Un autobus à Paris. Tous les passagers sont assis, plongés dans leurs pensées, évitant de se regarder. Dehors, la pluie tombe sur la ville grise. À un arrêt, un sans-abri monte à bord. Bien quil nait pas plus de cinquante ans, il paraît fatigué par la vie, presque âgé. Une odeur forte se répand aussitôt dans lhabitacle. Il est sale, vêtu de vêtements usés.
Mesdames, Messieurs, sil vous plaît, pourriez-vous maider avec quelques euros pour acheter une baguette ? Je nai rien mangé depuis trois jours, dit-il dune voix basse.
La majorité des passagers détourne le regard, dautres fouillent discrètement dans leur portefeuille.
Soudain, un homme lance dune voix forte :
Pas dargent pour manger ? Cherchez du travail ! Combien de temps allez-vous vivre aux dépens des autres ? Jai perdu mon poste aujourdhui, et je ne tends pas la main à personne. Jai un prêt à rembourser pour mon appartement, moi aussi.
Cet homme, bien mis, semblait mener une vie ordinaire. Le sans-abri baisse les yeux, visiblement gêné. Avec ses mains sales, il cherche dans ses poches, puis en sort de petites économies quil tend vers lhomme qui lavait réprimandé.
Tenez, prenez. Vous en avez plus besoin que moi. Dautres âmes généreuses croiseront mon chemin, dit-il simplement.
Sur ces mots, le sans-abri fait mine de descendre du bus. Lhomme court derrière lui, cherchant à lui rendre largent. Tous les passagers observent la scène, silencieux, troublés.
En retrouvant le sans-abri sur le trottoir, lhomme insiste pour lui rendre sa monnaie, voulant justifier sa réaction. Mais le sans-abri rit doucement, refusant.
La vie est précieuse, mon ami. Il y a nombre de personnes bienveillantes ici-bas. Il faut savoir apprécier chaque instant, dit-il dun ton pensif.
Lhomme reste figé sur le trottoir, les larmes coulant sur ses joues. On sent que ce moment le marque profondément. Il serre dans ses mains les euros reçus de celui qui semblait navoir rien.







