Sans aucun remords, il place sa mère en maison de retraite pour pouvoir récupérer l’appartement pour…

Sans aucun remords, il envoie sa mère dans une maison de retraite pour pouvoir sinstaller dans son propre appartement.

La voiture glisse calmement sur la route détrempée tandis quHélène perd son regard dans lépaisse forêt qui borde lasphalte. À lavant, son fils, Paul, tient le volant, alors que sa belle-fille, Camille, saffaire au GPS. Les pensées tourbillonnent dans lesprit dHélène comment son propre fils peut-il réellement la placer en maison de retraite ? Où avait-elle échoué dans son éducation ? Avait-elle manqué damour ? Pourtant, elle sétait toujours sacrifiée pour lui, lui offrant la meilleure enfance possible. Paul, cependant, a toujours suivi ses propres idées.

Un matin, il débarque avec une valise pleine de vêtements. Hélène, assise dans sa petite cuisine de Levallois, trempe un morceau de madeleine dans son thé. Paul entre dun pas décidé, pose le sac à même le sol et lui lance, souriant :

Bon, maman, prépare-toi, on va au centre. Tu pars aujourdhui, tu seras bien mieux là-bas.
Quel centre, Paul ? Quest-ce que tu racontes ?

La maison de retraite. Tout est réglé : jai payé six mois davance, et je moccuperai du reste après. Ta chambre est parfaite, rien quà toi, pas de colocataire. Les infirmières là-bas sont adorables massages, soins, ta tension surveillée tous les jours. Tu auras des repas cinq fois par jour, vraiment le paradis sur terre, maman.

Mais Paul, je ne veux pas vivre dans une maison de retraite. Je veux rester avec toi, avec ma famille, et finir mes jours dans ma maison.
Arrête, maman. Camille et moi avons tout prévu, tout organisé et payé. Ne te comporte pas comme une gamine, habille-toi et on file prendre un petit truc avant de partir.

Le cœur lourd, la pauvre mère sent une larme couler sur sa joue ridée. Elle se souvient de Paul petit, qui venait se blottir dans ses bras, les genoux écorchés, en sanglotant « Maman, je ne te quitterai jamais. » Ses grands yeux bleus plongés dans les siens, verts, le cœur dHélène battait si fort, persuadée que son fils serait toujours là pour elle, son pilier.

Et aujourdhui, ce même garçon aux yeux tendres est devenu un Paul impassible, capable de la conduire sans remords dans cet endroit appelé maison de retraite.

Durant le trajet, les souvenirs surgissent, ceux de sa rencontre avec le père de Paul, dans un bistrot du vieux Montmartre. Leur coup de foudre, les rêves de maison, denfants, et puis la tragédie : son mari, son seul amour, emporté trop tôt, alors quelle attendait Paul depuis six mois à peine.

« Mon amour, pourquoi mas-tu laissée ? Qui reste à mes côtés maintenant ? » Les pensées et les prières à celui quelle a perdu résonnent de plus en plus fort dans sa tête, alors que sa gorge se noue de tristesse et de chagrin.

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