Mon mari et moi avons travaillé sans relâche depuis le début de notre vie commune. Nous voulions toujours que nos enfants aient tout ce dont ils avaient besoin, quils ne manquent de rien. Cest pourquoi, après la naissance de notre fille, mon mari a occupé deux emplois pour subvenir à nos besoins. Nous lavons élevée en essayant de lui apprendre la politesse et la bienveillance. Les années ont filé sans même que l’on sen rende compte, et notre petite Camille est devenue une jeune femme.
Elle était devenue superbe, avec une ribambelle de prétendants pas désagréables à la porte. Au fil du temps, nous avons bien remarqué que Camille se montrait jolie comme un cœur, mais aussi étonnamment précautionneuse dans ses déplacements, comme si elle avait peur de marcher sur des coquilles dœufs. Nous avons vite compris pourquoi : elle était tombée amoureuse dun garçon. Mon mari et moi, tout attendris, lavons suppliée quelle nous le présente. Qui donc avait eu la chance de faire chavirer son cœur? Camille a promis que oui, on finirait par rencontrer le fameux élu.
Et, récemment, elle nous a annoncé le grand événement : elle allait nous ramener son amoureux. Jai passé la journée en cuisine à préparer tout un festin, du bœuf bourguignon jusquà la tarte Tatin. Mon mari avait briqué lappartement du sol au plafond. On a tout fait pour que cette rencontre soit mémorable. Camille, elle, rayonnait de bonheur. Elle ne marchait plus, elle flottait littéralement dans lappartement. Mon mari et moi, fiers comme Artaban, étions émus de la voir si heureuse.
Puis il est arrivé. Tout de suite, jai eu une bonne impression : poli, fin, une petite pointe dhumour, parfaitement à laise. On les a installés autour de la table pour le dîner. Pourtant, une petite voix dans ma tête me disait que son visage ne métait pas inconnu. Impossible de me sortir cette impression de la tête pendant tout le repas ! On a ri, on a bavardé, le garçon était charmant, je dois ladmettre.
Mais à peine la porte refermée derrière eux, jai eu comme une illumination. Je lavais vu dans les petites annonces du journal! Lui et un autre compère étaient recherchés pour des arnaques à la fausse assurance-vie. Il fallait immédiatement signaler leur localisation, disait la note du commissariat. Jai tout raconté, affolée, à mon mari et à Camille. Là, Camille a fondu en larmes, maccusant davoir inventé cette histoire de toutes pièces rien que pour la séparer de l’homme quelle aime.
Mais hélas, non, je ne me permettrai jamais ça sans raison ! Je voulais simplement éviter à notre fille de tomber sur un mauvais numéro. Normal dêtre inquiets pour son avenir amoureux, non? Mais elle, vexée, a fait ses valises dès le lendemain et est partie sans se retourner.
Depuis un mois, plus de nouvelles. Même son téléphone reste muet comme une tombe. Je nage dans les remords. Et si je métais plantée? Peut-être que son amoureux nétait finalement quun Français ordinaire, amateur de pétanque ?







