambre, douloureux, bouleversant, à tel point que jen attrapais la chair de poule, regardant derrière moi comme si un fantôme allait surgir.

On se croirait dans un mauvais film dhorreur ! râla Simone en repoussant sa couette, puis, les yeux encore mi-clos, elle franchit la pièce dun pas lourd pour sapprocher du lit de Sophie.

Elle se glissa sous ses couvertures, serra la petite contre elle et chanta doucement :

Dors, dors, ma chérie, ne tinquiète de rien… Oh non, Lucie ! Tu ne vois pas ? Elle est brûlante ! Va chercher maman !

Lucie hésita, soupira, puis sortit de la chambre pour aller prévenir nos parents. Que faire dautre ? Sophie, cest notre petite sœur autant que les autres. Maman nous en voudrait trop si on lui cachait quelque chose.

Dans la chambre parentale, tout était calme. Je me penchai sur le berceau de Paul, tout contre le lit de nos parents, puis tapotai doucement lépaule maternelle dAnne.

Maman…

Ses yeux bruns, les mêmes que les miens, souvrirent aussitôt, comme si elle somnolait à peine, et sa main chaude attrapa mes doigts.

Quy a-t-il ma puce ?

Cest Sophie… Elle ne va pas bien, elle a de la fièvre, elle est brûlante !

Paul a gémi dans son sommeil, et maman sest mise à fredonner tout bas, exactement comme Simone avant elle :

Dors, dors, mon petit ange…

Dun geste tendre, elle a mis ma main sur le flanc de Paul.

Reste avec ton frère, quil ne séveille pas. Jy vais…

Légère, bien que son dos lui fasse encore mal depuis sa chute de lescabeau la veille, maman se leva sur la pointe des pieds et fila vers la chambre des filles, attentive à la moindre variation dans lobscurité endormie de la maison.

Notre maison… son orgueil. Combien de fois avait-elle entendu, lors des travaux, quils narriveraient jamais à bout, mon père François et elle ? Que tout cet effort était inutile, quils seraient bien plus à laise dans leur appartement parisien…

Les membres de la famille haussaient les épaules, balançant sans gêne :

Mais pourquoi une maison aussi grande ? Vous navez pas denfants !

Le cœur de maman se serrait à chaque fois, et elle baissait la tête, osant à peine regarder les gens en face. On ne la pensait pas capable dêtre mère ? On la méprisait ? À quoi bon relever la tête alors ? Sûrement y a-t-il des femmes meilleures, se disait-elle.

Chaque fois que François la voyait revenir dune discussion de famille, bouleversée, il la prenait dans ses bras.

Nécoute pas, Anne, ils ne comprennent rien à la vie.

Mais ils nont pas tort, François… Sil ny a pas denfants …

On verra bien ! Il serrait les dents, prêt à tout pour que son rêve devienne réalité.

Tout semblait possible, à condition davoir de quoi payer et de vivre près de Paris. Mais une clinique, deux, puis trois, et partout : refus. Les médecins, fatalistes :

Nous ne faisons pas de miracles…

Et Anne cachait son regard, cette fois même devant François, sans oser lui avouer ce quelle pensait. Quand il parla de construire une maison, elle osa enfin :

Pas avec moi, François… Je taime, tu le sais… Mais tu mérites une famille. Si je ne peux pas toffrir denfant… alors je demanderai le divorce.

Rêve toujours ! En colère, François posa sa tasse bruyamment, manquant de se brûler, avant de tourner dans la cuisine, vexé. Anne ! Je dis ce que je pense, même sans les belles façons qui plaisent tant à ta mère ! Je ne te laisserai pas partir, sache-le. Qui ta dit que je voulais une autre ? Tu ménerves avec tes histoires. Moi, cest toi que je veux ! Les enfants, ce serait du bonheur, mais sil ny en a pas… cest la vie. Tout le monde na pas ce destin.

Anne ne fut bien sûr pas rassurée. Un homme peut changer davis, pensait-elle. Plein dénergie et despoir aujourdhui, et demain… qui sait ce quil regrettera.

