Voilà déjà trois mois qu’elle vivait sans mari… Après avoir surpris, lors du dîner de Noël de l’entr…

Ça fait déjà trois mois quelle vit sans homme Tu te rappelles, au réveillon du Nouvel An de son boulot, dans le couloir du restaurant, elle a surpris son mari, Michel, en train de prendre dans ses bras la jeune collègue du service RH. Là, elle sest dit que plus jamais elle ne partagerait le même toit avec lui.

Élodie était en train de nettoyer la fenêtre tout en observant la cour en bas. Sur laire de jeux, sa petite fille, cinq ans à peine, samusait avec ses copines.

Les enfants criaient et couraient partout, le rire résonnait, alors quÉlodie, elle, avait le cœur en miettes.

Trois mois sans Michel, donc.

Avant, elle refusait découter les petites rumeurs sur linfidélité de son mari. Mais là, quand elle la vu elle-même enlacer une autre dans la pénombre, la soirée sest éteinte dun coup, et sa vie avec.

Élodie est rentrée seule, à travers les rues calmes de Lyon, dans la nuit froide après cette soirée qui avait tout bouleversé.

Ça faisait dix ans quils étaient mariés. Leur mariage, cétait juste à la sortie de luniversité. Les parents tout contents : Bon, vous avez vos diplômes, il est temps de fonder une famille !

Tout semblait bien rouler. Chacun a trouvé un boulot correct, et grâce aux parents, ils ont pu acheter un appart. Leur fille est née peu après.

Le truc, cest que, peut-être, de sêtre installés ensemble dès la résidence universitaire ça faisait déjà deux ans avant le mariage ou alors, cest juste que les sentiments ont changé. Mais ces dernières années, Michel sest sérieusement refroidi. Élodie le sentait, elle mettait ça sur le compte de son boulot, lambition, la fatigue. Elle se rassurait comme ça, et se renfermait, aussi Il ne sintéressait plus vraiment à sa vie, ses journées, il se plaignait juste de toujours être épuisé.

Après la scène du Nouvel An, Michel est parti, ne voulait plus entendre les reproches, ni voir Élodie en larmes.

Il nétait pas du genre à supporter ça. Pour Élodie, le monde sest effondré. Elle qui était confiante en son couple, elle a compris quelle sétait inventé des histoires, sur lamour éternel, la fidélité, le devoir.

Quand son mari est parti et daprès ce quon lui a raconté, il sest installé direct chez la petite jeune Élodie avait limpression de redevenir une enfant perdue, obligée de réapprendre à vivre toute seule, dans ce monde soudain si gris.

Elle découvrait comment ne pas haïr, comment comprendre, comment sadapter. Pardonner à Michel ? Impossible. Et puis, il navait même pas cherché à se faire pardonner.

Ce qui la blessait le plus, cétait toutes ces années à deux, et au final, il ne reste rien

Elle ne comprenait pas comment on pouvait faire ça. Ses parents faisaient de leur mieux pour la consoler, même sa belle-mère sexcusait pour son fils. Mais rien ny faisait.

Jsuis trop comme ça, moi, je crois trop longtemps en les gens pensait Élodie.

Le temps passait, Michel ne montrait aucun signe de retour.

Au début, Élodie attendait désespérément des excuses, des regrets. Elle y croyait presque.

Mais personne ne sonnait à sa porte. Et elle a compris, plus tard, que même si Michel se pointait avec des excuses, elle ne pourrait jamais recommencer comme avant. Ce nest plus pareil. Tout sest brisé, irréversiblement.

Avec le printemps qui arrivait, le soleil traversait les vitres quelle venait de finir de laver, la brise faisait voler les rideaux, on entendait les moineaux piailler Élodie a soupiré et sest plantée devant le miroir.

Son reflet : fatiguée, les cheveux pas coiffés, le regard éteint, un vieux peignoir sur le dos Ça la réveillée.

Là, un besoin urgent de tout changer a surgi : sa coupe de cheveux, lappartement, les rideaux, la déco nimporte quoi pour ne plus avoir cette routine triste. Elle a posé le chiffon sur la table de la cuisine et a attrapé son téléphone.

