Une décision mal avisée — J’ai pris une décision : tu dois reprendre le travail. On ne sait pas tr…

Mauvaise décision

– Jai pris une décision : tu dois reprendre le travail.

Je ne sais pas exactement à quoi je mattendais, mais mon épouse na manifestement pas sauté de joie à cette annonce.

– Reprendre le travail ? Et tu oublies quon a Paul ? Il a trois ans, pas trente-trois. Il nest même pas encore bien habitué à la crèche et tu voudrais que je…

– Écoute-moi bien, – je lai interrompue fermement, – Je comprends que rester avec un enfant, ça épuise. Parfois jusquà la folie. Surtout après une journée de boulot. Si tu es fatiguée, aucun souci ! On embauchera une nourrice. Oui, ça coûte. Mais je ne veux pas que tu restes sans travailler.

Nadège a reposé le bol de semoule quelle avait préparé pour Paul.

– Attends. Si je comprends bien, tu veux que je retourne au travail, et pour ne pas rester avec Paul, on paierait une nourrice ?

– Exactement !

– Mais où est la logique dans tout ça ? Si tu es prêt à payer quelquun pour soccuper de notre fils, pourquoi ne pas me laisser men occuper moi-même ? Ou tu estimes que mon travail auprès de Paul vaut moins que celui dune inconnue ?

Jattendais cette remarque !

– Nadège, ça na rien à voir avec largent ou la valeur de ce que tu fais à la maison. Cest une question de principe. Essaie de comprendre. Si tu restes à la maison, tu vas perdre le contact avec la vraie vie. Totalement. Tu ne parleras quavec dautres mamans à la sortie de la crèche, tu ne discuteras que de compotes et de manteaux. Non, il faut que tout le monde travaille.

Jai laissé quelques secondes pour que mon conseil fasse son effet.

– Dailleurs, – jai ajouté, – la nourrice, ce serait juste pour quelques heures. Juste pour récupérer Paul à la crèche. Ce nest pas si cher, jai compté. On sen sortira.

Sauf quil ne suffit pas daller chercher lenfant. Il faut aussi être là le soir, lamener le matin, gérer les petits bobos

– Bravo, Stéphane. Tout calculé ! Un vrai économiste, – elle na pas pu sempêcher dêtre sarcastique, – Jeter sa femme sur le marché du travail pour quelle sépuise partout, cest ça ton plan ?

– Nexagère pas, – jai fait la moue, – Tu vas tennuyer à la maison. Tu pourras tépanouir ailleurs. Je ne te propose pas un poste de balayeur, tout de même.

Après deux semaines de discussions tendues mais sans éclats, Nadège a cédé. Elle a trouvé un poste rapidement. Rien dextraordinaire : gestionnaire clientèle dans une petite entreprise de logistique qui livre de la papeterie de bureau. Mille deux cents euros net par mois. Pas énorme, mais cétait toujours ça !

Un nouveau chapitre doptimisation familiale sest alors ouvert.

La journée de Nadège commençait à 8h30 pour finir à 19h. Du lundi au vendredi.

Le matin, cétait la course. Moi, debout à 7h30 pour aller à mon travail bien plus important, évidemment , je me contentais de donner les directives entre mon café et mon croissant.

– Nadège, tu as prévu des habits de rechange pour Paul ? Cest toi qui lemmènes ? Jai une réunion à neuf heures, pas question dêtre en retard !

Elle, toujours en train de fermer sa blouse à la hâte, essayait de mettre ses affaires dans son sac, vérifier que rien nétait oublié, sans écraser Paul qui réclamait encore cinq minutes de sommeil par terre.

– Oui, tout est prêt, Stéphane !

Elle a dû chercher une nourrice elle-même. Océane. Une gentille étudiante en lettres de vingt ans, pleine de bonne volonté, mais qui ne savait pas vraiment occuper un enfant de trois ans pendant trois heures.

Océane récupérait Paul à la crèche à dix-sept heures pile. Elle le gardait donc de 17h à 19h30 environ, le temps que Nadège traverse tout Paris pour arriver. Deux heures et demie.

Au début, je me trouvais malin.

– Deux heures, cest parfait. Et tu as le temps de rentrer. Cest ingénieux !

Mais lingéniosité, ça coûte.

– Quatorze euros de lheure, Nadège, – je râlais en regardant nos comptes, – Cinq jours par semaine Ça fait cent quarante euros !

Nadège, épuisée, me lançait un regard fatigué qui voulait dire : Je te lavais dit.

– Allez, Stéphane. Cest trois fois rien pour nous, non ? Tu as dit que ce nétait pas si cher.

– Ben je pensais que ça ferait moins Nadège, tu ne peux pas demander à partir du travail un peu plus tôt ? Ça nous éviterait une nourrice

Quel filou, oui.

– Cest toi qui as voulu ça, alors prends sur toi et pars du travail plus tôt, – elle a rétorqué, – Si je propose ça à mon chef, il me vire, et je recommence à zéro ?

Jai serré les dents.

– Je ne peux pas, – je lui ai répondu sèchement, – Cest mon salaire qui fait vivre le foyer. Je gagne trois fois plus que toi, Nadège. Ça compte !

Mais elle na même pas sourcillé.

