Je dois partager la nourriture équitablement avec mon mari. Si je ne répartis pas tout, je risque de rester affamée.

Je ne sais pas, peut-être que je suis la seule à vivre cela. Ces derniers temps, jai commencé à partager la nourriture exactement à parts égales avec mon mari. Je ne vois vraiment pas dautre solution. Si je ne divise pas tout dès le début, mon mari finira par manger ma part. Résultat : je me retrouve sans rien, donc affamée.

Pour être claire, cela fait maintenant trois ans que Paul et moi sommes mariés. Nous ne prévoyons pas encore davoir des enfants, nous avons bien le temps. On travaille tous les deux et nos salaires sont à peu près équivalents. Au début de notre mariage, je nai pas fait attention à cette drôle dhabitude quil avait. Après tout, un homme qui aime bien manger, cest plutôt courant, non?

Mais progressivement, jai commencé à réaliser que les produits quon achète ensemble ou ce que je cuisine cest surtout Paul qui les mange. Je nai souvent droit quà une portion minuscule de ce qui a été préparé ou acheté au supermarché. Cela a duré un an comme ça.

Par exemple, quand je fais rôtir un poulet, il ne men reste que quelques miettes. Or, jaime aussi les cuisses et les escalopes. Se contenter en permanence du blanc sec ou des ailes, cest tout juste un petit plaisir. Pareil pour les chocolats et les gâteaux : si jarrive à en manger un ou deux, cest déjà bien. Léquité nest pas au rendez-vous. Paul se charge toujours de finir la crème des éclairs.

Au début, jai essayé de faire comprendre à Paul que les chocolats et le poulet nétaient pas réservés exclusivement à lui. Il a simplement rigolé:
Tu cuisines tellement bien que je nai même pas vu que javais tout mangé. Désolé. Je ne savais pas que tu en voulais aussi, il fallait le dire.

Je ne me suis pas sentie vexée, mais ce nest franchement pas agréable. La goutte deau, ça a été le jour de mon anniversaire. Javais préparé quelques salades la veille, ainsi que notre poulet préféré, pour ne pas passer la journée aux fourneaux juste réchauffer le tout et profiter du dîner.

Paul rentre toujours à la maison avant moi. Je naurais jamais imaginé quil mangerait tout. Il a littéralement englouti les salades, ne me laissant quune cuillère de chaque. Au final, il ne restait pour moi quune cuisse de poulet.

Javais tellement faim Je ne tai pas attendue, sest-il justifié.

Même pour les gâteaux, jai dû couper exactement la moitié pour garder ma part. Ce soir-là, cétait la goutte de trop. Je nen pouvais plus. Toute la bonne humeur que javais eue sur le chemin du retour sest envolée.

Ça suffit, Paul. Jen ai marre! Jai patienté longtemps, mais là, on arrête. On va partager. On fait les courses, et tout est partagé en deux. Pour le poulet, chacun sa moitié. Les chocolats et les biscuits, chacun son sachet. Les fruits pareil. Tu manges ta partie comme tu veux, dun coup ou petit à petit. Jen ai assez davoir faim et de finir les restes que tu me laisses. Tu ne me demandes même pas si tu dois garder ma part ou pas. Alors : soit tu acceptes quon partage tout équitablement, soit chacun achète sa nourriture.

Il ne sest pas opposé. Il a accepté tout simplement. Maintenant, je partage chaque course, chaque plat, chaque gourmandise exactement en deux. Personne ne se sent lésé, et au moins, je peux enfin manger à ma faim.

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