Le Dernier Souhait

Dernière volonté

«Je ne rentrerai pas chez moi», soupirait lourdement Guillaume, se tordant de douleur. «Et Élodie, je ne la reverrai plus jamais. Et dire que je voulais lui demander sa main. Je n’ai pas eu le temps Pourquoi tout ça marrive-t-il ?»

Ne vous inquiétez pas à ce point, dit doucement linfirmière, remarquant à quel point le jeune homme amené par les urgences était livide. Tout va bien se passer.

Jen doute répondit faiblement Guillaume.

Puis, il observa silencieusement, les yeux emplis de peur, la préparation pour sa chirurgie.
*****

Guillaume na jamais aimé les hôpitaux.

Ce dégoût presque viscéral lui venait de lenfance là-bas, on lui procurait souvent de la douleur et, pire encore, personne ne jugeait bon de sexcuser pour les souffrances psychologiques infligées.

«Alors, tu vas pleurer, Guillaume ?», souriait linfirmière qui lui piquait le doigt pour une prise de sang. «Tu es bientôt un grand garçon, à la rentrée tu vas à lécole, et tu pleures comme une petite fille. Ce nest pas honteux ?»

Guillaume la regardait à travers ses larmes, tentant en vain de se débattre, et continuait de sangloter, car senfuir du cabinet lui était impossible. Non, il navait pas honte. Il avait mal. Il était vexé.

Quand, avec sa mère, il rentrait de la visite à la PMI, il ne parlait, tout le long du chemin, que de sa résolution : plus jamais, pour rien au monde, il ne retournerait à lhôpital.

«Plutôt mourir, mais jamais remettre les pieds là-dedans !» avait-il un jour tranché.

Guillaume, voyons, ne dis pas de bêtises, lapaisa sa mère. Les médecins sont là pour soigner, pour que les gens vivent longtemps. Ce sont des personnes bien. Tu ne dois pas avoir peur.

«Des personnes bien», soupira-t-il en regardant son doigt, que linfirmière lui avait piqué jusquà vampiriser la moitié de sa vie. «Quils se soignent eux-mêmes mais quils me laissent en paix !»

Inutile dexpliquer ce que Guillaume ressentit, le jour où ses parents le traînèrent de force chez le dentiste, pour faire arracher une dent Il hurla si fort quon lentendit depuis la rue, fenêtres closes.

Des souvenirs pénibles, assurément.

Il nest donc pas étonnant quadulte, Guillaume ait poursuivi son aversion tenace envers tout ce qui touche la médecine et ses praticiens. Il évitait docteurs et blouses blanches dès quil le pouvait.

Mais le destin eut raison de ses précautions : Guillaume dut un jour être hospitalisé. Pour une appendicite.

La douleur l’avait tellement plié en deux quÉlodie, avec qui il comptait aller dîner ce soir-là, neut dautre choix que dappeler le SAMU.

Ce nest pas la peine, ça va passer tout seul la supplia Guillaume.

Tu es fou ? Ça se voit que tu souffres énormément. Çaurait bien pu être lappendicite. Jy suis passée, ça me rappelle la même chose.

Voilà comment Guillaume se retrouva encore contre sa volonté à lhôpital Saint-Louis, dans la sixième chambre du service.

Vous imaginez la suite

Rien que dimaginer les chirurgiens trifouillant son for intérieur, Guillaume déprimait.

Et lorsquil vit passer devant lui, dans le couloir, deux brancardiers silencieux transportant un patient qui «en avait fini», il fut saisi dun profond sentiment de fatalité.

«Ça y est… Je ne retournerai plus jamais chez moi Et Élodie, je ne la reverrai plus. Jespérais la demander en mariage, je nai pas eu le temps… Pourquoi moi ?»

Ne vous rongez pas ainsi, sourit linfirmière. Tout va bien aller.

Jai des doutes…

Allons ! Lopération est simple et vous êtes arrivé à temps. Si vous étiez venu plus tard, il aurait pu y avoir des complications.

Finalement, la chirurgie suivit son cours sans le moindre incident. Guillaume ne ressentit même aucune vraie douleur. Pour la première fois depuis des années, il eut une expérience positive de lhôpital. Étrange, non ?

