LES PETITS PÂTÉS DE MAMIE Pour la première fois en vingt ans de mariage, je partais seule en vacanc…

LES PETITS PAINS DE GRAND-MÈRE

Pour la première fois en vingt ans de mariage, je partais en vacances seule. Juste un aller-retour rapide, deux jours à peine, pour retrouver mes anciens camarades de lycée à Paris. Mon mari avait décliné linvitation : « Cette époque de ta vie tappartient », mavait-il dit. « Je préfère ne pas men mêler. » Cela marrangeait la véritable raison de mon voyage était tout autre et ne concernait vraiment que moi.

Jai retrouvé mes anciens camarades dans un café animé du Marais. Comme souvent lors de ces réunions, on se félicite dabord à grands renforts danecdotes et de photos ; chacun veut prouver navoir pas vécu pour rien. Après quelques verres de vin, les visages se détendent et les confidences plus sombres surgissent.

Profitant dun moment où lattention ne pesait plus sur moi, je me suis éclipsée. À certains, jai lancé que je reviendrai vite ; à dautres, je nai rien dit. Ma vieille amie Delphine, fidèle depuis la terminale, ma déposée devant les grilles du Père-Lachaise.

Jerrais dans les allées sans savoir où aller. Pressant contre ma poitrine un bouquet de pivoines blanches pour ma grand-mère, je sautais de pierre en pierre, cherchant son nom en vain. Lair était lourd, la chaleur accablante, la soif me prenait à la gorge. Et le temps pressait, mon vol pour Lyon décollait dans trois heures. Le désespoir me submergeait. « Mais comment vais-je la retrouver ? » En larmes, jai fini par appeler comme quand jétais petite : « Mamie ! Mamie Marguerite ! Où es-tu ? »

Quel est son nom ? Sa famille ? demanda alors une voix rocailleuse tout près. Surprise, jai laissé tomber mes fleurs.

Naie pas peur, je ne suis pas un fantôme, je travaille ici, ma rassurée la voix, alors quun visage barbu émergeait derrière une tombe à demi creusée. En mapprochant, une odeur persistante de vin rouge ma frappée ; le gardien, une pelle à la main, se tenait là.

Marguerite Marguerite Dupuis. Ma grand-mère. Je vis loin dici, cest la première fois que je reviens sur sa tombe.

Viens, a-t-il ordonné en partant dans lautre sens. Après dix bonnes minutes, sur une pierre de marbre poli, jai lu : « Dupuis Marguerite, 19181995 ».

Comment savez-vous où sont les gens ? me suis-je étonnée.

Regarde donc, il a pointé du doigt la stèle. Toutes les tombes naffichent pas ceci !

Jai déchiffré : « Je laisse la recette de mes petits pains briochés à mes petits-enfants, et à tous ceux qui viendront ici. Profitez-en ! Aimez-vous. Grand-maman Marguerite. » Mon cœur cognait, cétait son écriture. Plus bas, la fameuse recette que maman mavait apprise enfant. Submergée, je me suis assise sur le vieux banc bancal.

Ta grand-mère, cest une star ici, a lancé le gardien en tirant sur sa cigarette roulée. Tout le cimetière la connaît Ah, elle devait avoir la joie de vivre, pour laisser un mot pareil ! Et je te jure, ses petits pains ils sont fameux, surtout pour accompagner un bon verre.

Jai sorti quelques billets de vingt euros de mon portefeuille et les lui ai tendus :

Jaimerais rester seule, sil vous plaît, lui ai-je demandé. Javais tant de choses à dire à ma grand-mère.

Lorsquil sest éclipsé, jai étendu mon imper sur la pierre chaude, et je my suis allongée, serrant la tombe contre moi, sans métonner de mon geste.

« Mamie, » ai-je commencé tout bas, « je vis à Lyon maintenant, comme tu le souhaitais. Jai une famille. Un mari, deux filles merveilleuses tes arrière-petites-filles. Je travaille comme infirmière : travail exigeant, mais respecté. On a un appartement agréable. On a voyagé un peu. Tout semble parfait, mais je nai plus la joie au fond de moi. Chacun fait sa vie dans son coin. Et puis, à quoi bon tout cela ? Pour qui ? »

Une brise fraîche a soulevé mes cheveux. Jai fermé les yeux. Les sons du soir dété autour de moi les grillons, le bruissement des feuilles mont replongée dans mon enfance. « Mamie, tu me manques tant ! ai-je sangloté sans retenue. Nulle part je nétais aussi bien quavec toi… »

Dans le silence, je me suis rappelé ta table accueillante : les petits pains tout chauds, le gratin dauphinois, les cornichons maison. Ta main apaisante sur mes cheveux. Et ta voix douce : « Ma toute belle, tu attends des autres quils te rendent heureuse. Mais le bonheur, cest toi qui le fabriques, en donnant. Lamour en toi est une source plus tu en offres, plus elle déborde. »

Oh, tu dors là ? ma soudainement réveillée la voix du gardien. Il tenait un sachet. Ma femme a fait des brioches ce matin. Tiens, et ce verre de limonade maison. Ça fait du bien, non ?

