Cet été, je me suis rendue dans une clinique française spécialisée dans le jeûne thérapeutique pour purifier mon organisme. Un jour, alors que je profitais du soleil, j’ai remarqué, sur le transat voisin, une magnifique jeune femme au look de mannequin.

Cet été, je me suis rendue dans une clinique de jeûne thérapeutique près dAix-en-Provence pour purifier mon corps. Un après-midi, jai décidé daller prendre le soleil et, là, sur un transat voisin, reposait une magnifique jeune femme, mannequin à la française.

Nous avons échangé quelques mots et rapidement la conversation est devenue intime. On parlait de nos motivations pour le jeûne.

Il me faut perdre quatre cents grammes, ma-t-elle confié, le regard sérieux.

Jai éclaté de rire, certaine quelle plaisantait. Mais non, elle était grave.

Tu sais, ça fait déjà un an que je vis comme ça, affreuse… Mon copain ma dit quil me quitterait si je ne maigrissais pas. Regarde, elle a pincé la peau de son ventre, embarrassée. Je nose même plus masseoir…

Jai été bouleversée par notre rencontre. Je lai appelée bien vite dans ma tête : Élise-quatre-cents-grammes. Apparemment, dans lesprit de son copain, des femmes comme moi pourraient être jetées du haut dune falaise à Cassis, car seuls les corps parfaits ont leur place dans leur idéale Sparte, les rondeurs ny sont pas admises.

Récemment, je me suis retrouvée dans un grand groupe que je ne connaissais pas, lors dun dîner festif dans un restaurant chic du centre de Lyon. Une femme dun raffinement extrême y était assise, la jambe élégamment croisée, les collants fins luisant discrètement sur ses jambes impeccables. Sa chaussure glissait doucement de son talon, elle sirotait son eau dans un verre à vin en captant tous les regards masculins.

Puis son mari est arrivé. Il sest approché, a serré les mains de tous les messieurs, puis, à elle, a lancé férocement, entre ses dents : « Couvre-toi ! Arrête dexhiber tes cuisses !… »

Horrifiée, elle sest redressée, a rougi, a demandé un plaid au serveur, alors quelle était assise juste à côté de la cheminée, et elle a passé le reste de la soirée recroquevillée, semblable à un moineau frigorifié.

Un jour, je me suis plongée dans les biographies des grands classiques français, des poètes, des romanciers, cherchant à découvrir le secret de leur génie à travers leur vie. Mais jai vite abandonné : il est difficile de concilier le génie créateur avec ses faiblesses humaines ordinaires.

Jai arrêté définitivement en lisant la biographie de Victor Hugo. Jadore Les Misérables, mais impossible dingérer certains épisodes de la vie de lauteur.

Outre son obsession pour la mort et son attrait malsain pour les enterrements Et puis, après la naissance de leur cinquième enfant, Adèle, son épouse Adèle Hugo était très affaiblie, et les médecins lui avaient formellement déconseillé davoir dautres enfants. Il a pourtant dit : « Que Dieu me pardonne, à quoi me sert-elle alors ? »

Adèle a mis au monde treize enfants

Je regarde Instagram, ce royaume des Barbie parisiennes, toutes plus ravissantes les unes que les autres. Chaque jour rime avec pilates, solarium, enveloppements et spa. Elles fabriquent leur propre perfection, aidées par lindustrie de la beauté, qui prospère grâce à leurs efforts incessants.

Être belle, cest leur métier. Et je le respecte sincèrement. Mais tout semble sembrouiller : les filles veulent être belles, pour être aimées. Pour attirer les regards. On leur répète : la beauté cest ça maigreur, sourcils parfaitement dessinés, lèvres repulpées, fesses galbées et elles acquiescent, prêtes à tout pour correspondre à cette image.

Les garçons, eux, peinent à choisir parmi cette colonie de poupées uniformisées…

Il y a quelques semaines, mon mari et moi allions au marché aux fleurs de la place du Capitole, il cherchait des outils pour la maison de campagne, tandis que moi, je flânais sans but précis. Jai fini par explorer lespace des figurines de jardin : lanternes, arrosoirs, moulins à vent, lapins, renards

Près des gros nains de jardin, leurs bonnets rouges leur donnant un air damanites tue-mouches, deux hommes discutaient en choisissant le gnome le plus réussi. Lun les soulevait, les examinait sous toutes les coutures, tandis que lautre lançait en riant :

Allez, décide-toi, mon pote Tu fais comme hier soir avec les filles de la rue Garibaldi !

Cela ma fait éclater de rire.

Mesdames, chères Élise-quatre-cents-grammes, Sylvie-couvre-tes-cuisses, Adèle-treize-enfants Comment peut-on à ce point ne pas saimer, ne pas se respecter, ne pas se considérer ?

Comment peut-on confondre ce regard dévalorisant avec de lamour ? Qui a dit que la perfection physique était la garantie du bonheur amoureux ?

Je pourrais vous citer des dizaines dexemples où lapparence na rien à voir avec lamour. Une amie a rencontré son mari dans un service de néphrologie à lhôpital Edouard-Herriot, alors quelle portait une chemise dhôpital, le teint cireux et un immense collecteur durine qui dépassait négligemment sous sa nuisette. Et pourtant, il est tombé amoureux delle ainsi.

