Les petites chaussettes
Oh, mais tes mon petit sucre à moi ! Mon petit trésor ! Mon dieu, pourquoi les bébés sont-ils si craquants, hein ? sextasiait fièrement Mireille, la grand-mère, en faisant des risettes à son petit-fils devant sa caméra.
Pour fêter les six mois de Paul, ils avaient vu les choses en grand. Des animateurs déguisés, des ballons partout, un énorme gâteau coloré. Papi et mamie navaient rien laissé au hasard. Julie, sa maman, nétait pas tellement convaincue par ce genre de festivités. Évidemment, ça lui faisait plaisir de voir ses parents vouloir gâter le petit, mais comme quand elle était gamine, cette ambiance bruyante la fatiguait très vite. Paul devait tenir de sa mère, parce quà peine une demi-heure après le début, il sest mis à pleurer de toutes ses forces, obligeant Julie à le ramener à lintérieur. Elle a fermé les fenêtres et sest posée dans un fauteuil avec lui : en deux minutes, il dormait.
Il en a eu assez, mon amour. Tes pas prêt pour ce genre de fêtes, pas encore.
Mireille est montée, son cadeau à la main, récupéré dans lentrée.
Il dort ?
Il est épuisé, Maman. Je tavais prévenue, il est trop petit pour tout ça.
Cest pas grave, il shabituera ! Ma chérie, on peut bien se le permettre, un peu de fête pour notre petit-fils adoré. On la tellement attendu ! Regarde ce que je lui ai acheté, cest adorable !
Le bruissement du papier a réveillé Paul, qui sest agité dans les bras de sa mère.
Maman, franchement, plus tard, daccord ? Julie faisait les cent pas pour endormir son fils.
Voilà ! Je me suis donné du mal, jai mis des heures à choisir, et ça tintéresse même pas ! soupira Mireille en posant la boîte sur la table.
Mais non, maman, ça me fait très plaisir, et je suis sûre que cest magnifique ! Julie lui adressa un sourire conciliant. Tu pourrais juste me rapporter un verre deau ? Jai une soif de dingue
Pose le bébé et viens en bas, alors.
Il va se réveiller
Bah, alors on retournera dehors, cest pas grave, hein !
Si tu savais, Maman sil se réveille, il va hurler pendant des plombes. Tu veux vraiment ça ?
Julie, faut éduquer les enfants dès le berceau ! Quest-ce que cest cette histoire, il va pleurer ? Un enfant bien élevé ne crie pas !
Julie sest tendue une seconde, puis a poursuivi sa douce chorégraphie, berçant Paul. Ses gestes étaient si harmonieux quon aurait cru voir une ballerine. « Les enfants bien élevés ne font pas de caprices. Les petites filles polies doivent être irréprochables : dos droit, menton levé, en première position, et pas de contestation ! »
Je retourne voir les invités. Quand tu as couché Paul, descends, cest pas poli quon fasse la fête sans toi.
Maman, sil te plaît, remplace-moi un peu, daccord ?
Mireille est partie, et Julie sest rassise, serrant son fils contre elle. Que de chemin parcouru avant davoir ce petit garçon-là !
Julie était née dans une famille très « respectée ». Le grand-père, académicien ; la grand-mère, cheffe de service de chirurgie dans une des meilleures cliniques de Lyon. Son père, fidèle à la tradition, était devenu médecin lui aussi. Jamie ne comprend toujours pas comment une femme si brillante sest un jour soumise à la volonté de sa mère à elle, Mireille, qui, peu portée sur la science, sétait péniblement sortie de la fac avant de cacher son diplôme au fond du placard pour aller « chercher un bon parti ». Ou, pour être honnête, sa propre mère, Madame Chantal Lemoine, sétait trouvée la vocation de chercher le mari idéal pour sa fille Mireille.
Lhistoire sest déroulée un soir danniversaire familial, et tout sest ensuite enchaîné rapidement. Belle, brillante, sociable, Mireille a vite captivé Francis et quelques mois plus tard, le mariage était célébré en fanfare. Julie est née deux ans après, tout de suite confiée à la garde exclusive de sa grand-mère, Madame Chantal. Cest elle qui choisissait la nounou, surveillait les activités : deux langues étrangères, école de ballet, prof de piano.
Il faut que tout soit harmonieux chez lenfant !
