Lorsque mon mari et moi étions dans le besoin, ma belle-mère s’est offert un manteau de fourrure, une télévision dernier cri et a vécu comme une reine.

Il ny a pas de justicemais parfois, la vie se rattrape !

À mes dix-huit ans, jai découvert que jétais enceinte. Mes parents ? Solidarité zéro. Selon eux, cétait bien trop tôt pour agrandir la famille. Mon mari, Jules, venait tout juste dêtre appelé à faire son service militaire. Et puis, les grands-mères des deux côtés se sont mises daccord pour une fois :

Le bébé, cest ton affaire. Je nai pas envie de devenir baby-sitter maintenant, ma soufflé ma mère avec un soupir digne dun film français.

La belle-mère, elle, sest contentée de me snober. Silence radio, même pas un petit message.

Jai fini par vivre chez ma tante du côté paternel, Geneviève. Pas de mari, pas de enfants, à trente-huit ans, elle était mariée à son boulot. Elle na pas assommé mes parents :

Je les comprends : tu es née à une époque difficile. Ils ont dû sacrément se battre pour toi. Il y a eu des jours où il ny avait même pas de quoi faire une omelette. Ton père déchargeait des wagons la nuit pour gagner quelques euros, tu sais ?

Mais aujourdhui, ils sont confortables. Ton père touche un bon salaire, ils ont un deux-pièces. Ta mère travaille aussi. Et toi, tu vas avoir un bébé.

Tu crois quils sen fichent vraiment ? ai-je demandé à Geneviève, un peu désespérée.

Ils veulent juste vivre pour eux. Ne les condamne pas, tu verras, ils reviendront peut-être à la raison un jour.

Aucun soutien en vue, alors jai emballé mes affaires et jai débarqué chez ma tante.

Quand Jules est revenu de larmée, notre petit garçon, Louis, avait déjà dix-huit mois. Durant cette période, belle-maman nest jamais venue rencontrer son petit-fils, même pour le goûter. Mes parents ont daigné rendre visite deux fois, pour lanecdote.

Jules sest lancé comme mécanicien, voulant reprendre ses études. Bah, c’était trop compliqué. On a continué à squatter chez Geneviève. Quand Louis est parti à la maternelle et moi jai enfin déniché un emploi, Geneviève a déménagé. Nouvelle adresse pour nous aussi : appartement en location, pas vraiment glamour, mais on faisait avec.

Et voilà, la grand-mère de Jules tombe du perchoir. Sa maman vend lappartement de feu-grand-mère, soffre la rénovation du siècle, et commence à faire des achats dignes de la Place Vendôme. Jules la supplie de garder lappart plutôt que de vendre, propose même de payer un loyer et, un jour, le racheter. Refus catégorique.

Pourquoi je devrais me sacrifier ? Jai toujours rêvé de refaire la déco ! Vouloir tout pour moi, cest si compliqué ? a lancé belle-maman, théâtrale.

Cinq ans plus tard, notre fille Camille arrive. On savait quil fallait un vrai chez-nous. Jules sest expatrié pour travailler. Rassembler assez dargent pour acheter un appart na pas été une ballade sur les quais. On a continué à accumuler les déménagements et les locations.

Ma mère, de son côté, seule dans trois pièces suite au divorce de mon père, mais incapable de maccueillir, moi et mes enfants. Pas plus chez belle-maman, qui refaisait sans cesse la cuisine ou la salle de baintoujours trop occupée, jamais aidante.

Après quelques années de labeur, on se paie finalement notre propre appart, sans laide de personne.

Aujourdhui, Louis est en quatrième, Camille en CE2. Ils savent exactement ce quun euro représente. On a compté chaque centime, on a évité les galères. Maintenant, chacun a sa voiture, on part chaque été bronzer en Bretagne (on nest pas fous, le sud cest trop cher).

La seule à qui nous le devons, cest Geneviève. Elle peut nous appeler pour nimporte quoi, et on débarque volontiersquestion de principe, parole dhonneur.

Nos parents, eux, ont pris un vilain virage. Ma mère a perdu son travail et a appelé récemment pour solliciter un coup de main. Jai refusé. Cest cruel, peut-être, mais la vie, cest du retour de bâton parfois.

Belle-maman ? Même galère. À la retraite, ne souhaitant pas vivre modestement, elle a consumé tout largent issu de la vente de l’appartement. Jules lui a conseillé de vendre son grand appart rénové pour sacheter un studio coquet. Refus de la diva.

Moi et Jules, on ne doit rien à personne. Nos enfants, on les traite autrement que ce quon a reçu. On sera toujours là pour eux. Et jai comme lintuition quun jour, ils nous le rendront bien, au moment du goûterquand on quémandera une biscotte, peut-être.

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Lorsque mon mari et moi étions dans le besoin, ma belle-mère s’est offert un manteau de fourrure, une télévision dernier cri et a vécu comme une reine.
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