Mais François, lui, tenait bon. Il avait trop attendu celle qui faisait désormais son bonheur.

Cétait déjà le deuxième mariage dAnne. À dix-neuf ans, elle était partie chez un autre davantage pour fuir la maison, son atmosphère irrespirable, que par amour. Sa mère, Madeleine, laimait passionnément certains jours, puis, soudain, la repoussait avec une dureté glaciale.

Comment ai-je pu avoir une fille aussi incompréhensible ! Parfois, Anne, tu es un génie, parfois…

Anne, incapable de répondre, baissait les yeux, se recroquevillant sous les reproches.

Demandez-lui : aime-t-elle sa mère ? « Bien sûr ! », répondrait-elle sans hésiter. Peut-on ne pas aimer sa mère ? Mais, en grandissant, Anne réalisa que les diplômes, une bonne situation, les amis, ne donnent pas la chaleur ni lâme. Madeleine impressionnait mais, avec elle, tout marchait sur le fil du rasoir, sauf dans sa relation avec sa fille. Rien nallait.

Maman, pourquoi ne maimes-tu pas ? lança Anne une semaine avant son premier mariage, après que Madeleine eut moqué sa robe de mariée pourtant si soigneusement choisie.

Ne dis pas de bêtises…

Quoi que je fasse, ce nest jamais bien…

Fais ce quil faut ! Et tout ira mieux ! Arrête de me fatiguer avec tes histoires. Veux-tu que japprouve tes choix ? Cest ton affaire ! Ne viens pas ensuite maccuser !

Parfois…

Quand tu seras mère, tu comprendras !

Comprendre quoi, maman ?

Ce que cest, aimer un enfant. Et le lui faire savoir. Crois-tu que je nai rien fait pour toi ?

Ce jour-là, Anne comprit ce qui coinçait dans sa famille. Après avoir parlé aux sœurs de sa mère, elle en eut confirmation : ses parents attendaient un fils. Sa naissance à elle navait pas été source de grande joie.

Quelle époque ! pensait Anne, déambulant dans le Jardin du Luxembourg à lautomne. Pourquoi les filles ne vaudraient-elles pas les garçons ? Quand jaurai des enfants, ils seront tous égaux… Jespère…

Le mariage fut splendide mais vain. Oppressée par son corset, la robe peu à son goût, Anne avait du mal à respirer. Sa mère, cependant, paraissait fière. « Tu es heureuse, Anne ? »

Impossible de répondre franchement. Elle acquiesça, cherchant sa meilleure amie, espérant que celle-ci viendrait desserrer la robe. Mais oser dire à sa mère quelle ne se sentait pas à sa place ? Jamais…

Son premier mariage, trop jeune, trop précipité, dura à peine un an et demi. Quand elle perdit son bébé, son mari fit ses valises et retourna chez ses parents, la laissant seule à la maternité.

Dans lappartement offert par ses parents, Anne seffaça. Madeleine la récupéra à la clinique avec, déjà, un plan en tête.

On va louer lappartement, Anne. Tu reviens avec nous. Cétait bien assez ! Il est temps dêtre sage, que je te présente un bon parti.

Anne ne broncha pas, mais, le soir venu, elle alla trouver son père.

Papa, si tu maimes un peu, laisse-moi vivre seule. Je ne peux plus rester chez vous.

Curieusement, il comprit cette fois. Il imposa même à Madeleine un soutien financier et lui interdit toute intrusion.

Jai décidé ainsi.

Madeleine nosa protester quune fois, plus tard, quand Anne, installée à mi-temps, refusa toute aide. Elle mit alors la pension de côté, au cas où.

Anne finit ses études, décrocha une promotion, mais sa vie privée était vide. Elle nétait pas laide, mais on disait delle quil lui manquait cette étincelle capable denveler un cœur.

Il y avait une raison : des complications lors de son accouchement prématuré la condamnèrent à la stérilité. La nouvelle la brisa. Elle fonctionnait en pilote automatique, et tous le remarquaient.