Les week-ends de Julie, cétait musée et théâtre avec la grand-mère, stricte mais bienveillante. Elle voyait peu ses parents. Son père était débordé, et sa mère, tout juste le temps dembrasser Julie avant de filer à ses dîners mondains.
Finalement, Julie intègre une prestigieuse école, puis entre dans une grande troupe de danse lyonnaise. Sa carrière décollait quand elle rencontre son futur mari, Antoine. Dans la famille de Julie, rien ne plaisait chez Antoine, sauf au père.
Seigneur, quelle mésalliance ! déplorait Chantal, allongée sur son canapé, les tempes entre les doigts. Ma petite, réfléchis bien, tu sais à quoi tu texposes ?
Mamie, à côté de toi, il ny en a pas beaucoup qui oseraient ouvrir la bouche. Julie, peu protocolaire, était lovée dans un fauteuil ce qui aurait valu une remontrance, un autre jour.
Quest-ce que tu insinues ? sétonna la grand-mère.
Que peu de gens sur terre pourraient tenir ton niveau, voilà tout !
Chantal observa sa petite-fille dun œil suspicieux.
Et puis, jaime Antoine. Pas juste un peu. Je laime vraiment. Et tu vas pas me dire que lamour, ce nest pas le moteur de lart ?
Lart, ça va ! Mais vivre au quotidien avec lui, tu y as pensé ?
Longtemps. Et si possible, heureux.
Elle a tenu bon. Non sans mal ni sans reproches. Face à Antoine, Julie a dit « oui » sans hésiter, fermant la porte à tout débat. Pour lui, Julie était comme une muse descendue sur terre, fragile et forte à la fois. Il navait quune envie : la prendre dans ses bras, la protéger du monde entier.
Je peux rien toffrir de grandiose… mais je te promets de te rendre heureuse, Julie. Je peux taimer, ça oui.
Il nen fallait pas plus. Julie a compris : cest la première fois que quelquun lacceptait telle quelle était, sans exigences ni attente dêtre parfaite.
Leur parcours na pas été simple. Antoine, issu dun milieu modeste, élevé par sa maman, Madame Marie-Ange, institutrice appréciée de tous à Chambéry, navait rien reçu en héritage sauf lamour du travail bien fait. Sa mère lui avait donné tout ce quelle pouvait, croyant à fond en lui. Grâce à elle, Antoine a intégré une bonne école de commerce, puis, à force dacharnement, a lancé sa propre boîte. Rapidement, ça a marché. Cinq ans plus tard, la société était prospère, faisant taire même la redoutable Chantal, qui na vraiment accepté Antoine quà la naissance du petit-fils.
Julie voulait un enfant de toutes ses forces tant pis pour la grandeur, elle préférait le bonheur. Mais la nature lui a tout compliqué. Examens, deux opérations, rien ne venait. Le soir, elle pleurait en cachette, refusant de faire de la peine à Antoine, se disant quil méritait de devenir père. Elle avait fini par lui confier son sacrifice, mais il avait ri tendrement et lavait prise dans ses bras.
Ma Julie, mais non, tu ne comprends toujours pas ? Tes ma vie. Rien dautre na dimportance. On sen fiche des autres.
Ce fut presque un soulagement. Accepter que ce petit bonheur soit une utopie, cétait plus dur. Maman rajoutait une couche, regrettant à demi-mot de ne pas encore pouvoir crâner en tant que mamie. Ou bien les amies invitaient à des fêtes denfants Mais le temps a passé. Julie a ouvert son propre cours de danse.
Je dois faire quelque chose ou je vais devenir folle !
Antoine ne comprenait pas totalement, mais Marie-Ange lavait remis dans le droit chemin.
Antoine, tas compris à quel point cest dur pour elle ? Il faut quelle sente ton soutien à chaque instant, tu vois ? Alors laisse-la faire ce dont elle a besoin !
Il sest démené pour lui trouver un local, Julie était folle de joie devant ce joli studio lumineux.
Cest parfait ! Mon chéri, tu es génial.
La mise en place, les enfants, le planning : Julie sy est jetée corps et âme. Elle na rien vu venir, laissant passer les premiers signes en se disant que ce devait être la fatigue. Marie-Ange, lors dun café, la dévisagée dun air malicieux.
