Les enfants gâtés
Tu las complètement gâté ! Tu lui cèdes tout, voilà pourquoi il te marche sur la tête ! Émilie, ce nest pas possible, voyons ! Tu as foutu le petit en lair ! Un peu comme moi avec toi, à lépoque ! Qui veux-tu blâmer ? Je nai pas fait mieux ! Nous voilà, tous des enfants gâtés ! Et ne viens pas me dire que tu es adulte, maintenant ! Tu restes une enfant, incapable de réfléchir avec ta tête et de prendre les bonnes décisions ! Martine tirait furieusement sur la porte du frigo, sursauta quand un aimant avec la photo de la famille de sa fille tomba par terre.
La photo avait été prise lété dernier, sur la Côte dAzur, où, pour une raison obscure, elle navait pas été invitée cette fois-ci. Depuis des années, elle partait toujours en vacances avec les enfants. Elle aidait avec les petits-enfants, profitait de la plage, rencontrait des gens intéressants. Mais pas cette fois.
Lexcuse pour laquelle on lui avait refusé le voyage lui avait semblé tirée par les cheveux.
Maman, cette année cest compliqué au niveau budget. On part tous les quatre, juste entre nous. Mais dès quon peut, on tachètera un séjour où tu voudras. Regarde déjà ce qui te ferait plaisir, daccord ?
Mais, Émilie ! Et qui va garder les enfants ?
Maman, Paul est grand maintenant. À onze ans, il peut très bien soccuper dElsa par moments. Puis Elsa sera avec moi. Cette année, on na pas le budget pour lhôtel où on allait avant. Alors on part comment tu disais déjà ? Par nos propres moyens ? Voilà ! On louera un appartement, on surveillera les enfants nous-mêmes.
Bien sûr, il ny a pas de place pour moi !
Martine ne cachait pas son mécontentement. Aller seule dans une maison de repos, à écouter des chansons ringardes pour les plus de 60 ans ? Voilà qui ne la tentait pas Le public nétait pas fameux. Rien à voir avec un bel hôtel où la clientèle était un mélange intéressant de Français élégants et de touristes étrangers, des gens comme elle aimait. Et elle, avec sa double licence en lettres et ses deux langues parfaitement maîtrisées, avait toujours su choisir.
Mais pas cette fois
Maman ! Tu comprends bien que les vacances, ce nest pas juste un hébergement ! Il y a aussi le train, la bouffe
Comme si je vous coûtait une fortune ! sénerva Martine.
Bon sang maman ! Pourquoi faut toujours que je texplique lévidence ? On na pas les moyens, comprends-le ! Entre la remise à neuf de ton appart, mes soucis de santé lannée dernière, les cours particuliers pour Paul Tout ça nous a coûté cher. Maintenant, on compte nos euros. Tu veux que jannule nos vacances ? Ou que jemmène quand même les enfants ? Et franchement je suis à bout ! Tu sais mon rythme de dingue cette année, tu las vu !
Oui ! Et je lai vu à quel point tu es une mauvaise mère ! Tu nas même plus le temps pour tes enfants ! Tout repose sur moi, ou sur Monique, la mère de ton mari. Aller chercher Elsa à la maternelle, Paul à la sortie du collège, les faire dîner, les conduire à leurs activités
Maman, tu exagères ! Paul va à ses entraînements tout seul ! Et Elsa, tu ne la déposes au conservatoire que le samedi, donc pas non plus tous les jours. Et franchement, on pourrait sarrêter là, tu as bien insisté pour quelle fasse de la danse en plus, mais à lécole il y a déjà un atelier dexpression corporelle. Cest toi qui as tenu ! Tu disais que ça élève un enfant
Bien sûr ! Maintenant cest de ma faute ! Martine monta le ton, une main sur le cœur. Mais quelle ingratitude ! Je fais tout pour vous et ce nest jamais assez !
Maman, sil te plaît Émilie sentit la fatigue lui tomber dessus, appuya son front contre la vitre. Je te suis extrêmement reconnaissante, mais arrête de me le reprocher, daccord ?
Martine nécouta plus rien. Elle partit dignement, laissant au milieu du salon un sac avec un nouveau maillot de bain, vexée pour de bon.