Mais qua ta fille, Madeleine ? questionna sa tante, Françoise. Regarde-la bien. Elle na plus de lumière dans les yeux !

Les tantes furent la source de rencontres arrangées lors de déjeuners ou garden-parties à la campagne. Cest ainsi quAnne croisa la route de François.

Il nétait pourtant pas invité : simple chauffeur de taxi, il avait amené une tante. Mais Anne explosa ce jour-là, excédée par lambiance compassée et les obligations infantiles qui faisaient pleurer les enfants plus quils ne les réjouissaient. Habitude de faire déclamer des poèmes à la moindre occasion…

François, lui, ne posa aucune question. Il ramena Anne à Paris, sourit en la voyant fouiller sa poche.

Zut…

Que se passe-t-il ?

Jai oublié mon portefeuille à la campagne…

Tant pis, un sourire suffira. Cest payé.

Froncée, elle répliqua :

Attendez-moi, je vais vous régler.

François ne lattendit pas. Quand, de retour de sa chambre, elle descendit, son chauffeur avait disparu. Elle pensa à leur étrange rencontre.

Le lendemain matin, François attendait devant limmeuble. Anne, partant travailler, neut même pas lair étonnée en reconnaissant la voiture.

Monte !

Il était détendu, sûr de lui, et plutôt drôle, car avec ses talons, Anne dépassait facilement dune tête ce grand gaillard.

Attends-moi, je reviens !

Cette fois, elle enfila des ballerines avant de revenir sinstaller à côté du chauffeur. Ainsi naquit leur histoire.

Anne était prudente, gênée par ses propres sentiments, consciente que sa famille napprouverait jamais. Mais chez François, elle sentit assez de chaleur et de lumière pour oser se lancer. Peu importe ce que maman penserait.

Évidemment, Madeleine nen resta pas là. Elle en fit une scène mémorable.

Je te renie, tu mentends ? Je vais te priver de tout ! Anne, réfléchis ! Ce nest pas un mari pour toi !

Mais, pour la première fois de sa vie, Anne ne céda pas.

Elle parla de son problème à François bien avant le mariage.

Quen penses-tu ? Je ne pourrai peut-être jamais te donner denfant…

Les gens se marient-ils seulement pour enfanter ? Je taime, Anne. Beaucoup. Pour moi, rien na plus dimportance.

Ce nest pas ce que tu diras dans dix ans…

Je tiendrai toujours parole, tu verras. Mon père disait quun homme, un vrai, respecte ses engagements.

Ils se marièrent à la mairie, puis fêtèrent lévénement le week-end, chez les parents de François, en banlieue. Les parents dAnne, blessés, refusèrent de venir, sauf son père, qui fit une brève apparition.

Avec ses beaux-parents, Anne trouva une complicité inattendue. Sa belle-mère, Odette, ouvrait grand la porte de la cuisine :

Tes toute maigre, ma fille ! François, cuisine et nourris-la bien ! Viens, viens voir, la confiture nattend pas ! Les hommes, ils engloutissent tout et ne laissent rien !

Maman… François riait de la voir ainsi perdue.

Laisse-moi faire ! Allez, viens ! La vie est trop courte pour rester à râler dans son coin !

Assise à cette table cirée, Anne retrouva une simplicité quelle navait jamais connue chez elle.

Et, quand Odette apprit pour la stérilité dAnne, elle lenlaça sans un mot.

Ma pauvre petite… Mais tu sais, on ne sait jamais ce que la vie réserve. Moi, tu sais, je suis adoptée…

Vraiment ?

Oui. Mes parents mont choisie. Et tu crois que lhérédité, ça change tout ? Les vrais parents, cest ceux qui aiment, Anne. Chacun son histoire

Ces mots furent semés comme des graines.

La maison de François prenait forme, aidée par son père, récemment retraité et ravi daider, ainsi que par ma mère Anne. Elle, tout en gérant sa carrière davocate, avait changé de vie.