Dis, Julie, sans vouloir te forcer la main, tu attends un bébé ?
Julie, vexée, sest raidie. Cette blessure, Marie-Ange la connaissait, et pourtant elle posait la question ! Elle sest levée trop vite, a failli retomber sur son siège, la tête qui tournait, un haut-le-cœur persistant.
Marie-Ange a commandé un verre deau. Puis elle a tendu à Julie une petite boîte.
Pourquoi se torturer ? Autant savoir, non ?
Quelques minutes plus tard, on pouvait voir deux femmes enlacées, rire et pleurer de bonheur au milieu du café sous les regards bienveillants des clients complices.
Et Paul est arrivé, robuste et en pleine santé, une vraie joie pour tous, même pour la maternité de Lyon.
Danseuse, non ? a demandé la sage-femme, amusée, en regardant Julie, épuisée.
Hmm, oui
Beau garçon, bravo ! Dhabitude, ya plus de complications, mais là, ce ptit gars nickel !
Julie se réveillait tous les matins avec une telle plénitude quelle en avait presque peur.
Tes pas toute seule, ma belle. On partage on est deux, maintenant ! disait Antoine en contemplant la petite frimousse de Paul, bien emmitouflée dans la couverture choisie par Mireille pour la sortie de la maternité.
Mais cette sortie fut un cauchemar. Antoine avait beau tempérer, Mireille avait tout organisé à sa manière : photographes, famille et amis massés devant la clinique, table dressée à la maison. Julie, encore endolorie, rêvait simplement dune douche et de tranquillité.
Maman, pourquoi tas fait tout ça ?
Mais voyons ! Il faut marquer le coup ! Cest la fête ! Je suis tellement heureuse dêtre mamie !
Julie savait quelle perdait son temps à discuter. Elle est montée se coucher, et a cru défaillir devant le nombre dinvités qui attendaient. Tout le monde nétait même pas venu à la clinique !
Ma chérie, ce sont nos proches !
Heureusement, Marie-Ange, postée dans le couloir, est aussitôt intervenue dun ton ferme :
Laissez-moi vous kidnapper Julie et le bébé pour un moment ? On doit se raconter des secrets de grand-mères
Elle coupa court au protocole pour emmener Julie à létage, vers la chambre parentale.
Tu te poses là. Jte prépare un plat, et après, direction la douche. Tas faim ?
Julie hocha la tête, regardant Antoine installer le bébé dans son berceau. Mais elle sagitait déjà.
Faudrait peut-être que je descende
Mais pour quoi faire ? Marie-Ange lui lança un regard sévère. Dix minutes, tu les as déjà offertes aux invités : ça suffit amplement.
Soulagée, Julie seffondra littéralement, à demi endormie en regardant Marie-Ange saffairer près delle.
Ça va aller ? Je tapporte la couette Allez, dors ! Je moccupe du petit.
Paul Julie sendormit, napercevant pas le sourire tendre de sa belle-mère. Paul, comme le père dAntoine.
Lorsque Mireille monta quelques minutes après, elle fut outrée de trouver sa fille endormie alors quil y avait encore des invités à recevoir.
Et comment tu nommes ça ?
Ça sappelle être une jeune maman qui allaite. Elle a besoin de repos sinon, notre petit risque de ne pas avoir assez de lait maternel.
Eh bien, jai bien élevé Julie sans lallaiter deux jours ! Elle est parfaite ! Et Mireille allait entrer pour réveiller Julie, mais Marie-Ange lui barra la route.
Et si on fêtait entre nous notre nouveau statut ? On a bien attendu, nous aussi, non ? Dailleurs, tu préfères quil nous appelle mamie, ou par nos prénoms ?
Antoine referma la porte derrière elles, remerciant mentalement sa mère. Sa relation avec sa belle-mère Mireille savérait complexe : elle acceptait volontiers son aide matérielle mais nécoutait jamais son avis. Antoine, calme et conciliant, avait du mal à se contenir avec elle, même si avec son beau-père, Francis, tout se passait bien. Francis admirait le talent dAntoine mais ne se prononçait pas sur la domination féminine de la famille.
On ne la changera pas, mais une éruption à la maison, ça ne tente personne.
