Je nai jamais connu mon père, et ma mère ne venait me voir que très rarement. Ce nest que bien plus tard que les éducateurs mont raconté comment jétais arrivée à lorphelinat. Javais un an environ lorsque jai attrapé une pneumonie. Épuisée par la maladie, jai cessé de pleurer complètement. Je restais immobile dans mon petit lit pendant des journées entières, mourant à petit feu tandis que, dans la pièce dà côté, ma mère accablée buvait du vin rouge.
Je suis née au sein dune famille avec une mère qui ne résistait pas à lalcool. Elle buvait pendant des jours, et les bruits de ses bouteilles me gardaient éveillée la nuit. Les voisins avaient commencé à se plaindre de lenfant qui pleurait sans cesse, si bien quun jour, ma mère ma conduite à lhôpital. Lorsque linfirmière est entrée pour mexaminer, elle a remarqué que jétais en feu. Mes vêtements étaient en flammes : il a fallu trois personnes pour éteindre lincendie. On ma transportée durgence et soignée pour des brûlures. Pendant tout mon séjour à lhôpital, ma mère nest pas venue une seule fois me voir.
Le bonheur que jai découvert à lorphelinat sest poursuivi après la naissance de mon premier enfant. Jai reçu une bonne éducation, obtenu un beau poste, et notre appartement était vaste et joliment décoré. Habiter là-bas me procurait une joie profonde. Nous nous entourions dune famille de cœur, un vrai miracle. La seule chose qui nous manquait, cétait notre propre enfant…
Mon mari et moi avons adopté une petite fille de deux ans, à lorphelinat de Lyon. Beaucoup de gens nous avaient déconseillé ce choix, mais nous navons pas écouté. Nous lavons accueillie et lavons emmenée avec nous en ville, prenant le risque quelle souffre dune maladie génétique. Pourtant, depuis ce moment, elle est demeurée en parfaite santé !
Aujourdhui, je remercie le Seigneur chaque jour de mavoir donné la sagesse de réfléchir par moi-même et de ne pas me soucier des avis des autres. Aucun des avertissements des médecins na eu de fondement : notre fille est heureuse et grandit bien. Selon moi, il est trop facile dattribuer les défauts ou les soucis dun enfant à ses mauvaises gênes. Cest comme si lon disait que ni lattention ni notre environnement ne comptent vraiment, que tout est la faute des parents biologiques et de leur hérédité. Mais ce dont un enfant a vraiment besoin, cest damour et du sentiment dêtre important, pour sépanouir.
À lapproche de notre cinquième anniversaire dadoption, une certaine angoisse menvahit. Jaime mon fils autant que lautre enfant, celle que jai portée tous deux forment mon foyer. Mais au fond de moi, il y a une crainte : celle quÉloïse apprenne quelle a été adoptée et en souffre. Jignore comment aborder ce sujet avec elle si elle le découvre par hasard. Comprendra-t-elle ? Cela meffraie davantage que lidée quun tiers lui révèle la vérité avant moi…







