Journal intime Paris
J’avais quatre ans lorsque j’ai perdu ma mère. Les souvenirs d’elle se sont effacés après ce terrible accident causé par la voiture de notre voisin. Après ça, mon père sest entièrement dévoué à mon éducation, même si la vie na jamais été tendre avec lui : la fatigue, les tracas, tout cela la vieilli précocement. Malgré tout ce quil a fait pour moi, je dois avouer avec une certaine honte que je lui ai rarement rendu visite. Une fois mariée, Pauline, mon prénom, sest laissée absorber par le tourbillon de sa propre vie et na cherché son père que lorsque le devoir ly obligeait. Je travaillais beaucoup, alors cest Antoine, mon mari, qui a fini par prendre en charge le versement dargent pour mon père. Pourtant, Antoine na jamais accepté de dépenser des euros pour quelquun quil jugeait indigne.
Mon père, ignorant mes difficultés, rêvait sans cesse que je serais son soutien lors de sa vieillesse. Au lieu de cela, un voisin lui a soufflé lidée de me poursuivre en justice pour obtenir une pension alimentaire. Au tribunal, la confrontation était bouleversante. Jai interrogé mon père, envahie par lémotion :
Papa, étais-tu vraiment si désespéré de me voir que tu as dû mattirer jusque devant le juge ?
Des larmes coulaient sur mes joues et mon père ma répondu, la voix pleine de tristesse :
Pauline, je ne pouvais même pas macheter de pain pour deux jours. Jespérais que tu tiendrais tes promesses. Peut-être ai-je mal fait de télever
Je lui ai lancé :
Tu savais que je travaillais. De plus, Antoine ta envoyé de largent et ta acheté à manger. Arrête avec tes manipulations !
Antoine, comme toujours, a pris ma défense et le ton est monté. Jusquà ce que soudain, mon père, accablé, fasse une révélation qui a tout transformé. Il sest tourné vers moi, les larmes ruisselant sur ses joues.
Jai quelque chose dimportant à te confier, a-t-il murmuré.
Jai retenu mon souffle, lai regardé. Il a alors raconté ce jour où ma mère était encore parmi nous. Il ma décrit comment, une journée ensoleillée, elle avait trouvé sur le trottoir, près des poubelles de limmeuble, une boîte contenant une petite fille. Bouleversée, elle avait choisi délever cette enfant comme la sienne Cette enfant, cétait moi.
Submergée par les émotions, jai demandé pardon à mon père, et à ce moment-là, il a abandonné le procès. Lors dune discussion qui a suivi, jai découvert quAntoine navait jamais rendu visite à mon père et que notre argent avait été gaspillé. Une douleur immense et le regret des années gâchées se sont emparés de moi. Jai fait mon choix : jai quitté Antoine, et jai emménagé chez mon père.
Depuis, nous avons retrouvé une tendresse et une sérénité que je pensais perdues. Ensemble à Paris, aujourdhui, jessaie chaque jour de réparer ce passé, reconnaissante pour cette chance retrouvée.