Ils suivirent une courte formation pour adopter. Ils neurent même pas le temps de répondre au premier appel de lAide Sociale à lEnfance, quOdette appela en trombe :

Lucie, cest maman Odette. Tu te souviens des Dubois, nos voisins ? Eh bien leur mère a abandonné les enfants… On les a placés ! Ils sont adorables ! Un peu timides, mais très courageux. Bon, je sais que vous vouliez adopter un seul petit, mais… ils sont trois frères et sœurs. Ça serait dommage pour eux dêtre séparés !…

François me fit signe, je mis mes baskets à la hâte et nous prîmes la voiture.

Ainsi, je suis devenue maman de trois enfants dun coup, sans vraiment réaliser.

Simone (alors sept ans), Lucie (six ans), et Alexandre, à peine deux ans, sintégrèrent vite à notre famille. Surtout Alexandre, attachant, tout sourire, qui sest mis très tôt à mappeler «mamounette», ne me quittant plus dune semelle.

Anne, mais tu es folle ! Trois enfants, et de cette famille-là ! sétonnait encore Madeleine. Comment ont-ils osé vous les confier ?

Maman, je suis avocate…

Tu feras comme tu veux, Anne, tu fais toujours comme tu veux ! Depuis ton François, maintenant ces enfants…

Pour la première fois de ma vie, jai coupé court.

Les années ont filé ainsi, les enfants grandissant et remplissant la maison de joie.

Un jour, jai appris, sans y croire dabord, que jétais enceinte. Javais tout mis sur le compte du stress et de la fatigue.

François tenait absolument à ce que je consulte. Maman Odette, qui était restée quelque temps pour m’aider, devina tout de suite :

File chez le médecin, je suis sûre de ce que javance…

Quand jai vu Paul à lécran de léchographie, jai fondu en larmes de joie.

Paul est né lhiver suivant. Soccuper dautant denfants tenait de la folie, mais cétait du bonheur pur que je naurais jamais imaginé connaître.

Simone et Lucie accueillirent leur nouveau frère avec sagesse : une bouche de plus, cest tout, mais quelquun à aimer. Alexandre eut du mal, jaloux, craignant de perdre sa place dans mon cœur.

Il fallut beaucoup de tendresse pour lui expliquer quun nouvel enfant neffaçait rien.

Et cest à ce moment que la vie amena encore un orage, et une cinquième petite fille fit son entrée : Sophie.

Cest ainsi que se referma une ancienne blessure familiale. Sophie était la fille de ma cousine éloignée, Claire, partie vivre en Provence avec son mari. Je ne savais presque rien delle.

Le téléphone de maman a sonné en pleine nuit :

Anne ! Tu comprends ce que je te dis ? Il ny a plus Claire, plus de maman pour Sophie ! Ce malheureux… Pauvre enfant, qui voudra dune orpheline héritant dun tel drame ?

En un rien de temps, jai compris où était Sophie et, sur les conseils de ma tante Françoise, je suis partie la chercher. Ce fut compliqué. Sophie était brisée, épuisée, apeurée par la vie.

Souvent, réveillée en sursaut par ses cris, je venais masseoir près delle, la rassurais :

Sophie, tu es ici chez toi. Tout va bien. Personne ne te fera de mal.

Mais elle narrivait pas à shabituer à la nouvelle réalité.

Est-ce que maman va revenir ? me murmurait-elle parfois en cachant son visage dans mon cou.

Pour linstant tu restes avec nous, ma chérie…

Un jour, elle a posé la question, sans détour. Je nai pas suivi les conseils du psychologue, ai répondu dans les yeux de Sophie :

Non, elle ne reviendra pas.

À ma surprise, Sophie a accepté la vérité en silence, pleurant doucement dans mes bras et laissant, pour la première fois, ses sœurs lenlacer.

Les cris, cependant, continuaient la nuit.

Mamie, pourquoi Sophie met tant de temps à ne plus avoir peur ? demanda Simone à Odette, inquiète aussi pour Alexandre, dont le sommeil était perturbé.