Julie émergea deux heures plus tard, déboussolée. Mais Paul chouinait, un éclat de rire résonnait à létage : elle reprit vite ses esprits. Après avoir allaité, elle profita dun moment calme, savourant la soupe délicieuse faite par Marie-Ange, tout en lécoutant raconter ses astuces de maman.
À la maternité, on ma expliqué deux trois trucs mais ça fait peur, tout ce bébé à gérer seule ! souffla Julie.
Mange ! Tinquiète pas, Julie, les bébés sont bien moins fragiles quon ne le croit. Et toi, tes sa mère, fais confiance à ton instinct. Quand Antoine est né, jétais seule. Jai fait des erreurs, forcément, mais personne nest parfait, hein ! Fais-toi confiance, tu verras, tout ira très bien.
Et effectivement, le temps lui donna raison. Rapidement, Julie trouva ses marques, moins angoissée, même si la crainte restait tapie. Marie-Ange venait aider deux fois par semaine, souvent pour finir aux fourneaux ou à faire briller la maison.
Profite : il y a peu de temps où tu verras chaque sourire, chaque nouveauté. Ces moments filent à toute allure. Moi, je suis encore assez en forme pour nettoyer et te préparer à manger, ça me fait plaisir.
Mireille, elle, débarquait moins, mais chaque passage était un événement.
Julie, tas vu la poussette que je tai dégotée ? Une merveille !
Mais Maman, on en a déjà une très bien !
Non, mais tu compares pas ! Mets Paul dedans, on va tester ça dehors !
Son prénom, Paul, Mireille a mis longtemps à laccepter.
Où lavez-vous trouvé, ce prénom ? Il ny avait pas plus simple ? Paul, franchement ! Ils vont se moquer de lui à lécole !
Voyons, Maman, un prénom royal et classique ! Et puis, avec qui on le partage, cest notre choix !
Cest la grand-mère qui ta donné ton prénom à toi ! Jaurais choisi autre chose pour toi.
Justement, je suis contente davoir choisi celle de mon fils moi-même. Comme ça, pas de regret.
Mireille boudait un coup, embarquait Paul et partait se balader avec lui le nouveau landau, le bébé tout mignon, et la mamie fière qui écoute : « Comme il est beau, ce bébé ! Et la maman, sublime ! » Elle adorait quon la prenne pour la maman de Paul. Mais au village, tout le monde a vite compris, et Mireille est passée du rang de mamie baladant son petit-fils en star locale à celle qui vient juste prendre un café un baiser volé ici, un compliment là, avant de « filer à ses affaires ».
Moi, je serai la mamie de fête ! lançait-elle en installant un nouveau jouet flashy dans la chambre de Paul.
Chacun a pris sa place, la vie sest apaisée.
La fête organisée pour les six mois de Paul a failli tourner au vinaigre.
Julie, amusée de voir son fils se réveiller, tend la main vers la jolie boîte rapportée par Mireille. Une magnifique hoche en argent la fait sexclamer.
Paul, regarde comme cest beau !
Le petit secoue son nouveau trésor en découvrant ses premières dents.
Et voyons ce que mamie Marie-Ange ta offert ? Julie ouvrit le sachet laissé discrètement.
Un ensemble blanc tricoté main, tout doux, la fit sourire démotion.
Et les chaussettes, alors ! Regarde comme elles sont mignonnes ! Tas une mamie super douée, Paul !
Mireille qui entrait pile à ce moment-là, sexclama :
Mon dieu, cest adorable ! Cest dun créateur ?
Non, cest Marie-Ange qui les a tricotés.
Mireille retourna le tricot, un peu déçue.
Quand même pour une première grande occasion, elle aurait pu offrir un vrai cadeau. Acheter, au moins ! Un peu pingre, tout ça !
Maman !
Quoi, jai tort ?
Julie baissa les yeux, gênée, en voyant Marie-Ange entendre toute la conversation depuis le couloir. La belle-mère posa un verre de compote sur la commode, adressa un clin dœil à Julie, puis ressortit. Julie consola Paul, et en descendant, elle constata que Marie-Ange était déjà partie.
Antoine, je me sens tellement mal ! Cest honteux !
Mais ce nest pas toi qui as dit ça, Julie ! Tu nas rien à te reprocher
Jaurais dû la défendre, tout de suite ! Jen ai honte !
Ne ten fais pas. Maman nest pas du genre à sarrêter pour si peu.