On l«endormit» sur la table dopération, et à son réveil, tout était fini. Le soir même, il retrouvait une chambre ordinaire.

Il dormit dun sommeil de plomb, ne séveillant que pour des changements de perfusions, puis retombait dans ses rêves profonds.

Au matin…

Guillaume découvrit un homme âgé dans la même chambre.

«Il ne manquait plus que ça, grommela-t-il intérieurement. Il va saccrocher à mes oreilles et me raconter sa vie entière.»

Il navait envie de parler à personne. Il souhaitait juste du calme, de la paix et quon le laisse tranquille.

Il nappela même pas Élodie.

Un simple message «tout va bien, ne tinquiète pas» et le téléphone glissé sous loreiller. Il rumina comment il avait mal choisi son moment pour atterrir ici.

Cela faisait plus dun an quil vivait avec Élodie, et la veille, il avait lintention de lui demander sa main. Table réservée au restaurant, complicité avec les musiciens pour jouer Ma Vie En Rose, sa chanson à elle. Au moment venu, le serveur devait apporter le fameux plat avec la bague dedans.

Guillaume espérait que tout serait parfait.

Le destin en décida autrement. À la place de célébrer leur futur mariage, il croupissait à lhôpital, à côté dun vieux monsieur.

À sa grande surprise, lhomme ne lui parla pas.

Il le salua poliment, et se mura dans le silence. Il marmonnait parfois, surtout quand ses appels naboutissaient pas. Toute la journée, il tenta de joindre quelquun, jusquà ce que son téléphone se décharge.

Pas de chargeur avec lui ; il lavait oublié. Léquipe soignante ne disposait daucun chargeur vintage pour son vieux téléphone à clapet.

Voyant lécran noir, le vieillard laissa couler ses larmes. Guillaume en fut tout bouleversé, et étrangement honteux davoir jugé trop vite ce voisin muet.

Après quelques minutes, Guillaume, penaud, sassit au bord de son lit et demanda doucement au vieil homme si tout allait bien.

Jarrive pas à joindre mon fils, répondit tristement le monsieur.

Il ne sait pas que vous êtes ici ? demanda Guillaume, surpris.

Si, il sait Linfirmière la appelé quand on ma amené. Mais il ne veut plus me parler. On sest brouillés il y a six mois, peu avant mon anniversaire. Il voulait me faire placer en maison de retraite pour vendre ma maison, jai refusé. Pas seulement à cause de la maison

Il raconta à Guillaume comment il sétait retrouvé ici, à cause dun infarctus il y a quelques jours.

Les médecins lavaient stabilisé, mais lui avaient annoncé quune opération était inévitable.

Cest prévu pour après-demain, soupira-t-il. Mais jai peur dy passer avant la salle dop.

Il ne faut pas penser ainsi ! tenta de le rassurer Guillaume. Les médecins sont là pour sauver des vies. Tout va sarranger. Hier, on ma retiré lappendice, comme tu vois, je vais très bien.

Le vieux monsieur leva un sourcil amusé, conscient de la différence entre une crise cardiaque et une appendicite.

Jai juste un souci, reprit-il. Il ny a plus que ma chienne, Papaye, dehors, toute seule. Je voulais juste demander à mon fils de sen occuper si je pars, ou au moins de lui trouver un bon foyer. Les voisins ne pourront pas la garder, ils ont déjà trop danimaux. Et chercher une nouvelle famille à Papaye, ça ne sera pas leur priorité. Mon fils pourrait respecter ma dernière volonté, vu quil aura déjà la maison quil veut tant vendre Mais il refuse de décrocher. Même quand linfirmière a appelé, il a refusé de me parler. Cest comme ça

Ah murmura seulement Guillaume.

Je minquiète pour elle Quest-ce quelle va devenir ? Qui va la protéger, comment survivra-t-elle dehors ?

«Ce vieux monsieur est bien étrange, pensa Guillaume. Suivi dune opération imminente, il ne pense quà un chien…»

Mais après avoir écouté lhistoire de Papaye, leur rencontre, lattachement profond entre lhomme et la chienne, Guillaume comprit que Papaye valait tout pour lui.

