Il y a de cela bien des années, Margaux a vécu une mésaventure au travail dont on se souvient encore dans la petite boutique de la rue de Rivoli, à Paris. Lincident nest pas passé inaperçu : une tranche de pomme a soudainement volé vers elle, sous les regards ahuris des clients, collègues, de ladministratrice et même de la directrice.
« Elle porte des vêtements élégants, qui aurait pensé quelle se comporterait si mal ! », murmuraient les visiteurs. La femme à lorigine de la querelle semblait au premier abord très respectable : tailleur chic, coiffure impeccable, manucure soignée, escarpins vernis et hauts perchés. Il y avait exactement deux mois depuis sa dernière visite. À ce moment-là, les employés lavaient vue passer cinq longues heures à choisir une robe, lui donnant ainsi loccasion de se faire connaître.
« Vous êtes tous paresseux et mal élevés ! », avait-elle lancé à lépoque. Personne ne lui avait répondu avec impolitesse ; elle avait acheté sa robe et était partie. Et tout semblait terminé. Mais aujourdhui, elle revint, déterminée à rendre sa robe. On aurait pu croire à un défaut, mais il nen était rien : elle lavait portée pendant deux mois, en avait assez de la couleur et voulait maintenant la rendre, ignorant les délais dépassés depuis longtemps. Margaux lui expliqua poliment que ce nétait pas possible.
« Alors faites un retour pour défaut », insista la dame. « Désolée, madame, mais cela nest pas envisageable sans défaut apparent. Si vous le souhaitez, nous pouvons envoyer la robe pour une expertise », proposa Margaux. « Je nai pas de temps pour ce genre de procédure ! Mettez simplement que cest un défaut », sexclama-t-elle en élevant la voix.
Margaux resta calme : « Je comprends votre insatisfaction, toutefois, sans une expertise, nous ne pouvons déclarer un défaut. » « Devrais-je partir à létranger pour échanger cette robe ? », sagaça la cliente, ajoutant ce genre de menace qui ne faisait guère sens pour Margaux.
La dispute éclata vraiment lorsque la femme se mit à crier. La directrice du magasin, Madame Delamare, sortit de son bureau, intriguée par le vacarme.
« Que se passe-t-il ici ? » « Êtes-vous la directrice ? On refuse de me rembourser ! »
« Pourriez-vous mindiquer la date de votre achat ? »
« Pourquoi êtes-vous tellement obsédée par la date ? Il y a une tache sur le produit, il est défectueux. »
« Effectivement, il y a une tache, mais sans expertise, nous ne pouvons vous rembourser. Il est essentiel de vérifier si cette tache était déjà là lors de lachat… »
« Cest de larnaque, cest toujours pareil ! », hurla soudain la cliente, coupant Madame Delamare. Margaux reprit la parole : « Je suis désolée, madame, mais vous avez porté la robe pendant deux mois, vous lavez salie et souhaitez la rendre. Nous ne pouvons pas offrir les articles gratuitement, ni échanger cette robe. »
Et ce fut à ce moment-là que la tranche de pomme lancée on ne sait doù atteignit Margaux. Personne ne comprit comment la cliente sen était procurée. Margaux, blessée et humiliée, décida de quitter la boutique. La cliente, elle, continua dargumenter, cherchant à convaincre ladministratrice et la directrice.
« Remboursons-la et laissons-la partir », souffla ladministratrice.
« Non », répondit Madame Delamare, toujours soucieuse de résoudre les conflits en toute justice. « Nous ne céderons pas à son chantage. Elle veut nous tromper, nous ne plierons pas à ses manipulations », conclut-elle en appelant la police.
À ce jour, les anciens de la boutique se rappellent encore cette scène celle où Margaux a trouvé le courage de rester digne dans ladversité, où la justice na pas été compromise, et où la boutique de la rue de Rivoli sut tenir tête à la déraison.