Julie envisagea toutes sortes de plans pour réparer la situation, mais la vie sen chargea toute seule. Plusieurs fois, elle tâcha daborder le sujet avec Marie-Ange, qui linterrompait gentiment :
Julie, ny pense plus. Je ne suis pas blessée, laisse tomber, daccord ?
Mais Julie sentait que quelque chose sétait brisé, imperceptiblement. Elle se creusa la tête pour le « réparer ».
Un après-midi, alors que Paul dormait à létage et que Julie était seule, une douleur soudaine la fit blêmir. Elle tenta dappeler Antoine pas de réponse. Peut-être en réunion, ou sur un chantier Elle essaya son père à la clinique, sûrement en opération ; rien non plus. Elle tenta Mireille.
Coucou, ma puce ! Ça va ? Et Paul, il va bien ? On sest pas vues depuis la fête ! Javais raison de vouloir la fêter, tas vu ! Tout le monde en a parlé !
Maman
Oh, pas besoin de me remercier, cétait normal ! Oh attends, jai un appel ! Bisous ! Mireille raccrocha aussitôt. Après quelques tentatives, Julie nobtint que des tonalités occupées.
La douleur saccentua dun coup. Affolée, Julie appela le 15 puis le numéro de Marie-Ange.
Julie ?
Sil te plaît la pièce tanguait devant ses yeux.
Marie-Ange na jamais couru aussi vite. Direct en pantoufles, attrapant son sac, elle est sortie sur le trottoir, hélé un taxi en catastrophe.
Vous voulez mourir, ou quoi ?! grogna le chauffeur, réfléchissant un instant devant la frénésie de Marie-Ange.
Cest ma belle-fille ! Il faut vite y aller !
Montez !
La voiture fila dans les rues de Lyon, Marie-Ange cramponnée à son sac.
Tinquiète ! Trente ans de route, jamais daccident. Je vous y conduis en un éclair !
Lambulance navait pas encore fini de freiner devant la maison que Marie-Ange était déjà là.
Par ici, cest ici ! guidant les secours jusquà Julie.
Julie revint à elle un peu plus tard.
On vous amène à lhôpital.
Où ? Pourquoi ? elle ny voyait plus très clair.
Julie, cest nécessaire, naie pas peur. Je prends soin de Paul, Antoine arrive.
Lopération sest bien passée. Deux semaines plus tard, Julie pouvait rentrer, même si son père insistait pour quelle se repose.
Ce nest pas de la blague, ma fille ! Il te faut du repos. Paul a besoin dune maman solide !
De retour, Julie se jeta dabord sur son fils, puis appela Mireille.
Maman !
Julie ! Comment vas-tu ?
Pas très bien, il va me falloir ton aide.
Oh, ma pauvre ! Mais tu sais, jai pris des billets pour la Corse, je pars après-demain, billets non remboursables, tu comprends… Jen rêvais depuis si longtemps !
Julie ferma les yeux un instant, puis éteignit son téléphone. Il faudrait se débrouiller seule. Elle nourrit Paul, se coucha, rouvrant les yeux lorsque quelquun la réveilla doucement.
Oups ! Je ne voulais pas te réveiller ! Marie-Ange tenait Paul dans les bras, sourit. Tu as faim ? Jai préparé ta soupe préférée, tas aussi de la compote maison et des chaussons tous frais. Je confie Paul à Antoine, et jarrive avec tout ça. Tu veux bien que je reste quelques jours, le temps que tu sois sur pied ?
Julie regarda sa belle-mère et fondit en larmes, bouleversée.
Oh, allez, ma puce, non ! Tu sais ce qua dit le docteur : priorité aux émotions positives ! On va se concentrer là-dessus, ok ? Tiens, regarde ce quon va te montrer
Marie-Ange posa Paul par terre, sassura quil tenait bien debout et le lâcha doucement. Les larmes de Julie disparurent dun coup quand elle vit son bébé trottiner jusquà elle. Elle le prit dans ses bras, leva les yeux vers sa belle-maman.
Alors ? Tu les sens, les émotions positives ? Cest ça quil te faut ! plaisanta Marie-Ange. Et maintenant, à table ! Il faut reprendre des forces, parce que, quand ce jeune homme va courir, tu nauras plus une minute à toi.