Je lai trouvée le jour de mon anniversaire, il y a six mois, raconta-t-il, la voix tremblante. Mon fils ne ma pas souhaité, je nai pas de famille, ma femme est partie il y a cinq ans Mais la veille, je lai vue en rêve, elle promenait une chienne en laisse, souriait, me saluait de la main Le matin, alors que jallais faire les courses, jai vu cette chienne attachée à une barrière. Il pleuvait, il faisait froid, personne ne sen occupait. Jai demandé à tout le monde, personne ne savait qui lavait laissée là. Jai attendu des heures, espérant le retour de ses maîtres, puis la nuit tombée, jai vu quelle était abandonnée Alors je lai prise.

Et vous lavez adoptée ?

Oui, comment la laisser dehors ? Même si ça paraît fou, jai ressenti que cétait un cadeau de ma femme, pour méviter la solitude.

Qui sait, ça se peut, concéda Guillaume même sil ny croyait pas vraiment.

Il continua, pour réconforter le vieil homme.

Ils sentendaient à merveille, Papaye était devenue sa complice, sa joie de vivre, davantage quune simple chienne.

Guillaume, ce soir-là, repensa à Papaye, cette âme abandonnée à lextérieur, et au fils qui restait insensible aux appels de son père.

Faut-il être si froid pour ignorer un père hospitalisé?

Il rêva cette nuit-là dun chien errant, très semblable à Papaye, cherchant, triste, quelquun qu’il ne parvenait pas à trouver.

Au beau milieu de la nuit, Guillaume fut réveillé par la respiration haletante de son voisin de chambre, en pleine crise, la main crispée sur la poitrine.

Je vais appeler le médecin ? seffraya Guillaume, bondissant près de lui.

Non après, murmura le vieillard. Appelle plutôt mon fils, Damien, tu veux ? Le numéro est écrit sur le petit papier là, sur la table. Dis-lui de venir Je voudrais lui dire au revoir. Et sil ne vient pas, demande-lui de bien placer Papaye. Je sens que je ne la reverrai plus. Mais au moins, savoir quelle sera bien, je pourrais partir en paix.

Guillaume hésita médecin ou appel dabord ? Finalement, dune main tremblante, il saisit son portable, composa le numéro griffonné.

Allô, Damien ? Je suis au chevet de votre père Guillaume réalisa que jamais ils ne sétaient présentés. Toute une journée passée ensemble, sans même échanger les prénoms.

Je suis René Martin, souffla le vieillard.

René Martin. Il va mal, il demande à vous voir.

Cest grave, il va y passer ? sagita Damien. Cest bien lhôpital Saint-Louis, oui ? Je suis plus sûr du nom.

Oui, chambre 314, troisième étage.

Il ajouta ladresse, jeta son téléphone sur le lit et courut chercher une infirmière de garde. Elle dormait derrière son bureau. Guillaume expliqua laborieusement, puis revint près de René.

Ça va aller, René ? linterrogea bravement Guillaume en prenant sa main. Linfirmière appelle le médecin. Tenez bon. Votre fils va arriver. Vous mentendez, René ? Ouvrez les yeux, surtout

Le cœur de René cessa de battre avant même larrivée du médecin de garde.

Il confirma le décès dun geste las avant de sortir en silence. Une vingtaine de minutes plus tard, les brancardiers vinrent chercher le corps.

*****

Votre père est mort presque dans mes bras, confia Guillaume à Damien quand celui-ci arriva le lendemain.

Eh bien, au moins, il na pas souffert, répondit sèchement Damien. Pas eu le temps dêtre un poids pour personne Moi surtout. Vous savez, avec le boulot, la famille, quand les vieux deviennent dépendants, ça change tout. Mais il na fait de mal à personne, tant mieux.

Il vous a chargé dune dernière demande : trouver un bon foyer à sa chienne, Papaye, ajouta Guillaume.

