Un événement insolite s’est produit lors du baptême de ce jeune garçon.

Quelque chose détrange et inexplicable sest déroulé lors du baptême de ce garçon. Personne navait jamais vu un enfant hurler, pleurer et se tordre autant dans cette église ancienne, au pied des vitraux pâles.

Dans la nef résonnaient les cris aigus du petit alors que le prêtre, le père Lucien, le plongeait dans la cuve baptismale deau claire, mais il semblait, dans la logique absurde du rêve, que leau fumait et quelle était bouillante, comme une soupe oubliée sur le feu. Tous les invités avaient soudain limpression quils assistaient à un étrange rite, une cérémonie mêlée danxiété et de mystère. La mère du garçon, Manon Dubois, sentit son cœur se serrer très fort en entendant les lamentations de son fils. Elle observa, muette et figée, puis la douleur devint insupportable. Elle sapprocha de son mari, Pierre Dubois, et murmura, comme on glisse un secret dans une brume matinale :

Excuse-moi, mais quand cela sachèvera-t-il ?

Encore quinze minutes, chuchota-t-il, les yeux pleins dune inquiétude mêlée dhumilité.

Ny a-t-il pas un moyen daccélérer tout ça ? Je ne supporte pas dentendre mon enfant pleurer ainsi, ça me déchire.

Tu sais bien que si on interrompt le sacrement, tout sera vain, répondit Pierre, comme sil lisait un vieux conte. Le garçon doit être baptisé, cest la tradition.

Regarde-le, il souffre tellement…

Tu as raison, admit-il, les épaules affaissées. Mais la cause nest pas liée au baptême lui-même, mais à autre chose, quelque chose denfoui…

À quoi donc ?

La cause cest vous, toi et moi, dit-il, comme si soudain les mots sortaient de la bouche dun corbeau en chemise blanche.

Que veux-tu dire par là ?

Nous sommes-nous unis à léglise ? a-t-il demandé, les yeux naviguant sur les motifs du carrelage.

Non, répondit Manon, la voix embuée, lointaine.

Le garçon na quun mois. Peut-être lavons-nous conçu durant le Carême. Jimagine aussi que tu as songé à lavortement, voire commis une telle action… ajouta Pierre avec la gravité dun juge du sommeil.

Manon baissa la tête, le chignon se détachant comme une fleur défraîchie.

Quas-tu fait pour expier tes fautes ? Tes-tu confessée au presbytère sous les boiseries anciennes ?

Manon ne put dire un mot, un silence chargé déchos.

Cest limpide, conclut Pierre, le souffle comme une brise. Nous avons failli aux lois divines, et ce nest pas seulement nous, mais aussi notre fils qui porte ce fardeau. Si tu veux quil aille mieux, il faut que tu te repentes, que tu tefforces dêtre meilleure, là, dans lombre de la cathédrale.

Les larmes de Manon jaillirent, coulant sur ses joues comme les fontaines de la place du Tertre. Elle retourna vers sa famille, enveloppée dans une brume légère, dans le parfum des lys. Dès quelle eut rejoint les bras accueillants de sa mère, le garçon cessa de pleurer, les sanglots se muant en silence cotonneux. Le prêtre Lucien reprit le rite, versant leau sur le front du petit.

À cet instant précis, il sembla que les fautes parentales flottaient dans lair, se dissipant comme des bulles de savon. Le calme revint, et le garçon, baigné par létrangeté du rêve, sapaisa, comme si tout avait été pardonné par la lumière pâle filtrant à travers les vitraux, dans le parfum discret de la foi.