– Et quest-ce que ça change ? Super, tu gagnes plus, et moi, je ne vois même pas la lumière du jour ! Je me lève, jemmène Paul à la crèche, puis je cours au boulot, puis je file récupérer Paul pour quon ne paye pas trop de nourrice. Après, je dois encore moccuper de lui, un peu de ménage parce que la poussière saccumule Quand respire-je, moi ? Ça me fait une belle jambe, ce que tu gagnes de plus.

Blasé, jai marmonné sur cette femme jamais satisfaite, et Nadège a préparé les affaires de Paul pour le lendemain.

Cahin-caha, on avançait.

Mais au bout de six mois, Paul a commencé à tomber malade.

Ça commençait comme un rhume, puis ça se transformait en vilain toux. Angines à répétition, bronchites. Bref, limmunité ne suivait pas.

Quand Paul était malade, il restait à la maison. Donc, Nadège devait le garder. Même dans la meilleure boîte de Paris, le congé enfant malade était bien moins payé que son salaire mensuel.

Nadège prenait des arrêts. Les mille deux cents devenaient vite six cents euros. Parfois moins.

– Regarde, – elle ma montré sa fiche de paie, – Deux semaines avec Paul à la maison Je toucherai tiens, six cent euros.

Jai gratté ma tête, comprenant que ce nétait pas un salaire, mais une aumône Et en prime, on reversait la moitié à la nourrice.

– Bon cest passager, – jai tenté de positiver, – Dès quil ira mieux, tu reprendras un rythme normal.

– Et dici là ?

Mais, quand Paul guérissait et que Nadège retournait au boulot, je remarquais vite : lappart nétait pas rangé.

– Nadège, je comprends que tu es très occupée, mais le dîner dhier traîne encore. Vaisselle pas faite. Je rentre, je suis crevé. Tu rentres plus tôt, tu pourrais au moins passer un coup de balai.

– Je rentre aussi du travail !

– Mais il y a la nourrice ! Si on a une nourrice, cest que tu as plus de temps pour toccuper du reste.

– Elle est là pour Paul, pas pour moi ! Réfléchis un peu, dis donc !

Jai fini par exploser.

– Et qui va sen charger, alors ? Moi ? Tu veux que je fasse le ménage ? Je travaille, moi, je gagne de quoi te permettre…

– De quoi me permettre de rentrer à 19h30 pour enchaîner avec le ménage ? Parfait, vraiment.

En entendant nos éclats de voix, Paul sest mis à pleurer dans sa chambre.

– Avant, tu y arrivais bien !

– Avant, cétait avant Cest fini. Tu voulais que tout le monde bosse. Daccord. Si toute la famille doit travailler, tout le monde doit aussi soccuper de la maison.

Elle sest posée à la table du salon et a ouvert son ordinateur.

– Voilà ma liste, – elle a tapé sans me regarder, – Ménage une fois par semaine, vaisselle tous les jours, cuisine trois fois par semaine, lessive, repassage Prends la moitié, cest ta part pour la famille.

Je me suis approché du tableau, un sourcil levé.

– Tu es sérieuse ? Moi ? Mais ce nest pas

– Tu fais partie de la famille. Tu veux légalité dans le travail, accepte la même chose pour la maison. Puisque je dois faire deux journées lune payée, lautre non.

Longtemps, jai ronchonné, prétendu un mal de dos.

– Je ne peux pas, Nadège, mon dos Jai pas lhabitude ! Cest un truc de femme !

– Moi, jai lhabitude de rentrer à sept heures du soir pour continuer jusquà minuit, pendant que tu râles parce que laspirateur nest pas passé ? Tu voulais de grands principes ? En voilà : si on travaille tous, on partage tout.

Il a bien fallu sy faire.

Jai découvert que faire la vaisselle après un dîner, surtout quand cest moi qui cuisine tous les trois jours, prend vingt bonnes minutes, et pas cinq comme jimaginais quand Nadège la faisait en silence.

Le plus drôle, cest la première lessive.

– Nadège ! – je criais depuis la salle de bain, – Pourquoi on a autant de linge ? On tient une laverie, ici ?

– Parce quon est trois et quil faut trier par couleurs, aussi.

– Par couleurs, en plus ?

Quand Paul a finalement cessé dêtre toujours malade, Nadège a gardé son emploi. Ses mille deux cents euros nétaient pas de trop, et elle savait toujours où chaque centime allait : la crèche, la nourrice (quon appelait moins souvent, mais quon gardait quand même), un peu de côté pour des vacances

Un soir, je suis rentré, Nadège coupait des légumes dans la cuisine.

– Alors, le bosseur ? lui ai-je dit.

– Ça va, – jai pris une bouteille deau, – Jai fini mon rapport. Demain, visite à lentrepôt. Je rentrerai tard.

– Daccord. Je coucherai Paul. Toi, quand tu rentreras, tu laveras ton assiette, daccord ?

Je nai rien protesté.

– Tu sais, jai réfléchi, – je me suis assis à côté delle, la regardant ciseler la coriandre, – Tu navais pas tort Enfin, tu avais raison. Travailler à deux, cest plus facile. Pas seulement pour le boulot…

Ce jour-là, jai compris : dans une famille, le partage, cest la vraie clé.

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Une décision mal avisée — J’ai pris une décision : tu dois reprendre le travail. On ne sait pas tr…
Jamais mes parents n’auraient pu imaginer que la relation de mon frère avec Rebecca provoquerait un tel chaos dans notre famille !