Mon fils sest retrouvé sous lemprise dune femme qui le manipule à sa guise. Depuis peu, elle tente de lopposer à moi. Elle lui répète que je me fiche de leur bonheur, que je ne pense quà moi. Ce jugement hâtif est venu du fait que jai refusé déchanger nos appartements.
Mon époux sest éteint il y a quelques années, et mon fils est mon unique enfant. Je lai choyé et élevé avec amour, lui donnant accès à une bonne éducation. Avant son mariage, il vivait avec nous, à Paris. Il a commencé à travailler pendant ses études universitaires et, avec son diplôme en poche, il na pas tardé à décrocher un poste intéressant.
Mon fils est ma fierté. Cest un jeune homme remarquable et il réussit bien dans sa vie professionnelle. Mon mari et moi navons jamais eu les moyens de lui acheter un appartement, car nous avons toujours vécu modestement. Nous avons acquis notre propre logement à lâge de quarante ans, auparavant nous étions locataires, donc il nous était impossible de lui en offrir un à lui aussi. Mais après tout, il peut parfaitement se débrouiller pour en acquérir un tout seul, comme nous lavons fait.
Quand Thomas ma annoncé quil fréquentait une jeune femme, jétais ravi. Jai tout fait pour entretenir une relation cordiale avec ma belle-fille : je ne lai jamais critiquée ni sermonnée. Peu mimportait qui deviendrait ma belle-fille, tant que mon fils était heureux avec elle. Au début, jai eu une très bonne impression dAudeline, elle était polie et réservée. Mais cest seulement après leur union quelle a révélé son véritable caractère.
Après leur mariage, Thomas et Audeline sont partis en voyage de noces, et à leur retour, Audeline a donné sa démission. Elle prétendait que ses supérieurs lui menaient la vie dure et quelle voulait trouver un poste plus valorisant. Mais elle na pas cherché plus loin : depuis deux ans, elle vit aux frais de mon fils sans aucune volonté de retrouver un emploi.
Thomas et Audeline vivent désormais dans son studio, situé à la périphérie de Lyon. Comme Audeline reste à la maison, mon fils ne peut pas soffrir un nouvel appartement, car elle dépense tout ce quil gagne en soins esthétiques et vêtements.
Je ne comprends pas quon ne puisse pas décrocher un emploi en deux ans. Je doute quelle fasse réellement des démarches, elle préfère sûrement profiter du confort offert par mon fils.
Je lui ai demandé un jour sils comptaient avoir un enfant. « Comment pourrions-nous songer à cela alors que nous vivons dans une si petite surface ? » ma-t-elle répondu. « Peut-être pourriez-vous économiser pour lapport dun futur appartement », lui ai-je suggéré. « On na rien à mettre de côté, on peine même à finir le mois », ma répondu Audeline.
Je me suis retenu de lui dire que sils faisaient plus defforts, ils pourraient déjà avoir économisé une belle somme. Sils essayaient sérieusement dépargner pour un appartement, je les aurais soutenus, car jai déjà mis de côté une somme respectable. Mais pour linstant, je refuse de leur accorder mon aide, sachant pertinemment quAudeline gaspillerait tout en frivolités.
Récemment, Audeline sest remise à parler denfant, se plaignant du temps qui passe et évoquant lidée de penser à une descendance. Mon fils commence à lui donner raison.
« Papa, nous réfléchissons, pourquoi ne pas échanger dappartements avec toi ? Rien de légal à signer, juste un échange. On naurait plus à nous soucier dun prêt et la surface serait largement suffisante pour toi. »
Ses paroles mont blessé. Ce nest pas son initiative, il ne serait pas venu avec cette idée tout seul. Je lui ai répondu que je partirais loin de chez eux pour travailler, et que « les vieux arbres ne peuvent être transplantés ».
« Vous ne resterez plus très longtemps actif, et vous aurez bientôt des petits-enfants », ma dit ma belle-fille avec un sourire narquois.
Jai refusé « leur proposition avantageuse », qui ne me plaisait pas du tout. Je suis attaché à ma maison.
Suite à cela, Thomas est revenu plusieurs fois sur le sujet, chacune de ses remarques ma profondément blessé. Jamais mon fils na voulu profiter des autres pour senrichir, mais maintenant sa femme le pousse à adopter ce comportement.
« Viens, rentrons. Je tai dit que ta mère se fiche bien davoir des petits-enfants. Elle ne lèverait pas le petit doigt pour nous ! » a lancé ma belle-fille à mon fils lors de leur dernière visite.
Depuis cet incident, mon fils ne me donne plus de nouvelles, ne répond plus au téléphone, ni ne rappelle. Je ne comprends pas pourquoi il agit ainsi, lui qui nest pas idiot, mais dès quAudeline est près de lui, je soupçonne quil perd toute lucidité.







