Avec mon mari, nous étions noyés dans la brume lorsque notre fille Capucine nous annonça, comme un papillon sortant dun livre bizarre, quelle allait se marier. À peine dix-huit printemps, à peine laile froissée ! Impossible déveiller Capucine à autre chose.
Ma belle-mère, avec lidée fixe dune ancienne chanson de Paris, sapprocha et la questionna :
Dis-moi, mon enfant, tu nattends pas un bébé, au moins ?
Non, mamie, répondit Capucine dune voix qui se perdit dans la tapisserie.
Son fiancé, un certain Clément, navait que deux ans de plus. Après bien des palabres, nous avons convié ses parents autour dun plateau de fromages et décidé que la noce se tiendrait chez nous, rue des Lilas à Lille. Capucine, cependant, fit la moue :
Mais enfin, cest dun autre temps ! Il nous faut quelque chose dactuel !
Nous nous perdîmes dans un labyrinthe darguments et de quiproquos. Finalement, cela se termina sur la terrasse dun restaurant moderne, laddition la plus salée de la ville. Capucine choisit la formule la plus luxueuse du menu rêveur. Les parents de Clément et nous-même, gris comme le pavé, nétions pas ravis.
La voix de Capucine, alors, fendit le ciel :
On ne se marie quune fois dans une vie !
Nous avons signé un prêt auprès de la banque. Idem pour les parents de Clément. Elle imposa un anneau serti de diamant, et ensemble, nous avons déniché une robe époustouflante, trop blanche, presque irréelle.
Nous voulions aller à la mairie avec notre vieille Twingo, mais Capucine secoua la tête sous sa couronne invisible :
Non, prenez une Citroën chic ! Un SUV ! dit-elle de son ton de reine du bal.
Le père tenta une supplication en euros :
Tu sais, cest cher, tout ça
Mais Capucine insista, comme si elle parlait à un miroir ensorcelé.
Nous avons donc loué un grand C5 Aircross pour le mariage de notre fille et de son prétendant. Le jour J, nos cœurs étaient vidés, nos esprits dans les vapes, comme à la sortie dune kermesse trop lumineuse. Cela nous coûta bien plus de dix mille euros. Six mois plus tard, Capucine et Clément signaient le divorce, les papiers voletant comme feuilles dautomne.
Capucine, il semblait, naimait pas le costume de femme mariée. Elle récriminait contre son époux, pour tout et rien.
Je me suis revue, il y a vingt ans, devant la mairie du vieux quartier, habillée dun joli chemisier et dune jupe simple. Mon fiancé, bouquet hâtif à la main, mattendait sous les lampadaires. Nous sommes toujours ensemble, nous avons élevé une enfant. Les noces grandioses ne font pas le bonheur conjugal.
Je ne suis pas contre le mariage. Mais tout devrait séquilibrer, à la française, avec un soupçon de sagesse. Jespère quun jour, notre Capucine saura apprivoiser la mesure.