Parce que vous, mes chéries, vous êtes fortes grâce à tout ce que vous avez traversé. Mais Sophie, elle, na pas appris à se défendre. Il faut laimer, voilà tout. Un jour, elle sentira que cest sa maison, et ça ira mieux.

Les filles multiplièrent les cadeaux pour Sophie, mais rien ny faisait.

Cest Alexandre qui trouva la solution. De retour dun week-end chez Odette, il ramena un livre sur les Indiens. Il sauta hors de la voiture et, tout excité, courut voir ses sœurs :

Regardez ! Un attrape-rêves ! Il faut fabriquer ça pour Sophie ! Comme ça, ses cauchemars seront piégés, elle ne criera plus la nuit !

Simone applaudit, se mit à feuilleter le livre.

Nous préparâmes perles et rubans, dénichâmes quelques jolies plumes et, ensemble, bricolâmes un attrape-rêves. Alexandre choisissait les perles :

Bleu, comme la couleur préférée de Sophie. Rouge pour moi, jaune pour Simone, blanc pour Lucie…

On garda le secret jusquau bout, espérant que la magie prendrait.

Cette nuit-là, Sophie, secouée par un cauchemar, se réveilla en hurlant et, pour la première fois, se jeta dans mes bras :

Ne me laisse pas ! Ne les laisse pas memmener…

Personne ne tenlèvera, mon ange, personne, répondis-je en la serrant fort. Je réalisai à ce moment quelle avait été témoin du drame.

Nous avons passé la nuit à surveiller sa température, à lui donner à boire et lenvelopper damour, jusquà larrivée du médecin.

Au matin, épuisée, je massoupis près delle. Cest Lucie qui me réveilla, en pointant du doigt le mur :

Regarde, maman !

Au-dessus du lit de Sophie, brillait lattrape-rêves.

C’est Simone et moi qui lavons fini cette nuit, pendant que tu dormais. Mais je crois quen vrai, Sophie a déjà son propre attrape-rêves.

Comment ça ?

Cest toi, maman. Cette nuit, elle ta tenu la main sans plus crier. Donc tu as chassé tous ses cauchemars.

Je crois… Tu sais, elle en a même plusieurs. Toi, Simone, Alexandre, papa, moi… mamie Odette, papy quand il vient…

Lhorloge de la chambre sonnait presque midi.

Il est tard, maman. Papa ta laissée dormir. Paul a pris son biberon. Et mamie Odette est restée quelques jours ; mamie Madeleine aussi. Elles boivent le thé à la cuisine, paraît-il quelles se disputent moins et rigolent ensemble ! Et mamie Odette a amené un petit poussin pour Alexandre ! Tu crois que cest le moment dadopter un chat ou un chien ? Comme chez mamie, il y a toujours plein de bêtes…

Alexandre, derrière la porte entrouverte, annonça timidement que le déjeuner était prêt. Il vint sasseoir à mes côtés, et je posai ma main sur sa tête. Odette entra dans la chambre, le dernier-né dans les bras, et chuchota :

Comment va-t-elle ?

Elle na plus de fièvre, répondis-je, soulagée.

Ouf ! Il ny a rien de tel que lamour… Les psychologues cest bien, mais lenfant a besoin damour et dun foyer rassurant. Ça soigne les plus grandes peines ! Oh, quest-ce donc ça ?

Ses yeux pétillèrent devant lattrape-rêves suspendu.

Cest les filles qui lont fabriqué pour Sophie. Pour apaiser ses nuits.

Eh bien, tout y est alors : lamour, une belle maison, il ne reste plus quun peu de temps, Anne… cest ce qui soigne tout.

Je jetai un regard attendri sur ma tribu, sur cette maison vibrante de vie, de rires, parfois de cris, et du bonheur simple dêtre enfin une vraie famille. Un foyer, le nôtre, le bon, où chacun a trouvé sa place.

Qui sait ? Peut-être dautres viendront-ils sajouter à ce cercle. À chacun son heure. Lavenir nous le dira.

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