Maman, jai envie de refaire la déco. Non, pas de gros travaux Je nai ni la force ni le budget pour ça ! Juste changer la tapisserie, prendre un nouveau lustre, repeindre le parquet, et du lino dans la cuisine. Tu peux me filer le numéro de léquipe qui a bossé chez la voisine cet automne ?

Une semaine plus tard, le chef de chantier est venu. Un gars dune quarantaine dannées, sympa, qui a passé l’appart en revue :

Y a pas tant de boulot, mais en ce moment, on est pris, cest booké pour des mois. Faut patienter, ça te va ?

Déçue, Élodie… Mais le chef a proposé :

Jai un jeune, il bosse le soir après son taf principal, et les week-ends, si ça te va.

Élodie a accepté, et ils ont fixé les prix ensemble, en euros bien sûr.

Du coup, Élodie sest investie à fond dans la rénovation de son chez-elle.

Le samedi suivant, elle a filé au magasin de bricolage et a pris tout ce quil fallait. Le jeune ouvrier est venu : Paul. Il a commencé dans la cuisine.

Il a déplacé les meubles délicatement, et dans la journée, le parquet était nickel.

Élodie était ravie, elle la félicité, et avec sa fille, Camille, elles ont nettoyé tout lévier ensemble.

Paul revenait tous les soirs. En quelques jours, il a refait toute lélectricité et suspendu le nouveau lustre.

Élodie lui servait du thé pendant quils discutaient de la suite des travaux. Il fallait sattaquer à la tapisserie. Pour ça, ils ont bougé les meubles.

Lappartement prenait un air neuf. Élodie le trouvait non seulement plus propre, mais aussi plus lumineux, chaleureux, spacieux.

Paul apportait toujours des chocolats pour le thé, et des petits gâteaux faits par sa mamie. Camille attendait la venue de Paul avec impatience, battant des mains chaque fois quil ramenait une surprise.

Élodie, pour rester polie, lui préparait le dîner.

À table, ils papotaient, riaient, et sont vite devenus amis. Un soir, Paul lui a demandé, tout doucement, son histoire de cœur. Il la trouvait touchante. Beaucoup.

Élodie a répondu simplement :

Mon mari est parti. Il est avec une autre.

Paul est resté silencieux une minute, puis il a dit, stupéfait :

On quitte une femme comme toi, vraiment ?

Élodie, dailleurs, sest surprise elle-même à la tranquillité de sa réponse avant, ça laurait faite pleurer. Mais là, elle regardait les yeux de Paul et elle comprenait tout.

Les travaux avançaient, et pour repeindre le parquet, Camille est partie chez sa grand-mère : lodeur était trop forte, on ne pouvait pas marcher.

Élodie allait aussi chez ses parents, en attendant que Paul termine la peinture.

À la fin, du chantier de Paul, ils sont sortis de l’immeuble pour se balader, histoire de souffler après le boulot.

Dans le parc, Paul a pris le bras dÉlodie, elle la laissé faire. Il commençait à faire sombre, mais aucun des deux navait envie de rentrer.

Comme des jeunes amoureux, ils se sont posés sur un banc et se sont embrassés longtemps, sans pouvoir se lâcher. Élodie a éclaté de rire tout à coup.

Pourquoi tu rigoles ? demande Paul.

Tu sais, normalement, pour un premier rendez-vous, les filles mettent un parfum français Et nous, on sent la peinture à trois kilomètres à la ronde !

Ils ont explosé de rire.

Une semaine plus tard, Élodie et Camille sont revenues à lappart. Elles ont marché sur ce beau plancher brillant et admiraient leur nouveau cocon.

Lambiance était joyeuse. Élodie avait préparé le repas, elle appelait Camille à table, et là, on sonne à la porte. Cétait Paul, les bras chargés dun bouquet et dune pâtisserie.

Voilà notre premier invité ! lance Élodie en invitant Paul. Grâce à toi, cest presque une crémaillère !

Et puis, jai oublié mon pantalon de travail ici, dit Paul.

