Une aventure inoubliable pour le Nouvel An à Paris

UNE AVENTURE LE RÉVEILLON.

Je navais absolument pas envie de rentrer chez moi. La journée de travail du 31 décembre était courte, toutes mes collègues femmes sétaient précipitées vers leurs enfants, leurs maris et la traditionnelle salade russe. Radieuses, souriantes, excitées, les bras chargés de mandarines et une bouteille de champagne cadeau offert à chacune par Michel Delacourt.

Mais personne ne mattendait chez moi. Et préparer une salade Olivier, pour qui donc ? Je regardais le monticule de mandarines dans le sac plastique transparent posé sur mon bureau et je soupirai.

Non, décidément, chez moi, je navais rien à faire. Je mattelai à mon rapport. Au bout dun moment, Michel Delacourt, essoufflé, fit irruption dans le bureau, bonnet vissé sur la tête et manteau de mouton entrouvert le seul homme de notre équipe, et patron en prime.

Eh bien, tu traines encore ici ? Figure-toi que jai oublié le cadeau de ma femme ! lança-t-il avant de disparaître dans son bureau.

Cinq minutes plus tard, le voilà de retour.

Tu es toujours là ? Pourquoi tu ne rentres pas chez toi ?

Je serai de toute façon seule à la maison, Michel.

Le boss, prêt à partir chez lui, resta figé sur le seuil, sapprocha de mon bureau et sassit à côté de moi. Quelques secondes, il me fixa dun air grave.

Écoute, Camille, il faut arrêter ça. Cest le réveillon tout de même ! Pourquoi cet air ? On est là pour faire la fête, profite ! Avec une tête pareille, tu resteras toute seule encore longtemps Une femme doit sourire ! Allez, allez, redresse-toi insista Michel, saffairant à rassembler mes papiers, jai laissé partir tout le monde, et toi tu tentêtes à rester !

Ne tinquiète pas, Michel. Je pars, je pars. Va vite rejoindre ta femme, je moccupe de fermer !

Tu es sûre ? demanda-t-il dun ton suspicieux.

Bien sûr !

Alors, je file. Bonne année à toi !

Un soupir méchappa. Il avait raison, quoi de plus absurde que de rester au bureau le soir du réveillon ? Il était temps de rentrer.

« Je me commanderais bien une pizza Les pizzerias sont-elles encore ouvertes ? »

Premier appel pas de réponse. Deuxième tentative, une voix joyeuse mannonça quils fermaient à dix-huit heures et me souhaita bonne année Il était dix-huit heures cinq. Ultime numéro, le dernier. Surprise, on accepta ma commande ! Je rangeai mes papiers, attrapai mes mandarines et le champagne, et sortis du bureau.

Aussitôt, lair me saisit : la rue était merveilleuse. Lair hivernal piquait doucement les joues, la neige crissait sous mes pas. Les lampadaires illuminés, les guirlandes clignotantes de toutes les couleurs, tout vibrait dune gaieté festive. Les gens pressés rentraient chez eux, chargés de paquets et de cadeaux. Les boutiques étaient encore ouvertes pour les retardataires pressés dacheter des cadeaux. Peu à peu, je me laissais gagner par cette atmosphère de fête bourdonnante.

« Mais enfin ! » me réprimandai-je, et décidai dentrer dans le supermarché devant moi.

Bientôt, je défaisais mes achats dans ma cuisine.

« Pourvu que les pommes de terre cuisent à temps. »

Jallumai la télévision, suspendis la guirlande au cadre de la fenêtre et la branchai. Un serpent lumineux de couleurs dansa joyeusement le long de la vitre. Je fis un petit pas de danse, les bras levés, et entrepris de préparer mon festin du réveillon.

« Et alors ! Il faut savoir se faire plaisir ! »

Pendant que les pommes de terre refroidissaient sur le balcon, la table se garnissait de tartines au saumon et à lœuf de lump. Les charcuteries du supermarché furent joliment installées en éventail sur une grande assiette décorée de feuilles de laitue. Une petite assiette de dés de fromage. Un peu dananas, des mandarines offertes par Michel

La salade russe était prête, des cuisses de poulet doraient dans la poêle. Jinstallai un guéridon près du canapé, le nappai dune belle serviette, et mis en place les assiettes. Verre à vin et verre de jus, couteau et fourchette : je pris du recul pour tout observer, histoire de faire comme si jattendais des invités.