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Un événement insolite s’est produit lors du baptême de ce jeune garçon.
Ma belle-mère nous invite à emménager dans son appartement… mais tout indique qu’elle a ses arrières-pensées — Merci beaucoup pour la proposition, c’est vraiment généreux. Mais nous allons refuser. Le visage de ma belle-mère s’est allongé. — Mais pourquoi donc ? Par fierté ? — Non, pas par fierté. Simplement, nous avons notre vie bien organisée. Changer les enfants d’école en cours d’année, c’est un stress. Et puis on s’est habitués ici. On a refait tout l’appartement, tout est neuf. Chez vous… — Christine s’est interrompue, cherchant ses mots, mais a décidé d’être directe. — Chez vous, il y a surtout des souvenirs, des objets précieux. Les enfants, ils sont petits, ils pourraient casser ou salir quelque chose. On préfère éviter ce stress. En rentrant du travail, Christine a trouvé son mari debout dans le couloir, visiblement en train de l’attendre. Elle a enlevé ses chaussures, traversé la chambre en silence pour se changer, puis s’est dirigée vers la cuisine. Son mari l’a suivie, tout aussi silencieux. Christine a craqué : — Tu vas encore recommencer ? Je t’ai déjà dit : non ! Denis a soupiré longuement. — Maman a encore appelé aujourd’hui. Elle dit que sa tension monte. Que c’est dur, là-bas, avec papi et mamie qui vont vraiment mal, ils sont capricieux comme des enfants. Elle n’y arrive plus seule. — Et alors ? — Christine a bu une gorgée d’eau froide, essayant de calmer son irritation. — C’est elle qui a choisi la vie à la campagne. Elle loue son appart’, touche l’argent, profite de l’air pur. Elle aimait ça. — Elle aimait tant qu’elle avait de l’énergie. Maintenant, elle se plaint que c’est trop dur, trop calme. Bref… — Denis prit une grande respiration — Elle nous propose d’emménager chez elle. Dans son F4. Christine a écarquillé les yeux, puis a lâché : — Non. — Pourquoi tout de suite “non” ? Tu n’as même pas écouté jusqu’au bout ! — Denis a levé les bras au ciel — Regarde : le quartier est super. Quinze minutes jusqu’à ton bureau, vingt jusqu’au mien. L’école bilingue juste en face, la maternelle dans la cour. Fini les bouchons ! Et notre appartement, on peut le louer, le crédit s’auto-remboursera ! Il en restera même. — Denis, tu t’entends ? — Christine s’est approchée de lui. — Cela fait deux ans et demi qu’on vit ici. J’ai choisi moi-même chaque emplacement de prise ! Les enfants ont leurs amis juste à côté. On est, enfin, chez nous. CHEZ NOUS ! — Quelle différence, l’endroit, si tu rentres juste pour dormir ? On passe deux heures dans les transports ! — a-t-il répliqué — Là-bas, c’est une bel appartement haussmannien, plafonds de trois mètres, murs épais, aucun bruit des voisins. — Et une déco des années 80 qui sent le renfermé, — a répliqué Christine — Tu te rappelles l’odeur ? Et surtout, ce n’est pas chez nous. C’est l’appart’ d’Anne-Léonore. — Maman assure qu’elle ne s’en mêlera pas. Elle vivra là-bas à la campagne, elle veut juste que l’appart’ soit surveillé. Christine a esquissé un sourire amer. — Denis, t’as la mémoire courte ! Souviens-toi quand on a voulu acheter ici… Son mari a détourné le regard. Bien sûr qu’il s’en souvenait. Sept ans dans les locations, chaque sou gratté. Quand ils ont enfin eu l’apport, Denis avait proposé à sa mère de vendre son grand F4 en centre-ville pour s’offrir une belle F2 et une autre pour les jeunes. Anne-Léonore acquiesçait, souriait, disait « bien sûr, il faut agrandir pour les enfants ». Les options étaient prêtes. Le rêve prenait forme. Et, le dernier jour, elle a appelé. — Souviens-toi de ce qu’elle a dit ? — relança Christine — « Mon quartier est trop prestigieux, mes voisins sont si distingués. Comment irais-je dans votre résidence moderne au milieu des prolos ? Non, je ne veux pas. » Donc on est allés à la banque, pris un crédit démesuré et acheté cet appart à cinq kilomètres du périph. Seuls. Sans ses « mètres prestigieux ». — Elle a eu peur du changement, c’était l’âge, — marmonna Denis — Aujourd’hui elle pense différemment. Elle se sent seule. Elle aimerait que ses petits-enfants soient là. — Les petits-enfants ? Elle les voit une fois par mois quand on ramène des courses. Et après une demi-heure, elle soupire qu’ils lui donnent la migraine. Tandis que Christine reparlait, les enfants déboulent en cuisine, affamés, se chamaillant. Le dîner passé, la conversation reprit la nuit tombée. *** Samedi, direction la campagne : Anne-Léonore a appelé le matin, voix faible : médicaments finis pour papi, « cœur serré ». Une heure et demie de route. Anne-Léonore les attend sur le perron. À