Le chien ? Ah, oui, cette bestiole de la rue Qui en voudrait de toute façon ? Il a refusé la maison de retraite à cause delle. Là-bas, il aurait été mieux, cest sûr. Il la cherchée, sa solitude

Cétait sa dernière volonté, le reprit Guillaume, peiné. Ce n’est pas grand-chose, non ? Vous héritez de sa maison

Damien lui jeta un regard étrange, ramassa le vieux téléphone portable et le papier tout ce que René avait laissé puis partit sans dire un mot. Même pas un adieu. Simplement la porte qui claque.

Guillaume sallongea, songeur. Il avait sincèrement du chagrin pour ce vieil homme. Soixante-dix-sept ans, ce nest pas rien, certains atteignent cent ans. Il aurait pu vivre encore. Mais le destin

Et voilà Papaye, seule, abandonnée.

«Damien naccomplira pas la dernière volonté de son père, se dit Guillaume. Il vendra la maison, Papaye sera dehors. Avec un peu de chance, les voisins la nourriront. Et sinon ?»

La nuit, Guillaume rêva de René, arpentant les rues, appelant désespérément sa chienne disparue. Les larmes coulaient sur les joues du vieil homme.

Spectateur impuissant, Guillaume pleurait aussi un sentiment quil croyait perdu depuis lenfance, lorsquil sétait juré de ne plus jamais pleurer «comme une fille».

Même chez lui, les jours suivants, ces étranges rêves le poursuivirent. Plus renfermé, pensif, ce changement néchappa pas à Élodie.

Guillaume, tu vas bien ?

Oui Je réfléchis, cest tout.

À quoi, si ce nest pas indiscret ?

Le vieux monsieur avec qui je partageais ma chambre. René. Attaque, opération, ils nont pas eu le temps Sa chienne, Papaye, est restée toute seule.

Il na pas de proches pour la recueillir ?

Juste un fils, mais ils ne se parlaient plus. René appelait sans cesse, en vain Quand le fils sest déplacé, il était déjà trop tard. Je lui ai parlé du chien, mais ça ne l’intéressait pas. Il sest même renseigné pour vendre la maison au plus vite. Depuis, je men veux pour cette pauvre Papaye. Je ne lai jamais vue, pourtant elle me fait de la peine. Lui était si gentil… Sa chienne doit lêtre autant.

Si tu veux, on va là-bas, on cherche Papaye, proposa Élodie. Si elle est dehors, on la prend chez nous.

Tu veux vraiment ? Tu ne crains pas davoir un chien ? demanda Guillaume, surpris.

Bien au contraire. Ce sera génial davoir un animal. On sortira ensemble, ce sera super.

Parfait, répondit Guillaume, souriant enfin, lembrassant. Mais je nai pas ladresse

On trouvera bien à lhôpital, promit Élodie. Laisse-moi faire. En passant, on sarrêtera acheter du chocolat et un paquet de café.

Un bon café, du chocolat cest fou comme de petites attentions ouvrent parfois les portes : à la demande dÉlodie, la secrétaire rechigna à donner ladresse, puis, adoucie par les présents et lexplication, griffonna rapidement le renseignement sur un post-it.

Quarante minutes plus tard, ils arrivaient devant la maison de René Martin, sortaient de leur voiture, longeaient la clôture. Rien, pas une trace de chienne.

Une voisine, alertée, sapprocha.

Vous cherchez quelquun ? Plus personne nhabite ici, vous savez.

Oui, je sais, fit Guillaume. Jétais dans la même chambre dhôpital que René. Il est décédé.

Oh, mon Dieu ! Pauvre homme si bon, si doux, soupira-t-elle. Ils nen font plus des comme ça. Que voulez-vous, même ses funérailles ont été bâclées Son fils, à peine la terre refermée, pensait déjà faire des travaux pour mieux vendre.

Cela ne métonne pas mais vous avez vu sa chienne Papaye ? Il sen faisait tant pour elle.

Papaye ? Bien sûr que je lai vue. Elle na pas quitté le portail, veillant, les yeux fixés sur la route, attendant le retour de M. Martin Il nest jamais revenu. Elle a hurlé à la mort toute la nuit. Et Serge, enfin Damien (il change de nom !), la chassée, emmenée on ne sait où. Il na plus reparu, sans doute vite reparti chez lui.