Tes venu juste pour ça ? Élodie lui fait les yeux doux.

Pas seulement. Je voulais proposer de poursuivre les travaux. Mais cette fois, gratuitement.

Gratuitement, vraiment ? rigole Élodie.

Enfin non Paul regarde Camille et murmure : Je te dirai plus tard quelle récompense jaimerais vraiment avoir

Camille prend la main de Paul et lemmène dans sa chambre pour lui montrer ses jouets. Élodie sassied, la tête dans les mains. Elle ne sétait pas sentie aussi heureuse depuis longtemps.

Juste de sentir la présence dun homme qui laimait. Et puis, elle, elle avait limpression de tomber amoureuse

Puis, une nouvelle sonnerie à la porte.

Tiens, qui ça peut être ? pense Élodie. La voisine, sûrement, qui veut voir le résultat des travaux.

Sur le seuil, cétait Michel.

Toi ?! sétonne Élodie.

Je tombe mal ? Depuis une semaine, jessaie de passer. Je viens récupérer quelques affaires.

Taurais déjà tout dû prendre pour éviter de te gêner, répond Élodie.

Paul et Camille sortent de la chambre, main dans la main.

Cest qui lui ? lance Michel, les yeux ronds sur Paul. Eh ben, je vois que tas pas traîné. On ma dit que tu déprimais, mais visiblement tas vite trouvé quelquun.

Taurais pu dire bonjour à ta fille.

Michel embrasse Camille. Elle demande, candidement :

Tas ramené des cadeaux pour moi aussi ?

Michel hésite un peu puis dit :

Je ten offrirai un pour ton anniversaire Ce que tu veux !

Cest bientôt mon anniversaire ? demande Camille.

Non, pas encore, ma chérie. Encore six mois Va dans ta chambre. Je sors la valise à papa, dit Élodie.

Élodie sort la valise, la pose devant Michel. Pendant quelle nétait pas là, les deux hommes se toisent sans sourire.

Quand Michel est parti, Élodie sest assombrie, lambiance a changé. Paul est venu près delle, la prise dans ses bras, il demande :

Tu laimes encore ?

Non. Et franchement, sa visite ma mise mal à laise.

Tes mal à laise que je sois là ? redemande Paul.

Mais non, tes mon invité, tu sais bien.

Jaimerais ne plus être juste un invité, Élodie. Ni seulement ton bricoleur. Je veux être avec toi Tu comprends ? Épouse-moi.

Quoi Tu vas pas un peu vite ? Non, Paul On ne peut pas précipiter ça. Mes parents vont pas comprendre.

Alors promets-moi dy réfléchir. Je te presse pas. Je cherchais quelquun comme toi depuis longtemps. Et maintenant, je tai trouvée

Paul se lève, quitte lappart sans un mot, referme la porte tout doucement.

Cest sûr, je vais réfléchir, je vais réfléchir se dit Élodie, bercant Camille dans ses bras.

Elle dépose sa fille, et reste assise près du lit. Loin de penser à la visite de Michel, Élodie, les yeux fermés, voit le visage de Paul et lui répond en silence :

Oui, je vais y réfléchir. Mais ne te presse pas, mon cœurLe lendemain, la lumière dorée du matin sétalait sur le parquet neuf, et lodeur de café sélevait dans la cuisine. Élodie observait Camille qui dessinait au feutre sur la nappe en papier, concentrée, des bonhommes colorés qui lui ressemblaient, à elle, à Paul, à leur chat. Tout semblait clair, frais, comme si la fenêtre quon venait de laver ouvrait sur un avenir inédit.

Paul frappa timidement, cette fois sans bouquet, juste avec un sourire simple. Il dit bonjour, sinstalla près de Camille, demanda ce quelle dessinait, et la matinée se déroula comme si rien nétait cassé, nétait compliqué.

Leurs mains se croisèrent en rangeant les crayons, et Élodie sentit dans ce contact une tendresse douce, la promesse dune nouvelle page. Elle réalisa quelle navait plus peur de laprès, que le passé de Michel ne pesait plus, que ses parents sen remettraient, que Camille grandirait entourée damour.

