Il y a environ un an, Aurélie et moi avons décidé dorganiser notre vie différemment : nous avons choisi doccuper chacun notre chambre dans notre appartement parisien, pour ne pas nous agacer mutuellement et préserver notre tranquillité. Après tout, chacun de nous a ses propres passions et ses rituels quotidiens.
Aurélie raffole de la musique forte et refuse catégoriquement denfiler des écouteurs. Moi, japprécie la quiétude totale pour savourer un roman ou pour regarder une série à leau de rose sur mon ordinateur portable. Il marrive aussi de devoir travailler à la maison et de passer des coups de fil à des clients. Ceci peut clairement la déranger, alors nous avons convenu que la meilleure solution était de vivre chacun dans son espace attitré. Deux pièces seulement dans notre appartement, toutes les deux bien aménagées. Javais envie de partager ici ce que cette nouvelle organisation nous a apporté.
Ne jamais entrer sans frapper : cest devenu notre règle dor. Cest vraiment délicieux comme sensation, dêtre dans mon petit cocon à vaquer à mes occupations, sans que personne ne vienne exiger mon attention. On pourrait croire que frapper à la porte nest quun détail anodin Et pourtant, ça change tout !
Quand jétais enfant à Toulouse, ma porte restait toujours ouverte. Mes parents entraient de temps en temps, posant mille questions sur ce que je fabriquais. Quimporte que je lise, dorme, regarde la télé ou joue : il fallait toujours que je trouve une parade. Cela navait rien de méchant, mais je me sentais envahi, sans jamais avoir vraiment mon coin à moi.
Aujourdhui, lorsque jindique à Aurélie, derrière ma porte close, que je suis occupé, cest compris. Si je nai pas envie de parler, je garde mon intimité, et de son côté, elle respecte cette limite. Cest dun confort rare ! Chacun suit son propre chemin, sans se heurter lun à lautre, et franchement, cela me libère.
Avoir un espace personnel, cest un bonheur pur ! Je me retire dans ma chambre, je my installe comme je veux ; personne ne me demande mon avis ni ne donne le sien. Jorganise mes affaires à ma façon, je décide du niveau de rangement ou du désordre et ce, sans devoir consulter qui que ce soit.
Il y a comme un petit parfum de mystère Des frontières nettes se dessinent entre ce qui mappartient et ce qui est à lautre. Il y a de la fierté à respecter le territoire dAurélie, à frapper avant dentrer. Quand elle minvite à passer chez elle, cela a quelque chose dagréable, de presque excitant. Ce nest plus comme lorsquon peut débarquer nimporte quand ; il y a à nouveau une sorte de jeu.
Cela me rappelle ces moments où lon discute avec une fille que lon ne connaît pas encore tout à fait, cet instant suspendu où lon doute encore de ses intentions, jusquà ce quelle accepte ou non de se rapprocher.
Beaucoup dhommes remarquent que, dès quun couple commence à cohabiter, la magie des débuts sestompe. Tout devient automatique, presque fade. Lautre est toujours là, disponible, alors que labsence et les retrouvailles forgeaient autrefois le désir. Partager son espace, ou choisir de ne pas le faire, règle bien des tensions.
À force de réflexion, jen arrive à la conclusion suivante : évidemment, chez les familles aisées avec de grandes maisons à Bordeaux ou à Lyon, chacun a toujours sa propre chambre, sa salle de bain. Cela leur semble naturel. Mais pour les couples ordinaires comme nous, et tous ceux pour qui un ou deux pièces constituent tout le logement, soffrir ce luxe du territoire personnel est un vrai cadeau du ciel.
Je sais que beaucoup vivent toujours à deux dans une seule pièce surtout quand les enfants ont la priorité sur la seconde chambre, ou que la troisième, quand il y en a une, sert de salon familial. Mais au fond, pourquoi ce sacrifice ? Chacun, mari comme épouse, mérite son coin, même dans un appartement typique du centre-ville. Cest, à mon avis, une nécessité pour préserver le souffle du couple et la paix de lâme.