À vingt-trois heures trente, je partis ouvrir le champagne, lorsquon sonna à linterphone.

Vous attendiez une pizza ? une voix masculine, énergique.

« Mon Dieu ! Javais complètement oublié ! »

Oui ! Montez, sil vous plaît, répondis-je en lui ouvrant.

Entrez, combien je vous dois ? demandai-je au jeune homme souriant, une boîte à pizza carrée entre les mains.

Rien du tout. Prenez-la, cest cadeau.

Il avait un sourire sincère et agréable.

Je ne peux pas, ce nest pas correct, ils vont vous le retirer de votre salaire.

Mais non, rassurez-vous. Cest pour compenser la livraison tardive. Prenez, vraiment.

Je réalisai que je tenais encore la bouteille de champagne.

Tenez, prenez le champagne, dis-je en lui tendant la bouteille, je vais poser la pizza en cuisine.

Vous ne ressemblez pas à un livreur, lui glissai-je en revenant.

Je ne le suis pas, répondit-il, toujours souriant. Je suis le patron de la pizzeria ! Jai renvoyé mon équipe plus tôt. Vous savez Réveillon oblige. Ils ont tous une famille, eux. Mais en vérifiant ma base de commandes, jai vu que la vôtre nétait pas livrée alors je me suis dit : « Autant y aller moi-même ». De toute façon, personne ne mattend sauf la pizza. Jai un peu traîné en route

Dix minutes avant minuit ! ouvrez donc ce champagne ! Il faut trinquer à la vieille année !

Aucun problème. Vous avez des flûtes ?

Tandis que jallais chercher les verres, un plop bruyant retentit.

À lan passé !

À lan passé !

Nos verres se cognèrent doucement et dun seul trait nous bûmes le mousseux.

Oups, ce quon vient de faire là !

Quoi donc ? demanda-t-il, légèrement inquiet.

Vous venez de boire du champagne, mais vous devez conduire !

Ah, cest vrai, répondit-il avec un large sourire.

Et comment allez-vous partir ?

Eh bien, je suppose que je ne pars pas !

Impossible de trouver un taxi, non ?

Impossible, non confirma-t-il dans un éclat de rire.

Dans ce cas, enlevez vite vos chaussures et entrez, sinon on va fêter la Saint-Sylvestre dans lentrée !

Vous avez un si joli appartement.

Vite, servez-vous, le président vient de finir son discours !

Bonne année… euh ?

Camille, soufflai-je.

Bonne année, Camille ! Moi cest Laurent.

Bonne année, Laurent ! Goûtez la salade russe, cest moi qui lai faite. Je nai quun couvert, par contre… Préférez manger dans le saladier directement ?

Jétais soudain très gaie, jaimais la simplicité de ce moment avec Laurent.

Cest encore meilleur dans le saladier ! Camille, vous auriez un peu de pain complet ? Je meurs de faim

Jen ai, bien sûr !

À mon retour avec le pain, Laurent tenait déjà une cuisse de poulet dans chaque main.

Désolé, jai craqué, dit-il la bouche pleine, cest délicieux. Camille, vous cuisinez vraiment bien !

Ça me fait plaisir, Laurent. Javais peur que tout soit perdu. Regardez tout ce que jai préparé Impossible de tout manger seule.

Seule ? Mais je suis là ! Je vais vous aider.

Allons-y !

Moi aussi, je réalisai que javais faim.

Nous mangions la salade russe à même le saladier, buvions du champagne, regardions le spectacle du nouvel an à la télé et riions de tout et de rien.

On a tout fini, le champagne !

Jen ai dans la voiture, je vais le chercher !

Non, cette fois jy vais avec vous !

Lair est vivifiant, dit-je en écartant les bras.

Sous les feux dartifice qui claquaient tout autour, nous étions près de sa voiture.

Camille, et si on se mariait ? Pas tout de suite, hein Donnez-vous un an pour me découvrir.

Vous plaisantez, jespère.

Absolument pas !

Alors promettez que jai un an pour réfléchir !

Dici là, continuons la fête ?

Jacquiesçai en riant, Laurent récupéra un sac dans la voiture et, bras dessus bras dessous, nous repartîmes fêter la nuit entière.

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