La vexation, chez Martine, était tout un art. Elle te faisait sentir où tu avais fauté, sans crises, sans drame. Elle ne décrochait plus le téléphone, ignorait les SMS dapaisement, puis, plus tard, daignait décrocher à une énième tentative de sa fille, soupirait au moindre mot, et lançait dune petite voix :
Ma petite Émilie, cest normal si mon cœur palpite ou sarrête net à ton avis, cest grave ?
Et Émilie, affolée, filait à la maison de campagne pour apaiser lâme de sa mère, qui sy réfugiait après chaque dispute. Après ces visites, Émilie rentrait épuisée, jetait ses clés sur la console, montait en silence dans sa chambre et laissait couler des larmes sans comprendre comment sa mère pouvait la traiter ainsi.
Paul finissait par entrer calmement, la recouvrait dun plaid et posait une main rassurante sur son épaule :
Maman, ne te prends plus la tête Elle reviendra delle-même, mamie.
Si seulement jen étais sûre, Paul
Émilie savait que Martine avait toujours été comme ça. Dune sensibilité extrême, maniant le langage et pas quen français à merveille, passionnée de musique et de littérature, mais terriblement susceptible. Capable de tadmonester aussi bien en français quen anglais. Petite, Émilie craignait par-dessus tout son :
Ma petite Émilie, va réfléchir à ton attitude dans ta chambre
Jamais ce ma petite nétait employé dans les bons jours. Il valait mieux alors raser les murs.
Des bons jours, il y en avait peu. Martine avait ce tempérament à ne voir que le verre à moitié vide. Dans sa vision du monde, un mot revenait tout le temps : insatisfaisant. Cela recouvrait ses collègues, ses amis, son défunt mari, la parentèle, les voisins liste infinie.
Pendant longtemps, Émilie avait fait exception. Petite, elle était si intelligente et mignonne ! Elle composait déjà des mots à trois ans et, à quatre ans, penchait sa tête bouclée sur le piano offert par sa mère, déclarant dun air sérieux :
Jentends la musique !
De quoi rendre sa mère fière. Jusquau premier accroc, en sixième, quand la fierté seffondra dès la première mauvaise note en dictée. Martine, abasourdie, nécouta pas les explications.
Tu mas déçue Émilie ! Comment cest possible ? Va dans ta chambre !
Et Émilie, docile, était allée pleurer dans la salle de bain, tentant de frotter une tâche sur sa jupe. Ce fut finalement sa grand-mère qui la surprit, et qui comprit ce que sa fille ignorait sur la fameuse première fois. Martine était persuadée que ce genre de choses ne servait à rien à son âge ; Émilie, elle, navait personne à qui demander. Les bonnes copines filtrées par Martine ne parlaient jamais de ces sujets-là Question déducation.
La longue discussion entre Martine et sa belle-mère naboutit quà une migraine pour lune et à un :
Ce genre de truc, Émilie doit en parler à sa mère !
Mais je ne savais pas
La prochaine fois, réfléchis ! Ta tête est faite pour ça !
Émilie resta perplexe. Pour la première fois, un léger doute sétait immiscé dans limage parfaite de sa mère. Par la suite, elle comprit que Martine nétait pas si différente des autres mères du monde, et que ses fameuses vérités toutes faites ne collaient pas toujours à la réalité.
Puis les déceptions senchaînèrent et Martine cessa de cacher son mécontentement. Sa fameuse écharpe en soie nouée sur le front, soi-disant pour la migraine, annonçait un drame. Émilie savait quen voyant sa mère flotter dans son écharpe, cétait la tempête assurée.
Jamais Martine ne criait. Non, elle sinstallait dans son fauteuil, mains sur les tempes, et laissait tomber froidement :
Émilie, tu me détruis
Comment ? Pourquoi ? À Émilie de deviner. Le motif variait, mais la sensation restait.
Par exemple ? Le jour où Émilie a dit vouloir être médecin, quand sa mère jugeait ce choix absurde.
Tu nas rien compris ! Jai vécu tant dannées avec ton père, je le voyais si peu Chirurgien, ce nest pas une vie pour une femme ! Oublie ça !