Vous ignorez où il a emmené la chienne ? À quoi ressemblait-elle ?

Papaye ? Une petite boule de poils adorable. Oh, jai une photo sur mon téléphone, attendez.

Elle leur montra une photo dun petit corgi, craquant.

Mais cest un corgi ! sexclama Élodie. Trop mignonne ! Il vous a dit où il la placée ?

Jai demandé, bien sûr. Il a juste râlé quil lavait donnée mais à qui ? Personne chez lui naime les bêtes. Parfois je me demande comment René a pu avoir ce fils Quelle déception.

Remerciant la voisine, Guillaume et Élodie repartirent, le cœur lourd, se reprochant dêtre arrivés trop tard. Papaye, où était-elle ? Avait-elle au moins trouvé refuge ?

Ils arpentèrent les rues du quartier, demandèrent aux passants, mais en vain.

Guillaume tenta dappeler Damien pour savoir Mais celui-ci lavait mis sur liste noire appels rejetés, messages ignorés.

Espérons que Papaye va bien, murmura Élodie. Elle savait que cétait peu probable, mais lespoir restait préférable au désespoir.

Puis la roue du destin tourna.

Face à un bouchon, Élodie passa par la déviation. Après quelques kilomètres, elle ralentit, montrant du doigt une silhouette sur le bas-côté : un petit chien brun et blanc, identique à la photo.

Guillaume, tu crois que cest Papaye ?

On va voir.

Ils arrêtèrent la voiture, sapprochèrent doucement. Plus ils avançaient, plus ils étaient certains : cétait elle.

Papaye ! appela joyeusement Guillaume.

La chienne sursauta, se retourna, surprise.

Cest elle ! sexclama Élodie, émue. Papaye ! Naie pas peur, nous venons de la part de René. Il voulait désespérément quon veille sur toi. Viens, tu veux venir à la maison avec nous ?

Guillaume saccroupit, tendit la main.

Papaye, méfiante dabord, sapprocha prudemment puis sembla reconnaître une odeur familière. Les mains de Guillaume sentaient encore celle de son maître. Elle remua la queue, larmoya, posa doucement la tête contre ses genoux.

Guillaume la caressa longuement. Dans ses yeux brillèrent quelques larmes discrètes, que vit aussi Élodie.

Tous les trois rentrèrent à la maison, heureux comme jamais.

Guillaume et Élodie se réjouissaient davoir quitté ce bouchon par hasard, et davoir ainsi trouvé Papaye, le plus grand trésor que puisse laisser René.

Quant à Papaye

elle était tout simplement heureuse dêtre auprès de ceux qui laimeraient sincèrement.

Elle avait trouvé, enfin, un nouveau foyer, de vrais amis humains. Et dans ces nouvelles mains, il restait ce parfum rassurant de son vieux maître, René.

*****

La famille, tu parles rageait Guillaume, une fois chez eux. Voilà comment il place un chien.

Laisse tomber, répondit Élodie. Limportant, cest quon a Papaye. Le reste Le temps rend justice à tous. Un jour, Damien sera vieux, délaissé, il regrettera. Mais ce sera trop tard.

Oui, tu as raison, admit Guillaume, regardant Papaye installée sur le canapé, endormie, rêvant déjà.

Il pensait savoir à qui elle souriait dans son sommeil

«Fais un bisou à René là-haut», murmura-t-il intérieurement, et, en silence, alla sortir la boîte de la bague.

Ce soir-là, il osa enfin demander Élodie en mariage.

Pas de restaurant, ni deffet théâtral, mais il avait compris : inutile dattendre le moment parfait, qui ne viendra peut-être pas.

Il faut saisir le bonheur ici et maintenant. Ce quil fit, et elle accepta sans hésiter.

Et la plus grande leçon ? À la fin, ce qui compte, ce nest ni largent, ni les maisons, ni les héritages. Ce sont les liens tissés damour, de fidélité, damitié. Être là pour lautre, humain ou animal, soulager labandon, offrir un foyer et un peu de chaleur voilà sans doute la plus belle des volontés.

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