soixante-trois ans, elle en impose : coiffure, manucure, foulard en soie. — Oh, vous voilà enfin, — elle tend la joue. — Christine, tu as grossi ? Ou c’est la blouse ? — Bonjour, Anne-Léonore. C’est la blouse, — répond Christine sans broncher. Dans le salon, les parents de la belle-mère, très âgés, somnolent devant la télévision. — Vous prendrez un thé ? — lance Anne-Léonore depuis la cuisine. — J’ai des biscuits… un peu secs, je ne sors plus, mes jambes me tirent. — On a apporté un gâteau, — Denis pose la boîte. — Maman, parlons de l’appartement… Anne-Léonore s’anime : — Oui, oui, Denis. Je n’en peux plus. L’air, la nature, c’est bien, mais il faut s’occuper des parents. Mais l’hiver, c’est l’ennui mortel. Et l’appartement, là, occupé par des inconnus, ils abîment tout. Ça me fait mal au cœur ! — Mais tes locataires sont respectueux, non ? — tente Denis. — Respectueux ! — ricane Anne-Léonore. — Je suis passée : le rideau de travers et une odeur… pas la mienne ! Je me dis : pourquoi souffrir là-bas, loin, alors que vous pourriez venir ? Il y a de la place pour tous. Christine échange un regard avec Denis. — Anne-Léonore, et vous, vous habiteriez où ? — demande-t-elle franchement. La belle-mère hausse les sourcils : — Où ? Ici, évidemment. Avec les parents. Peut-être quelques allers-retours, des rendez-vous à la clinique, mes amis médecins sont là-bas. — Allers-retours : combien souvent ? — interroge Christine. — Disons… deux fois par semaine. Ou une semaine complète s’il pleut. J’ai ma chambre, ma literie, vous logerez les enfants dans la grande pièce. Ma chambre reste telle quelle. On ne sait jamais. Christine s’énerve : — Attendez, vous nous proposez d’emménager dans votre F4, de laisser une pièce fermée à clé, et de vivre à quatre dans deux pièces ? — Quelle pièce fermée ? — s’étonne Anne-Léonore. — Servez-vous ! Juste, ne touchez pas à mes affaires. Et au vaisselier. Il y a le cristal. Et mes livres. Denis, tu te rappelles ? On ne touche pas à la bibliothèque ! Denis se tortille sur sa chaise. — Mais si on s’installe, il faut bien aménager : installer des lits pour les enfants… — Des lits pourquoi ? Il y a un excellent canapé, convertible. Ton père l’a choisi. Inutile de dépenser. Christine se lève. — Denis, tu veux bien venir ? Elle sort sur le perron, suivie bientôt par Denis, gêné. — Tu as entendu ? — siffle-t-elle — “Ne touchez pas au canapé”, “ma chambre”, “je viens quand bon me semble”. Tu mesures ce que ça veut dire ? — Christine, elle craint juste les changements… — Non, Denis ! On va juste garder son appart gratuitement ! Même pas le droit de déplacer une armoire ! Elle reviendra quand elle veut, pénétrera chez nous, critiquera mes rideaux, ma soupe et mes draps ! — Mais le boulot serait plus proche… — tente faiblement Denis. — Je m’en fiche du boulot ! Je préfère deux heures de bouchons et retrouver chez moi, où JE décide. Denis baisse les yeux, conscient de la vérité. La facilité l’a aveuglé. — Et rappelle-toi le coup du fameux échange… Elle nous a plantés pour l’adresse chic. Maintenant elle trouve le temps long et cherche de la compagnie pour râler. La porte s’ouvre, Anne-Léonore apparaît. — Vous chuchotez quoi là ? Christine se retourne : — On ne va pas vous déranger. Nous ne déménagerons pas. — Quelles bêtises — fulmine la belle-mère — Denis, tu dis rien ? Tu fais ce qu’elle veut ? Denis relève la tête : — Maman, Christine a raison. On ne viendra pas. On a notre maison. Anne-Léonore pince les lèvres. Elle a compris, mais ne veut pas avouer sa défaite. — Tant pis. Je voulais juste aider. Faites comme vous voulez, perdez votre temps dans les bouchons ! Mais après, ne venez pas vous plaindre. — On ne viendra pas, — promet Denis. — On y va, maman. Tu as besoin d’autres médicaments ? — J’ai besoin de rien de vous, — réplique-t-elle sèchement avant de rentrer et claquer la porte. Ils reprennent la route en silence. Les embouteillages se dispersent. — T’es fâché ? — demande Christine à un feu. Denis secoue la tête. — Non. J’imagine juste Arnaud sautant sur le “canapé de papa” et maman faisant une syncope. Tu avais raison. Mauvaise idée. — Je veux bien aider, — reprend doucement Christine. — On portera les courses, les médicaments. On engagera quelqu’un si besoin. Mais on vivra séparés. La distance, c’est la clé d’une bonne entente. — Surtout avec ma mère, — glisse Denis dans un sourire. *** Bien sûr, Anne-Léonore a gardé sa rancœur. Elle avait déjà fait partir les locataires, persuadée que son fils et sa belle-fille viendraient. Ils ont subi un mois d’appels insistants. Mais Denis a tenu bon : finalement, c’est facile de dire « non », quand il le faut.