Mais mamie disait que sauver des vies, cétait noble ! Que papa avait ce rêve ado
Peu importe ce quelle raconte ! Le résultat, Émilie ! Le résultat ! Quest-ce quon y a gagné ? Je suis veuve et toi, tu as grandi sans père ! Ton père y est resté ! Réfléchis, Émilie, pense un peu aux autres !
Ces disputes ont duré jusquà ce quÉmilie entre à la fac de médecine. Martine lui fit la tête pendant presque six mois, réduisant la conversation à de secs oui ou non au café du matin.
Le choix du mari fut la guerre suivante. Damien ne plut pas à Martine.
Tu me sidères, Émilie ! Il ny en a pas un qui soit un peu à la hauteur ? Financièrement, cest pas la question, non ! Vous navez rien en commun ! Il connaît même pas Maupassant, na jamais entendu une seule note dopéra !
Damien est quelquun de bien, maman. Et surtout, il maime.
Lamour ne suffit pas ! Mais tu comprendras quand il sera trop tard.
Au mariage, Martine se pavanait, mouchoir à la main, répétant à qui voulait lentendre :
Bien sûr, ça ne sera pas facile ! Mais je suis la mère, je serai là pour les épauler
Heureusement, cest là quelle fit la rencontre de Jean-Luc, parent éloigné de Damien colonel à la retraite et francophone au charme fou.
Mon Dieu, mais ce délicieux accent ?
Ma mère était fille de diplomate, elle a longtemps vécu à Paris.
Fantastique !
Jean-Luc récitait les troubadours de Provence dans le texte, aimait lordre, la propreté, et possédait une maison de campagne magnifique où Martine trouva pour un temps un terrain de jeu et cessa de torturer sa fille.
Son second mariage fut heureux. Jean-Luc ladorait, elle revivait, devint plus douce. Elle accueillit la naissance de Paul et Elsa avec joie.
Quels amours ! Paul est dune intelligence tout le portrait de son grand-père ! Et Elsa, mais ce nez, ces yeux cest moi toute crachée ! Elle sera superbe !
Émilie profitait de cette accalmie, espérant que ça durait.
Contre toute attente, son couple avec Damien tenait la route. Il travaillait beaucoup, Martine dût reconnaître que sa fille nétait pas trop mal tombée. Elle était farouchement opposée à lachat de leur maison, mais Damien tint bon.
Cest mieux ainsi. Votre appartement restera à vous, il nous faut le nôtre.
Émilie va galérer avec deux enfants et tout gérer, tu ne pourras pas laider seul !
Ma boîte marche bien, je peux men sortir. Mais Émilie veut reprendre le boulot, et je lui en empêcherai pas. Ma mère a promis dêtre là un peu.
Tes enfants, Damien, nont pas quune seule mamie ! Martine lançait un regard noir, quelle navait plus osé depuis longtemps. Je serai présente, moi aussi !
Et Émilie réalisa son rêve de retourner à lhôpital. Les enfants grandissaient, le déménagement se fit ; tout semblait aller…
Jusquau drame. Jean-Luc tomba gravement malade et, malgré tous les efforts dÉmilie et des meilleurs médecins, la laissa, brisée.
Ah, Jean-Luc Pourquoi ? Je venais à peine de me sentir femme ! Fallait-il déjà tout menlever ?
Vers qui Martine tournait sa colère du veuvage, nul ne le sut jamais.
Désormais, elle achetait deux bouquets dœillets blancs, un pour chaque défunt qui avait égayé ses journées, et devenait de plus en plus insupportable avec les vivants.
Émilie, par devoir, tentait de compenser sa solitude. Vacances, week-ends, fêtes Martine était toujours du voyage.
Et alors ? Cest normal, je suis de la famille ! répétait Martine à ses copines.
Mais Valérie, laisse peut-être Émilie profiter seule de Damien et des enfants ? Sans toi derrière ?
Quelle sottise ! Jamais je nai contrôlé ma fille ! sindignait Martine. Au contraire, jaide ! Comment elle ferait sans moi ?
