On avait prévenu Hélène qu’il était dur et impitoyable, et qu’elle devrait s’en méfier. Mais elle est arrivée avec un plan habile et audacieux.

David était un homme de quarante ans, célibataire. Il y a quelques années, il faisait tourner toutes les têtes. Beaucoup de femmes auraient rêvé de lavoir pour époux. Grand, élégant, et doté dune belle situation financière. Mais aujourdhui, il ne lui restait plus que sa fortune. Il nétait plus jeune, sa chevelure avait clairsemé, et son ventre prenait chaque jour un peu plus de place. Parfaitement conscient de sa déchéance, il avait, pour la première fois de sa vie, commencé à songer sérieusement au mariage. Mais il doutait de pouvoir trouver une épouse adaptée, car son caractère nétait pas facile : il était brusque, autoritaire et dur. Et comme tout son entourage était au courant, les femmes mettaient en garde celles qui pouvaient succomber à son charme quil valait mieux léviter. David comprit alors quil avait peu de chances. Il confia ses craintes à ses amis qui, de bon cœur, lui donnèrent quelques conseils. Quelques mois plus tard, David se maria suite à leurs recommandations.

Le lendemain des noces, David expliqua à son épouse ses exigences :

Tu vas habiter dans mon appartement, ce qui devrait être un grand honneur pour toi. Lordre doit régner en tout lieu et à tout moment.

Que veux-tu dire ? demanda Éléonore, surprise, avec un sourire radieux.

Je vais texpliquer, répondit David, affichant un sourire satisfait. Tu dois bien comprendre que tu peux perdre cette chance à tout instant. Je suis quelquun de très exigeant et il te faudra ty habituer et laccepter. Et surtout, les serviettes doivent toujours être sèches et suspendues à leur place. La propreté avant tout. As-tu bien compris ?

Éléonore hocha la tête, attentive et silencieuse. Ils se dirigèrent vers la cuisine où David détailla toutes ses règles âgées longtemps préméditées.

Oui, mon chéri, acquiesça Éléonore en souriant, et à quelle heure rentres-tu le soir ?

Pourquoi cette question ?

Pour préparer le dîner, tout simplement.

Hmm… quand je rentrerai, tu le saureras, mais le dîner doit toujours être prêt à lheure. Et malheur à toi si le repas ne me plait pas : je le jetterai à la poubelle et tu seras punie.

Jai bien entendu, mon amour. Tout ira bien, répondit Éléonore, rayonnante. Ce sourire resta toute la journée dans lesprit de David.

Le soir venu, il décida, avant de rentrer, de dîner au restaurant. Il voulait mettre sa femme à lépreuve et comptait, comme il lavait prémédité, déclarer sans goûter que le repas était mauvais et quil nen voulait pas. Et il recommença le scénario durant toute une semaine.

Quand David rentra, un silence complet laccueillit.

Il y a quelquun ? Je suis rentré !

Ah, cest toi, dit Éléonore dun ton détaché, jétais devant la télévision, je me suis assoupie.

Le dîner est prêt ?

Le dîner ? Oh, le dîner ! Viens, allons voir.

David préparait déjà dans sa tête le discours tout fait, mais Éléonore linvita à sasseoir, lui servit une assiette de bouillie de sarrasin froide et ajouta en souriant :

Voilà. Le plat est froid, fade et sans sel. Si tu ne le manges pas jusquà la dernière bouchée, tant pis pour toi. Je men irai et tu ne me reverras plus jamais. Je plaisante bien sûr, tu me reverras, mais avec un autre. Et jallais oublier : je sais que tu as dîné au restaurant. Jimagine comme il doit être difficile davaler cette bouillie insipide avec le ventre déjà plein.

David en resta bouche bée.

Tu veux savoir pourquoi je peux être si dure et directe avec toi ? Sache juste ceci : ce sera toujours ainsi si jamais tu tavises de ne pas répondre à mes questions. Et maintenant, tu vas manger ce plat, jusquà la dernière bouchée. Plus tu commences vite, plus tu termines vite !

Éléonore avait été avertie quant au « tempérament particulier » de son mari. Mais elle ne s’est pas défilée.

« Les hommes ne naissent pas attentionnés et bienveillants, mais ils le deviennent sous la fermeté et lintelligence de leurs épouses », affirma-t-elle. Et elle avait mille fois raison. David engloutit son plat en quelques minutes, et pensa : « Enfin, jai trouvé la femme qui me correspond. Celle dont jai rêvé toute ma vie. »

Dans la vie, ce nest pas la richesse ou lapparence qui compte, mais la sagesse de savoir vivre à deux, de se comprendre et de sapprivoiser avec respect et humour.

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