Élodie leva les yeux vers Paul. Elle sourit enfin dun vrai sourirepas celui quon offre par politesse, mais celui qui vient du cœur, le premier depuis longtemps. Et dans ce regard partagé, tout était dit, rien nétait pressé, mais tout commençait.

Demain, peut-être, ils parleraient davenir. Ce matin-là, ils étaient juste ensemble, chez eux, avec le soleil qui dansait sur la nouvelle tapisserie, le rire de Camille qui rebondissait contre les murs. Comme une musique douce qui chassait lhiver, derrière la porte, la vie attendait, patiemment, que quelquun ose tourner la clé.

Élodie prit la main de Paul sous la table. Elle chuchota simplement : Reste. Et dans ce mot, il y avait la promesse de tout ce quelle espérait, tout ce quelle méritait. Enfin.

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five × two =

Voilà déjà trois mois qu’elle vivait sans mari… Après avoir surpris, lors du dîner de Noël de l’entr…
— Ta femme ne sait vraiment plus se tenir. Explique-lui comment elle doit se comporter, — sermonnait la belle-mère de Maxime «Marina, ma chérie, c’est demain ma pendaison de crémaillère ! J’ai invité tant de monde, tu sais, mon nouvel appartement n’est même pas aménagé. Tu vas m’aider, n’est-ce pas ?» «Bien sûr, Madame Nina,» répondit Marina, même si elle avait prévu tout autre chose pour son week-end. Et tout commença : canapés pour trente personnes, salade César, plateau de charcuterie, composition de fruits, décoration de la salle, disposition des meubles. Imaginez : le vendredi soir, au lieu d’un dîner romantique avec son mari, c’était une virée à Auchan ; le samedi, dès six heures du matin, Marina cuisinait dans un appartement qui n’était même pas le sien. «Maxime, aide-moi au moins à placer les chaises !» supplia Marina. «Mais c’est toi qui sais le mieux comment ce sera joli !» rétorquait-il, le nez dans son portable. À quinze heures, l’appartement de la belle-mère était transformé. Un buffet somptueux, une décoration raffinée, des fleurs parfaitement disposées. Marina contemplait son travail, épuisée. Les premiers invités arrivèrent à seize heures pile : collègues de Madame Nina, voisins de l’ancien immeuble, amies. Tout le monde félicitait l’hôtesse, louait l’appartement, offrait des cadeaux pour la crémaillère. Marina restait dans la cuisine, coupant encore un citron. «Où est donc ta belle-fille ?» demanda un invité. «Oh, elle s’affaire en cuisine,» fit négligemment Nina d’un geste. «Marina ! Viens saluer !» Marina passa, sourit, salua tout le monde. «Quelle belle-fille attentionnée !» s’extasia une invitée en tailleur élégant. «On voit qu’elle a de l’or dans les mains !» «Oui, je l’ai bien élevée,» ricana Nina avec satisfaction. «Maintenant, j’ai un vrai soutien.» Mais le plus surprenant restait à venir : aucun siège pour Marina. «Ma petite Marina, tu n’as pas le temps de t’asseoir, de toute façon,» s’excusa la belle-mère. «Mieux vaut surveiller les plats et apporter les assiettes.» Marina acquiesça. Que pouvait-elle faire de plus ? La voici, debout à l’écart, en serveuse. Elle distribue les amuse-bouches, ressert le champagne, débarrasse les serviettes sales. À table, conversations animées, toasts, rires. «Nina, tu te rappelles comme à ton ancien travail, quand…» commence une collègue. Marina écoute en silence des souvenirs qui ne lui appartiennent pas. «Marina, peux-tu rafraîchir les fruits ?» demande la belle-mère d’une voix forte. Marina va en cuisine, lave les raisins, prépare le plateau. «Quelle beauté !» s’exclament les convives. «Madame Nina, vous avez une véritable fée !» «Maxime a eu