Les ennuis commencèrent quand Paul grandit et devint allergique à la surveillance de sa grand-mère. Bien sûr, il laimait, mais ses piques lagaçaient.
Paul ! Encore ! Je tai demandé de ne pas mettre cette musique atroce ! Comment peux-tu écouter ça ? Martine entrait dans sa chambre sans frapper, fronçant le nez.
Léternelle écharpe refit son apparition, mais Paul était moins influencé quÉmilie. Plutôt que de se plaindre, il préférait affronter mamie à sa manière.
Elsa, viens ! On va chanter et danser !
Martine, horrifiée de voir ses petits-enfants danser sur du rock français, menaçait :
Paul, toi, passe encore ! Mais Elsa ! Non, cest impossible ! Jappelle votre mère !
Appelle papa, mamie, maman coupe son téléphone en salle dop ! Tu le sais bien !
Damien prenait la chose avec zen ; le soir, une fois martine raccompagnée à la campagne ou chez elle, il chantait à tue-tête avec Paul, rêvant de concerts familiaux.
Paul avait de réels talents musicaux, alors Émilie décida de lui acheter une guitare.
Émilie, je tinterdis ! Tu veux te débarrasser de moi ?
Mais non, maman, de quoi tu parles ?
Je le supporterai pas ! Il doit travailler à lécole, pas perdre son temps !
Mais il travaille très bien ! Tu le sais ! Et puis, où est le mal sil fait un peu de musique ? Cest toi qui prônais lépanouissement complet
Je voulais dire tout autre chose, et tu las très bien compris ! Oh Émilie, tu recommences
Les discussions trainèrent des jours. Damien soutenait fermement sa femme, et Martine passa à sa tactique préférée : silence radio, ne répond pas aux appels, et surtout plus de clés en double de chez elle.
Cette fois, ça ne prit plus. La patience dÉmilie était à bout.
Elle veut faire la tête ? Tant pis ! Émilie lavait la vaisselle quand sa tasse préférée, offerte par Paul, lui échappa et vola en éclats sur le carrelage de la cuisine.
Cest devant ces motifs colorés au sol, éparpillés, que le déclic se fit après tant dannées de bras de fer. Elle aimait sa mère, mais il était temps de mettre des limites.
Paul ! Son cri, rare Paul déboula du premier étage.
Oui, maman ?
Tu as choisi ta guitare ?
Jai le droit ? Les yeux de Paul brillaient dun bonheur qui fit presque chavirer Émilie.
Bien sûr ! Laquelle veux-tu ?
Une basse ! Tes sûre, maman ?
À cent pour cent ! Cest comme ça que tu dis, non ?
Oui ! Et mamie, elle va dire quoi ?
Quon est des enfants gâtés Ne ten fais pas ! Allez, on file au magasin !
Maintenant ? Je vais chercher Elsa, elle maidera à choisir !
En le regardant courir chercher sa sœur, Émilie se dit que Paul avait un cœur en or. Qui pense à prendre sa petite sœur de six ans pour choisir sa guitare ?
La basse fut achetée. Bientôt la chambre de Paul devint un studio de fortune où son groupe répétait, et les parents installèrent du matériel pour encourager leur créativité. Quand, un soir, une vidéo dElsa chantonnant avec son frère fit un carton sur lappli préférée des ados, le succès fut total.
Émilie savourait ce nouvel équilibre, rassurée de voir son fils épanoui. Après ses journées à lhôpital, elle rentrait, les embrassait, écoutait leurs projets, certaine davoir fait le bon choix.
Martine, de son côté, attendait. Elle rangeait lappartement, cuisinait des plats pour la famille, espérant quÉmilie viendrait sexcuser, comme dhabitude.
Mais la semaine passa. Puis deux. Émilie ne revenait pas.
Dabord perplexe, Martine sénerva, jura quÉmilie lui ferait des excuses dignes de ce nom puis peu à peu, le doute sinstalla.
Cétait la première fois quon lui tenait tête, lui montrant que tout ne dépendait pas de sa bonne volonté. Avec nimporte qui dautre, elle aurait coupé les ponts, mais avec Émilie, cétait impossible. Malgré tout, Martine aimait sa fille.
