Irina descend du wagon et jette un regard autour d’elle, espérant y voir son mari, Olivier, mais per…

Sandrine sortit du wagon du TGV en balayant le quai de la Gare de Lyon du regard, une boule au ventre. Nulle trace de son mari, Sébastien. Personne ne lattendait.

Il na même pas fait leffort, pensa-t-elle amèrement. Il aurait pu venir me chercher !

Elle sortit son portable de son sac à main, composa le numéro de Sébastien, mais tomba une nouvelle fois sur sa messagerie. Soupirant, elle agrippa sa valise et héla un taxi pour rentrer à lappartement.

La course fut rapide. Arrivée devant leur immeuble du XIe arrondissement, elle remarqua tout de suite que la voiture de Sébastien nétait pas garée là. Étrange. Il était encore tôt, il était censé être à la maison.

Peut-être est-il parti me chercher à la gare et nous nous sommes croisés, pensa-t-elle.

Sandrine ouvrit la porte dentrée avec son trousseau, et sarrêta net dans le couloir. Plus aucune trace des chaussures de Sébastien sur létagère. Surprise, elle traversa le vestibule, pénétra dans le salon et là, sur la table basse, elle avisa une enveloppe.

En la lisant, elle dut sasseoir tant le choc fut brutal :

« Je te quitte. Jai pris mes affaires. Tu peux lancer la procédure de divorce si tu veux. Notre fille nest pas au courant. Sébastien. »

Sandrine relut le message trois fois. Le sens des mots simposait lentement, comme une gifle glacée.

Donc, pendant quelle était en déplacement professionnel à Marseille, il avait tranquillement fait ses valises et disparu, sans explications.

Finalement, ça lui ressemble, pensa-t-elle avec douleur.

Elle seffondra contre le dossier du fauteuil, les larmes embuant ses yeux. Dans le silence matinal de lappartement, elle entendit nettement, de la cuisine, les gouttes deau qui tombaient du robinet défectueux.

Il ne la jamais réparé, souffle-t-elle. Et la lumière dans la salle de bains ?

Elle se dirigea vers la pièce deau. Pas de lumière principale, seulement celle de la glace, tamisée et blafarde. La petite étagère achetée le mois dernier, quelle lui avait demandé dinstaller, trônait toujours dans son emballage sur la machine à laver.

Par précaution, Sandrine retourna dans lentrée vérifier la serrure du bas. Toujours abîmée, impossible à fermer.

Ses larmes sétaient taries naturellement. Finalement, rien de tout cela ne la surprenait. Depuis six mois, la serrure ne fonctionnait plus, la lumière de la salle de bains était hors service et le robinet fuyait. Pourquoi réparer, si lon sapprête à partir ? Ils avaient bien vécu comme ça, elle vivrait bien encore.

Cest sans doute ce quil sest dit en fermant sa valise, songea-t-elle avec amertume. Bon

Secouant la tête comme pour chasser un sort, elle saisit son portable.

Michel, tu dors ? demanda-t-elle avec entrain à son vieil ami, un ancien collègue qui venait souvent laider pour le bricolage que Sébastien navait jamais le temps de faire : réparations, courrier, plomberie.

Bonjour, Sandrine, répondit Michel dune voix chaleureuse. Pas du tout, il y a belle lurette que je suis debout. Dis-moi, quoi réparer ?

Le robinet, les lumières de la salle de bains, létagère à fixer et change, non, remplace carrément les deux serrures de la porte dentrée. Aujourdhui si possible pour les serrures, le reste demain.

Tiens donc et ton mari, il en pense quoi ? demanda Michel, un peu surpris par la requête.

Oh, toi alors ! sesclaffa-t-elle. Le mari ce nest plus un souci !

Un éclat de rire réjouit Michel.

Pour la peine, si javais vingt ans de moins, je tenterais ma chance Mais figure-toi que jai un jeune voisin, sérieux, dégourdi, dont la femme vient de le plaquer pour un coach branché. Si tu veux, je vous présente. Vos enfants sont grands, vous pourriez vous soutenir.

Ah non, tu ne vas pas ty mettre ! sindigna-t-elle en riant. Laisse-moi respirer ! À peine débarrassée de lun que tu veux me caser avec un autre !

On nest pas fait pour rester seul, insista-t-il avec un clin dœil dans la voix.

Je n’ai même pas eu le temps de souffler, alors me morfondre, cest pas pour tout de suite. Bref, je tattends dans une heure, à tout à lheure !

Tandis que Michel prenait en main toutes les réparations du jour, Sandrine décida den avoir le cœur net. Elle appela une amie fidèle, Corinne, qui travaillait dans la même boîte que Sébastien.

Elle neut pas à insister longtemps pour apprendre la vérité : il était parti avec une certaine Brigitte, une femme seule dans la quarantaine, certes pas une jeunesse, mais idéale pour un homme de cinquante-deux ans désencombré dattaches

Brigitte navait ni enfants ni mari, mais un très bel appartement dans le XVIe.

Voilà qui éclaire la situation, songea Sandrine. Où donc est le chagrin ? Songea-t-elle à lexpression favorite de sa grand-mère, À quoi bon se faire du mauvais sang ?

Elle fit le tour de lappartement, ramassa les dernières affaires de Sébastien et les mit dans un grand sac blanc y compris la photo de croisière, immortalisant son désormais ex-mari sur un paquebot, sourire en coin.

Oksana, on sort ce soir ? proposa-t-elle à son amie denfance, après avoir composé son numéro. On dîne bien, on papote, ça te dit ?

Une occasion particulière ? demanda Oksana.

Et comment ! répondit-elle, mystérieuse.

Tu mintrigues, Sandrine ! Allez, dis-moi où et quand !

À la tombée du jour, Michel termina le travail. Serrures changées, cuisine silencieuse, salle de bains en chantier pour le lendemain. Recevant son enveloppe de soixante euros alors quil rangeait ses outils, il lui sourit :

La salle de bains, demain, ça marche ? Et nhésite jamais à appeler.

Merci mille fois, Michel ! répondit Sandrine en lui tendant le sac blanc. Au passage, si tu croises la benne à ordures, tu peux jeter ça ?

Seule à nouveau, Sandrine hésita à appeler sa fille, puis renonça.

Rien ne presse Jirai leur rendre visite samedi comme prévu, avec les cadeaux pour la petite et même pour son mari. Je leur expliquerai tout là-bas Mais ce soir, cest fête ! pensa-t-elle, la gorge serrée démotion.

En attendant Oksana, elle ouvrit une bouteille de champagne, versa une flûte, observa la robe dorée du liquide, respira son parfum.

Le sourire aux lèvres, elle leva son verre et, dune voix ténue mais confiante, déclara à la lumière naissante de Paris :

À ma nouvelle vie, pleine de surprises et de jolis moments !

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