Le seul souvenir qui me revient lorsque je pense à mon père, ce sont les disputes, les cris, les querelles qui ont marqué notre quotidien. Nous avons connu la misère, à Paris, et ma mère, Camille, travaillait tard chaque soir pour ramener quelques euros à la maison, tandis que mon père cherchait toujours une raison pour se quereller. Je me rappelle ce jour où nous sommes allées au marché de Belleville acheter des légumes : le marchand a plaisanté avec ma mère, et nous avons éclaté de rire. Mon père, Henri, lui, la fixait dun regard froid, sans prononcer un mot.
De retour à la maison, le tumulte na pas tardé à éclater. Il criait si fort que tous nos voisins pouvaient l’entendre, et la dispute a dégénéréil a fini par frapper ma mère. Peu après, il y eut un autre incident. Un collègue de mon père fit une remarque, pour plaisanter, disant que je ne ressemblais pas du tout à lui, que j’avais hérité des traits de ma mère, mais rien de mon père. Javais douze ans à ce moment-là. Peu de temps après, mon père nous abandonna, prétextant que ma mère mavait trop gâtée.
Dès lors, il ne nous resta presque plus rien, même pas de quoi acheter du pain. Henri ne paya jamais de pension alimentaire. Camille ne voulut pas le poursuivre devant la justice ; il lui fallut donc se débrouiller seule. Elle trouva un second emploi, et moi, tout en poursuivant mes études au lycée, je faisais tout pour entrer à la faculté. Finalement, jy suis parvenue, et par la suite, jai décroché un travail.
Avec le temps, jai rencontré quelquun, je me suis mariée, et jai enfin pu soulager ma mère, lui offrir un peu de réconfort. Il y a peu, jai reçu un message. Il venait de mon père. Il écrivait quil souhaitait reprendre contact. Je ne sais pas quoi penser. Certains me conseillent de le voir, de lui parler. Pour tout dire, je nai aucune envie de faire ce pas. Je me souviens encore de son départ. Pour moi, il nest quun inconnu. Il ne mévoque aucun souvenir heureux. Jai décidé de ne pas en parler à ma mère pour linstant. Je demeure indécise…