Un mois, deux Le silence persista.
Martine réalisa non sans mal que personne ne viendrait. Quil ny aurait pas dexcuses.
Elle ne comprenait pas comment sa fille pouvait être aussi dure avec elle, vue tout ce quelle avait donné. Est-ce quun mot de trop, dit sous le coup de la colère, pouvait vraiment tout casser dans une famille ?
Après moultes errements, Martine fila à la campagne, cherchant paix et solitude. Cela ne servit à rien. Elle traînait dans la maison, dans le jardin, la boule au ventre, incapable de se dire quelle avait sa part de responsabilité.
Lété laissa place aux pluies dautomne. Martine comprit quil ny avait rien dautre à attendre.
Ce jour-là, fatiguée, elle était à la cuisine, une tasse de thé chaud entre les mains, regardant par la fenêtre des enfants du voisin profs à la fac, des gens bien séclabousser en bottes jaunes sur les allées. Son mari avait voulu une grille raffinée, pas de grand mur, alors Martine observait discrètement la vie du voisinage.
En voyant le plus petit sauter dans les flaques, Martine se dit que trop attendre, on finit par regarder la vie derrière une fenêtre, jusquau jour où, cest Émilie qui viendra porter des œillets blancs À quoi bon ?
La tasse cliqueta sur la soucoupe, et Martine se leva enfin.
Cétait dimanche, les routes étaient calmes. Le lotissement où Émilie vivait était à une demi-heure. En arrivant, Martine sentit son cœur battre plus vite cétait la première fois depuis longtemps quelle faisait le premier pas vers la paix, en mettant son orgueil de côté.
Mais tout son plan vola en éclats dès quelle poussa la porte toute entrouverte et suivit le bruit jusquà la cuisine. La batterie grondait, des guitares électriques laccompagnaient et, sur la pointe des pieds, Martine vit sa fille en train de danser, une spatule à la main, chantant à tue-tête une histoire de poupée et de magicien.
Génial, maman, on fait une vidéo toutes les deux ? Elsa sétait arrêtée de mettre la table, enthousiaste.
Émilie lâcha la spatule, versa du jus dans trois verres et en tendit deux à Elsa.
Prends-en deux, et le reste, je men occupe. Allons les porter, je suis sûre que les gars ont soif !
Elle avait à peine mis un pied sur lescalier quelle sarrêta, bouche bée en voyant Martine sur le seuil.
On aurait dit que le temps lui-même retenait sa respiration, curieux de ce quallaient se dire ces deux femmes.
Elsa faillit parler, mais sa mère la devança.
Salut, maman ! Tu veux bien surveiller la viande, sil te plaît ? On va déjeuner dici dix minutes. Les garçons finissent leur répète. Tu as faim ?
Martine acquiesça, retirant sa veste comme soulagée.
Oui, jai faim.
Parfait ! Émilie lança un clin dœil à sa fille. Elsa, tu boudes ? Tu aurais oublié à quoi ressemble ta mamie ?
Elsa secoua la tête en souriant :
Mais non ! Mamie, jai arrêté la danse ! Maman ma inscrite à lécole de musique, je vais apprendre à chanter ! Paul trouve que je chante super bien !
Martine sentit son cœur chavirer, réprimant quelques larmes, sempara des verres restants.
Viens, je taccompagne ! Faut que je voie cette basse. Elle est belle ?
Trop ! Rouge ! Je tamène voir, viens !
Elsa grimpa déjà lescalier, Émilie fit un pas vers sa mère.
Tu viens ? Le plus dur est fait, maman
Martine hocha la tête, monta, et Paul la salua dun signe solennel en lui montrant fièrement sa guitare.
Quelque chose venait de changer.
Pas tout, bien sûr. On ne modifie pas son caractère du jour au lendemain. Les malentendus, les divergences allaient perdurer. Plus dune fois, Émilie soupirerait en entendant sa mère critiquer, et Martine se demanderait où elle avait raté sa fille.
Mais une chose, au moins, tout le monde la comprit : pour être entendu, il faut savoir écouter dabord. Et alors, la famille reste soudée. Et nest-ce pas tout ce qui compte ?