du flair en épousant une femme si ménagère !» renchérit la dame au tailleur. «J’imagine que le dîner est toujours prêt et la maison impeccable !» Tout le monde rit. Maxime sourit fièrement. Mais dans quoi est-il si fier ? D’avoir une bonne à domicile gratuite ? Mais l’humiliation continuait. Les discussions devinrent plus débridées ; l’ambiance se fit familiale, les voix montaient. «Nina, raconte donc quand Maxime faisait tourner la tête à toutes les filles à la fac !» gloussa une vieille amie. «Oh, ça ne vaut pas la peine de ressasser !» répondit Nina, flattée d’être le centre d’attention. «Tout le cursus était amoureux de lui ! À vingt ans, déjà si beau !» Rires. Maxime rougit, mais joue le jeu – il est habitué aux éloges maternels. Marina, elle, continue à nettoyer les verres au coin du buffet. On l’ignore. Elle n’est plus qu’un élément du décor, indispensable mais invisible. «Et à l’université, les filles faisaient carrément la queue pour lui !» poursuit la belle-mère. «Le doyen plaisantait : ‘Maxime, notre Don Juan !’ Il l’était vraiment ! Avant Marina, combien de conquêtes déjà !» «Maman, ça suffit.» tente timidement Maxime. «Bah, ça va, Marina n’est pas la première,» rigole Nina. «Un homme doit connaître la vie ! Sinon, comment peut-il bâtir une famille ?» La dame en tailleur acquiesce : «Exactement ! Pour les femmes, c’est une chance – au moins on sait que le mari a de l’expérience.» «Évidemment !» insiste la belle-mère. «Et Marina, elle, est calme. Jamais jalouse !» Tous se tournent vers Marina, attendant la confirmation. Marina hoche la tête – elle n’a pas le choix. «Marina, comment as-tu rencontré Maxime ?» demande une voisine. Marina essaie de répondre, mais Nina la coupe : «À la banque ! Il venait d’être promu, elle était conseillère clientèle. Une fille sérieuse, responsable.» Responsable. Comme une promotion à l’embauche. «Je disais toujours à Maxime : fais attention à cette fille. Pas une écervelée, elle ! Parfaite pour fonder une famille.» Imaginez qu’on parle de vous comme d’un produit. «Parfaite pour fonder une famille.» «Tu as bien fait !» s’exclame la dame en tailleur. «On voit ses talents ! Elle a tout organisé pour la crémaillère, servi tout le monde !» «Évidemment,» confirme Nina fièrement. «Dès le début j’ai su : je peux lui confier la famille. Pas comme ces égoïstes d’aujourd’hui !» Le pire dans tout ça ? Maxime se tait. Pas un mot pour défendre sa femme. Il reste assis à écouter qu’on la juge, comme une bête à concours. «Et les enfants, c’est pour quand ?» inévitable question – «Nina, tu rêves de petits-enfants !» La belle-mère soupire : «J’en rêve ! Mais les jeunes, toujours à repousser – le travail, toujours des excuses. Le temps passe !» Marina sent ses joues brûler. Le sujet est sensible. Deux ans qu’ils essayent, elle consulte en secret, prend des vitamines. Tout va bien mais chaque mois est un nouvel échec. «C’est leur affaire,» remarque la voisine. «Bien sûr ! Mais j’ai déjà insinué qu’il est temps. Les années passent, j’aimerais tant pouponner.» Marina serre les lèvres. Insinué ? Elle pose la question chaque semaine : «Alors, des bonnes nouvelles ?» Et toujours Marina rougit et bafouille. «Peut-être qu’ils ne sont pas prêts ?» ose l’une des invitées. «Pas prêts !» balaye Nina. «Nous, à leur âge, on avait déjà des enfants, et on ne se plaignait pas ! Aujourd’hui, faut tout planifier… L’instinct maternel, ça ne disparaît pas !» Marina se rapproche de la fenêtre. «Marina, ma chérie !» l’appelle la belle-mère. «Ne sois pas triste, viens, on parle de choses importantes.» Marina