Et Frida Kahlo ? Vous la connaissez bien ? Avez-vous vu ses portraits, son visage, ses sourcils ? Et pourtant, les hommes les plus brillants de son époque ont voulu la conquérir.

Il y a des années, on ma arraché une dent de sagesse, ce fut un désastre : la bouche déchirée, la joue gonflée, une infection ma clouée au lit, fièvre de cheval. Je crachais du sang, défigurée, affaiblie, incapable davaler quoi que ce soit. Mon mari me passait du yaourt à la petite cuillère, sattendrissant à chaque gorgée, car il ny avait que ça qui passait.

Avec la moustache laiteuse qui sétait formée, jai pris le miroir, me suis contemplée, murmurant dans un sanglot : « Mon Dieu », avant de fondre en larmes.

Il ma alors dit : « Tu es la plus belle femme du monde, tu mentends ? La plus belle ! Même maintenant ! Veux-tu mépouser ? »

Quand jai guéri, il y a eu le repas au restaurant, la bague, le genou à terre, les applaudissements des invités, les ballons, les fleurs et mon « oui » Mais ce premier vrai moment de demande en mariage, cest lui qui ma marquée à jamais. Je lai cru. Parce que la beauté, ce nest pas une question dapparence, et lamour na rien à voir avec la perfection.

Nos défauts font de nous des êtres uniques, vivants. Cest pour eux quon nous aime, pour ce qui nous rend authentiques !

En vérité, la perfection nexiste pas. Ou alors, elle na de sens quau regard de chacun.

Récemment, jai décidé de porter un appareil dentaire. Mes dents sont objectivement de travers. Mon mari ma soutenue, mais il a ajouté :

Jadore ton sourire, je ne comprends même pas pourquoi tu veux te torturer avec ça. Fais-le pour toi, si tu en as envie. Mais, moi, jaime tout comme cest.

Après la naissance de notre premier fils, je pesais cent dix-huit kilos, et pourtant mon mari me couvrait de compliments, ôtant toute motivation à faire un régime. Jai maigri quand jen ai eu lenvie, pas pour lui.

En parcourant récemment les photos où je posais, épanouie, sur le canapé avec mon petit garçon, je lui ai demandé :

Pourquoi tu ne mas pas dit de maigrir ? Jétais énorme…

Tu étais appétissante, mon lapin, tu maigris si tu veux, mais pour moi, tu es parfaite.

Et puis, il y a cinq ans, lorsque le psoriasis a envahi tout mon corps en été, nous sommes partis en vacances, et jai refusé denlever mon paréo à la plage. Mon mari ma alors demandé : « Il y a un problème ? » Et soudain, jai compris… pour lui, il ny avait rien danormal. Je restais sa belle, même avec la peau abîmée ; il ne voyait que moi.

Ce nest pas une publicité pour mon mari, mais pour la relation. Si un homme vous impose ses critères esthétiques, ce nest pas de lamour, cest du contrôle.

Vous êtes un fruit mûr, une pomme croquante ! Et si lui ne voit que les petits défauts, cest que ce nest pas une pomme quil recherche, mais le pouvoir.

Vous pouvez le suivre par peur de le perdre, mais réfléchissez perdre quoi, au juste ? Un tyran qui vous prend pour un nain de jardin coiffé dun champignon rouge ?

Tout homme a cette envie naturelle de dominer, certes. Mais son autorité doit être fondée non sur la crainte, mais sur votre admiration et votre respect.

Votre dévouement ne doit jamais être une soumission : il doit être un choix. Suivre celui qui en vaut la peine, car il est fort, fiable, tendre et inspirant. Il vous prend la main, il vous conduit au bout du monde, et vous lui faites confiance, car vous avez choisi la bonne personne. Et le droit de vous guider, il doit dabord le mériterAlors, chère lectrice, si, demain, on te regarde de travers parce que ta robe moule une hanche rebelle ou quune mèche folle ose défier la gravité, souris. Marche, danse, trébuche même, mais avance furieusement toi, farouchement vivante. Les contes de la beauté parfaite finissent toujours mal : qui veut dune princesse triste, blanche et muette sous les flashes ?

Porte ta cicatrice comme une bague, ta rondeur comme un trophée, ton rire éclatant comme une victoire. Un amour qui texige autre que toi na rien compris à la magie de te rencontrer.

Au fond, ce nest jamais la taille du jean ni la longueur des jambes qui dessinent la silhouette du bonheur, mais ce frisson léger dêtre soi, sans condition. Et le vrai miracle, cest cette main qui te cherche dans la foule, peu importe le nombre de grammes, les rides ou les défauts parce que tu es, simplement, lunique.

Alors, la prochaine fois que tu tapprêtes à camoufler ce que tu crois être une imperfection, rappelle-toi : la plus belle histoire, cest celle qui ne se retouche pas.

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Cet été, je me suis rendue dans une clinique française spécialisée dans le jeûne thérapeutique pour purifier mon organisme. Un jour, alors que je profitais du soleil, j’ai remarqué, sur le transat voisin, une magnifique jeune femme au look de mannequin.
Mardi dernier, j’ai failli demander le divorce.