Nous avons emmené notre belle-sœur et son enfant avec nous en vacances. Nous l’avons amèrement regretté mille fois. Et le plus vexant, c’est que ce n’est pas l’enfant qui nous a causé des soucis, mais bel et bien ma belle-sœur elle-même.

Mon mari et moi partions en vacances sur la Côte dAzur. Depuis plusieurs années, nous partons au bord de la mer avec notre joyeuse bande damis, chacun dans sa propre voiture. Nous sommes des esprits libres, presque sauvages : nous choisissons un bout de plage oublié, déployons nos tentes sur le sable doré. Le jour, nous plongeons dans la Méditerranée, nous faisons dorer au soleil, puis nous nous consacrons aux corvées estivales, un peu comme des chats qui errent sans hâte. Et à la nuit tombée, autour dun feu de camp, nous entonnons des chansons à la guitare tout en dégustant un verre de vin blanc sec sous la lune énorme.

Cette année, ma belle-sœur Solène sest invitée dans notre périple. Elle est venue avec son petit garçon de deux ans et demi. Ils se sont retrouvés serrés avec nous deux et ma belle-mère dans la vieille Renault autant dire cest ça ou rien.

Hélas, nous avons cédé. En repensant à tout cela, je peux affirmer que ce nest pas le petit qui nous a causé des soucis, cest Solène qui a semé la tempête. Les complications ont commencé dès la route. Toutes les heures, Solène exigeait une halte ; il paraissait que voyager lépuisait et quelle devait sétirer sur lherbe, tandis que les grillons chantaient pour elle. Cest ainsi que nous sommes arrivés bien après nos amis : déjà installés, certains sétaient même laissés flotter une première fois dans les vagues. Enfin, nous parvînmes à destination, et la deuxième partie de la bizarrerie débuta. Solène piqua une crise digne dun théâtre absurde : « Moi, vivre ici ? Impossible ! »

Pourquoi ? Tu savais quon partait à laventure, façon Robinson ? Je croyais que aventure voulait juste dire quon choisissait nous-mêmes un logement, pas quon réservait une chambre par une obscure agence ! Alors pourquoi à ton avis on a trimballé nos tentes et nos duvets dans tous les sens ? grogna mon mari. Javais compris que vous partiez en camping.

Il a fallu louer à la va-vite une chambre dhôtel pour elle, payant en euros presque tous nos derniers billets. Après, mon beau-frère sest transformé en chauffeur attitré : il allait chercher Solène chaque matin, la déposait parmi nous, venait la récupérer au coucher du soleil. Mais ce nétait pas fini : il laccompagnait au café du port, au marché, puis veillait sur le petit pendant que Solène se remettait de son dur labeur sur le lit de lhôtel ou à lombre des pins.

En fait, tout le monde prenait soin du gamin. Mais lenfant, lui, restait paisible et adorable : il galopait sur la plage, barbotait dans la mer, mangeait sagement tout son repas, et sendormait sans un bruit dans la tendresse de la tente, laprès-midi. Contrairement à sa mère qui semblait faite de vent. Lannée prochaine, cest certain, Solène ne fera pas partie du voyage. Mais si jamais ses parents nous le demandent, on emmènera volontiers notre neveu. Il est vraiment unique, comme une perle oubliée dans un coquillage.

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Nous avons emmené notre belle-sœur et son enfant avec nous en vacances. Nous l’avons amèrement regretté mille fois. Et le plus vexant, c’est que ce n’est pas l’enfant qui nous a causé des soucis, mais bel et bien ma belle-sœur elle-même.
Et ils sont revenus complètement transformés