Ma fille et moi vivons grâce à la pension alimentaire versée par son père biologique. Cest bien la faute de mon ex-mari si je narrive même pas à trouver un emploi : il met toute son énergie à faire en sorte que personne ne membauche. Et quand, par miracle, une entreprise me donne une chance, je me retrouve licenciée sans aucune explication inutile den demander une, je comprends très bien pourquoi.
Tous mes tracas ont commencé le jour où jai demandé le divorce. Impossible de supporter cet homme un jour de plus dans ma vie. Jespérais partir sans éclats ni drames raté ! Mon ex-mari sest accroché au mariage comme une moule à son rocher.
Après le divorce, jai emmené ma fille chez mes parents à Nantes. Pendant que ma mère jouait la grand-mère gâteau, jai tenté de dénicher le moindre petit boulot. Mais soyons honnêtes, question expérience, cétait le désert : avant, jai juste été caissière. Les autres métiers, cest de lhébreu pour moi. Et mon ex, qui est directeur dans une grande enseigne, sest arrangé grâce à ses relations pour que personne ne veuille de moi.
Que ce soit au Monoprix ou à la boulangerie du coin, rien à faire : pas dembauche. Et même quand javais décroché un boulot, on me montrait rapidement la porte.
Mon ex, tout sourire, prétend nêtre pour rien dans ces mésaventures. Il attribue mes déboires à un manque de diplôme et dambition. Côté pension alimentaire, il nous verse des miettes, alors que son salaire pourrait remplir une piscine de pièces deuros. Avec ma mère, on tire le diable par la queue pour payer nos factures, acheter de quoi manger et offrir le strict nécessaire à ma fille.
À chaque visite, il met la cerise sur le gâteau. Il sempresse de raconter à notre fille que sa pauvre mère est fauchée, quelle a eu la très mauvaise idée de quitter son merveilleux papa, alors quelle aurait pu vivre dans lopulence, jouets inclus. Lentretien se clôture toujours de la même façon : il donne à notre fille une coquette somme dargent et disparaît, satisfait.
Au début, je ny ai pas prêté attention, mais une fillette ne se pose pas mille questions : papa est généreux et maman est fauchée, point barre. Récemment, elle ma balancé : « Papa est gentil, il machète tout ce que je veux, alors que toi, tu es méchante et radine, je veux vivre avec papa ! ».
Je vous jure, je suis à bout de nerfs. Ma mère tente de mencourager : elle est persuadée que tout sarrangera. Mais moi, je ne suis pas optimiste mon ex connaît exactement quels boutons appuyer pour me faire craquer. Franchement, je me demande parfois comment je vais tenir encore longtempsMais à force de tomber, on finit par apprendre à se relever. Je me suis promis de ne plus rester spectatrice de ma propre vie, encore moins du spectacle humiliant qu’offrait mon ex devant notre fille. Un matin pluvieux, après une nuit sans sommeil, jai trouvé sur la table un cahier décole oublié. Dedans, ma fille avait dessiné un papa super-héros, et une maman toute minuscule dans un coin. Mon cœur sest serré. Mais cette douleur ma réveillée.
Ce jour-là, jai envoyé cinquante CV pas pour des postes rêvés, non, pour être femme de ménage, livreuse, ou même faire des ménages chez les voisins. Une dame du quartier, émue par ma persévérance, ma confié un travail chez elle. Puis une autre, puis une autre. Bientôt, je croulais sous les demandes : la réputation d’une femme honnête et courageuse allait plus vite que les tuyaux de mon ex. Jai acheté un uniforme, de bons produits, et le premier soir où jai rentré plus que la pension alimentaire, jai pleuré, mais ce nétait pas de tristesse.
Progressivement, ma fille ma vue différente : fatiguée, oui, mais fière et forte, debout malgré tout, le sourire accroché aux lèvres. Je ne lui ai jamais dit du mal de son père ; elle a grandi, elle a compris delle-même. Un soir, quand il est passé pour la récupérer un week-end, elle a glissé sa main dans la mienne.
« Tu viens pas avec moi chez papa ? »
Jai souri, un vrai sourire.
« Non, chérie. Mais il ne tachètera jamais ce que, moi, je toffre. »
« Cest quoi ? »
Je lai serrée fort contre moi. « Ma liberté, et la tienne. »
Et ce soir-là, en refermant la porte, jai compris que, même sans argent, ni diplôme, ni promesses, javais offert à ma fille lessentiel : lexemple dune mère qui na jamais renoncé.