s’approche, se poste près du fauteuil de Maxime. «Regardez la femme docile de Maxime,» poursuit Nina. «Tu lui demandes – elle le fait. Pas comme certaines jeunes femmes !» «Mais quels sont les droits de l’épouse ?» philosophe la dame en tailleur. «Le plus important, c’est que le mari soit heureux et la famille prospère.» «Voilà !» approuve une autre. «Le bonheur d’une femme, c’est la famille, les enfants.» Marina écoute, sent une boule se former en elle. On parle d’elle, sans elle. «Nina, tu te souviens la première vraie amie de Maxime ? Aliona, il me semble ?» «Oh, ne m’en parle pas !» s’esclaffe la belle-mère. «Oui, jolie, mais quel caractère ! Toujours à contester, jamais d’accord. Une vraie corvée ! J’avais dit à Maxime : ‘Réfléchis avant d’épouser une tête de mule comme ça !’» Maxime remue, gêné, mais se tait. «Tu as bien fait !» félicite la dame en tailleur. «Une mère voit mieux ce qui convient à son fils. Sinon il serait malheureux toute sa vie.» «Marina, apporte encore des glaçons !» demande la belle-mère. Marina va en cuisine, sort de la glace du congélateur. Elle reste debout, fixe les glaçons. Elle réalise soudain : elle n’est pas invitée à cette fête. Elle est le personnel. Seule dans la cuisine, Marina regarde la nuit tomber. Des balcons voisins, des lumières – la vraie vie continue ailleurs. Du salon parviennent chants et rires. On chante au karaoké. Tout le monde s’amuse. «Marina !» crie la belle-mère. «Où sont les glaçons ? Mets le café, s’il te plaît !» Marina lance la machine, prend le seau à glaçons, revient. «Voilà notre courageuse !» lance la dame au tailleur. «Marina, pourquoi fais-tu cette tête ? Viens rire avec nous !» «Mais elle est crevée,» minimise la belle-mère. «Debout toute la journée. Mais c’est normal, chaque femme doit tout savoir faire. C’est la destinée !» «Bien sûr !» approuve la voisine. «Et le mari, lui, rapporte de l’argent !» «Et moi, je ne rapporte rien ?» murmure Marina. Tous se tournent vers elle. Silence. «Pardon ?» interroge la belle-mère. «Je disais : est-ce que moi aussi, je rapporte de l’argent ?» répète Marina plus fort. Maxime fronça les sourcils : «Marina, ce n’est pas le moment.» «Si, justement ! Tante Galia vient de dire que c’est le mari qui travaille. Et moi, je fais quoi ? Je ne travaille pas ?» Les invités échangent des regards. Personne ne s’attendait à ce virage. «Bien sûr que tu travailles,» tente la dame en tailleur. «Mais ce n’est pas la même chose.» «Comment ça, pas la même chose ?» «Eh bien…» elle hésite. «Tu es conseillère clientèle, Maxime est chef de projet. Plus de responsabilités.» «Donc, mon travail, c’est accessoire. Et les tâches à la maison, c’est pour moi. Donc je travaille au bureau ET à la maison. Maxime, lui, seulement au bureau. Mais c’est lui qui doit se reposer.» Un malaise s’installe. «Marina, ça suffit !» dit Maxime, agacé. «Ça n’a rien à voir.» «Ah bon ?» Marina pose le seau sur la table. «J’ai passé deux jours à préparer cette crémaillère : courses, cuisine, déco. Et aujourd’hui, je trime sans relâche. Mais même pour m’asseoir, il n’y avait pas de place.» «Ce n’était pas voulu !» tente la belle-mère. «Pas voulu, peut-être. Mais on n’a pas pensé à moi. Car ici, je suis la domestique.» «Marina !» l’interpelle Maxime sèchement. «Arrête !» «Arrêter quoi ? De dire la vérité ?» «Tu extrapoles,» intervient un invité. «C’est la fatigue.» «Arrête de nous faire honte !» siffle la belle-mère. «On ne fait pas de scènes devant tout le monde !» «Parler de mon couple devant tout le monde, c’est permis ? Dire que je n’ai pas d’enfants, c’est permis ? Parler des ex de Maxime, c’est permis ?» La belle-mère pâlit. «Je ne voulais pas…» «Vous avez parlé d’Aliona. Heureusement qu’elle est partie, disait-on, car elle avait du caractère. Vous étiez toutes d’accord – c’est bien, Maxime a une épouse docile maintenant.» Marina regarde chaque invitée. «Vous savez quoi ? Aliona avait raison ! Il ne faut jamais se laisser transformer en assistante gratuite !» «De quoi tu parles ?» Maxime se lève, nerveux. «Assistante ?!» «Savez-vous ce que je rêvais d’entendre ce soir ?» chuchote Marina. «‘Voici ma femme. Elle travaille à la banque. Elle est intelligente et talentueuse.’ Mais à la place, j’ai entendu : ‘Comme elle est ménagère, docile, parfaite pour la famille.’» «Enfin Marina…» tente Maxime. «Quoi, Marina ?! Le silence ! Tu te taisais quand ta mère vantait comme je suis pratique ! Tu te taisais quand Tante Galia philosophait sur les droits des femmes ! Tu te taisais quand tout le monde commentait ma vie !» Sa voix tremble. Les larmes longtemps retenues tombent. «J’en ai assez d’être pratique !» Elle essuie ses yeux. «Excusez-moi d’avoir gâché la fête. Je ne peux plus jouer la belle-fille modèle.» Et elle se dirige vers la porte. «Marina, où vas-tu ?» crie Maxime. «Sur le balcon. Prendre l’air.» dit-elle franchement, sans s’arrêter. «Continuez votre fête. Mais sans personnel de service.» La porte du balcon claque. Derrière, voix sourdes et musique. Dehors, sous les étoiles, Marina peut enfin être elle-même. Elle pleure. Un peu plus d’une heure plus tard, les invités sont partis. Reste Maxime et sa mère, volets fermés, vaisselle sale. «Je ne comprends pas ce qui lui a pris !» bougonnait Nina. «Faire un scandale devant tout le monde !» «Maman, peut-être qu’elle n’a pas entièrement tort,» tente Maxime, hésitant. «Tort ? Elle a haussé le ton ! Elle a gâché la fête !» Marina écoute. «Elle a travaillé toute la journée.» «Et alors ? Moi aussi je travaillais jeune ! Jamais je ne me plaignais ! La famille, c’est du travail, Maxime. Une femme doit connaître sa place.» Marina sourit amèrement. Même après tout, rien n’a changé. «Mais malgré tout…» «Il n’y a pas de ‘malgré tout’ ! Tu dois lui parler sérieusement. Lui expliquer comment se comporter. Elle est devenue incontrôlable.» Marina ouvre la porte et entre. Maxime et la belle-mère sursautent. «Une conversation sérieuse, excellente idée,» dit tranquillement Marina. Ils sursautent. «Ma chérie…» commence Nina, mielleuse. «Voyons, ce n’était pas méchant…» «Je sais.» acquiesce Marina. «Vous n’êtes pas habituée à ce que je parle.» «On en parlera à la maison,» supplie Maxime. «Non. Ce qui commence ici, finit ici.» Marina s’assoit dans un fauteuil, là où les invités étaient assis. «Maxime, demain je pars chez mes parents. Une semaine. J’ai besoin de réfléchir.» «Réfléchir à quoi ?» s’inquiète Maxime. «À ce que je veux : continuer une vie où je ne suis pas appréciée.» «Ne sois pas dramatique.» «Ce n’est pas un drame. C’est un choix. Ou notre relation change, ou je change de vie.» Nina ricane : «Ah, les jeunes, toujours les ultimatums !» «Maxime, si tu tiens à notre mariage, réfléchis. Pas à comment ‘me remettre à ma place’, mais pourquoi j’ai pleuré sur le balcon tandis que ta mère célébrait sa victoire.» Une semaine plus tard, Maxime rend visite à Marina chez ses parents. Il fait tourner sa bague nerveusement à la cuisine. «Marina, reviens, s’il te plaît. Tout va changer.» Marina le regarde longuement. «D’accord, essayons.» Jamais plus elle n’a pleuré aux réunions familiales. Parce qu’elle a appris à défendre son droit au respect.