Étrangère dans sa propre maison

ÉTRANGÈRE DANS SA PROPRE MAISON
Joséphine avait consacré toute sa vie à construire cette maison avec son mari, imprégnant chaque pierre de sa tendresse et de son labeur. Lorsque son fils épousa Clémence, elle pensait sincèrement que le foyer deviendrait plus vivant, grouillant de rire et daffection. Mais après quelques semaines à peine, latmosphère se fit pesante.
Clémence entama une « guerre silencieuse ». Elle déplaça les meubles sans consulter Joséphine, puis jeta ses vieux rideaux auxquels elle tenait tant. Joséphine se résigna, espérant seulement que son fils serait heureux. Mais cela ne suffisait pas à Clémence, qui voulait être la seule maîtresse de la maison.
Maman, votre téléviseur est trop fort dans votre chambre, jai mal à la tête, se plaignait-elle en journée.
Maman, ne venez pas en cuisine quand je prépare le dîner, vous me gênez, exigeait-elle le soir.
À son fils, Clémence murmurait autre chose : « Ta mère a beaucoup changé, elle me critique sans cesse, elle moppresse. Je nen peux plus, je suis constamment en pleurs. » Déchiré entre sa mère et sa femme, le fils finit par croire celle quil avait choisie.
Tout bascula un soir glacé. Joséphine, grippée, se leva pour demander une tisane, mais entendit une conversation depuis le salon.
Guillaume, disait Clémence à son mari, je nen peux plus. Ta mère occupe la plus grande chambre. Et si on la faisait déménager dans lannexe dété ? Elle serait plus tranquille, et nous aurions plus despace. Ou encore… peut-être chez sa sœur à la campagne ?
Le fils hésita : « Mais enfin, Clémence… cest sa maison à elle. »
Cétait la sienne, cest la nôtre maintenant ! sénerva Clémence. Si elle reste ici, je pars chez mes parents. Fais ton choix.
Joséphine ne lui laissa pas le temps de décider. Elle entra dans la pièce, pâle mais le dos droit.
Il ny a pas de choix à faire, répondit-elle calmement. Clémence, tu as raison, une maison doit appartenir à la famille. Mais légalement, cette maison est la mienne. Je nai nulle intention de déménager dans lannexe. Guillaume, mon fils, je taime profondément, mais si tu penses que ta mère na plus sa place ici, la porte est ouverte pour vous deux. Préparez vos affaires.
Clémence comptait sur la fragilité de sa belle-mère, mais sétait trompée. Le fils, voyant les larmes dans les yeux de Joséphine et le froid calcul dans ceux de Clémence, sembla se réveiller. Cette nuit-là, il resta. Clémence partit, fulminant quils le regretteraient.
Un an passa. Guillaume vit désormais avec sa mère, il a rencontré une femme qui apprécie la chaleur du foyer et respecte les anciens. Quant à Joséphine, elle a compris une chose essentielle : la gentillesse ne doit pas être sans défense. Si lon ouvre sa porte à quelquun, il faut veiller à ce quil ne vous chasse de chez vous.
Voilà, dans la maison, il doit rester place à la dignité et au respect.

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