Jai remercié la faim me tenaillait. Un coup dœil à ma montre : moins dune heure pour mon avion. Catastrophe, impossible darriver à temps

Savez-vous où je peux trouver un taxi ? Y en a-t-il seulement par ici ? paniquais-je.

Le gardien a pris ma main dans sa grosse paluche et dix minutes plus tard, je filais vers Orly.

Mais en route, jai blêmi : javais laissé mon sac papiers, carte dembarquement, portefeuille sur le banc du cimetière !

Demi-tour, je vous en supplie ! ai-je crié au taxi.

Le chauffeur a maugréé mais a obéi. Et là, devant nous, le gardien mattendait, mon sac en main.

Tiens, ma grande, tu es tête en lair ! souffla-t-il, essoufflé, son vieux vélo posé contre la grille.

Je lai enlacé, sortie deux billets de cinquante euros pour le remercier.

Oh non, gardez-les, cest pour Marguerite que je viens. Jaime venir parler un peu avec elle, ça mapaise. Jai moins envie de boire, après.

Assise dans lavion, je repensais à tous ces inconnus qui mont tendu la main ce jour : ce gardien, le chauffeur de taxi, et même les passagers qui me souriaient tandis que je relisais la recette de grand-mère sur mon téléphone sa recette copiée par tant de gens, pour semer un peu de bonheur autour deux.

Et aussi à mon mari, qui a beau faire de son mieux, et à mes filles, un peu rebelles sans doute. Ma précieuse mamie Marguerite ma rappelé aujourdhui que je suis la seule à pouvoir allumer la lumière dans ma propre vie, en y semant chaleur, confiance, rire et amour.

En souriant, jai partagé la recette de petits pains à ma voisine davion bientôt, dautres passagers se sont joints à la conversation. On partageait des histoires de grand-mères, des souvenirs denfance. En quittant lavion, nous étions presque amis.

En arrivant à la maison, mes filles étaient déjà parties à leurs activités, mon mari au travail. Jai pris une douche, puis me suis attelée, le cœur léger, à la préparation de la pâte à petits pains.

La vie, cest comme la recette de mamie : le secret, cest de la partager. En donnant ce quon a de meilleur, on en reçoit toujours davantage.

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LES PETITS PÂTÉS DE MAMIE Pour la première fois en vingt ans de mariage, je partais seule en vacanc…
Valentina rentrait tard le soir de sa maison de campagne. Elle avait délibérément attendu la tombée de la nuit pour prendre la route, roulant doucement, choisissant le chemin le plus long et périphérique. Si elle n’avait pas eu à travailler le lendemain, elle serait restée dormir là-bas. Mais au fond d’elle, elle savait pourquoi elle ne se pressait pas : elle n’avait aucune envie de retrouver son mari à la maison. Depuis longtemps, leur relation s’était refroidie, ponctuée de tensions et de disputes incessantes. Perdue dans ses pensées sur la route qui traversait un petit village, Valentina aperçut soudain, à la lumière des phares, une vieille femme étrange près d’un arrêt de bus, tenant dans ses bras comme un nourrisson ce qui s’avéra être du pain frais, fait maison, enveloppé dans un torchon. Cette grand-mère vendait son pain pour arrondir sa petite retraite, affirmant même qu’il portait bonheur à ceux qui l’achetaient. Touchée par l’histoire, Valentina acheta cinq pains encore tout chauds. En regagnant sa voiture, l’arôme du pain imprégna l’habitacle, si fort et réconfortant qu’elle ne put s’empêcher d’y goûter sur le champ, découvrant alors une saveur merveilleuse, inégalée. À son arrivée à la maison, son mari, excédé, lui réclama du pain pour ses invitées surprises : ses trois amies de l’université, qui l’attendaient avec impatience autour d’un thé. Tous furent conquis par l’odeur et le goût du pain de la vieille dame. La soirée devint chaleureuse, emplie de confidences et de rires entre amies, chacune se plaignant de son époux, mais partageant ce pain presque magique. Le lendemain matin, Valentina fut témoin d’un petit miracle : son mari, d’ordinaire froid et bougon, lui proposa soudain un rendez-vous galant, dans le restaurant où il lui avait autrefois demandé sa main, persuadé lui aussi, après avoir mangé le pain, qu’ils pouvaient sauver leur amour. Ses amies l’appelèrent également, heureuses et surprises : le pain semblait avoir adouci leurs propres foyers. Valentina, émue, réalisa alors qu’il y avait dans ce pain un goût particulier, un parfum de bonheur et d’amour, capable de réchauffer les cœurs les plus endurcis. Le pain miraculeux de la grand-mère du village : comment l’arôme d’un pain tout juste sorti du four a réveillé l’amour dans un foyer français et transformé le destin de trois amies, lors d’une soirée d’automne où tout semblait perdu