Jai de la peine pour ton enfant, mais je refuse de prendre en charge ton ex-femme !
Chérie, cette année, il va falloir revoir nos dépenses ma confié mon mari un soir, pendant le dîner.
Je me suis arrêtée net, la fourchette en lair.
Pourquoi ? Il sest passé quelque chose ?
Il a soupiré, lair fatigué, puis sest mis à mexpliquer les soucis dans sa société : des pénalités infligées, des salaires amputés, des commissions envolées. Au final, il ma annoncé que ses revenus avaient chuté de presque trente pour cent. Sa voix était calme, comme sil parlait dun simple contretemps.
Moi, dans ma tête, je comptais déjà. Le crédit du logement. Les factures dEDF. La pension alimentaire.
Donc, de ton salaire, il ne restera pas grand-chose ai-je murmuré, anxieuse.
Il a haussé les épaules.
On sen sortira.
Très bien, alors on va se serrer la ceinture. La viande uniquement les jours de fête ! ai-je rétorqué sèchement.
Nous étions mariés depuis trois ans. Pour lui, cétait un second mariage. Il avait un garçon, né de sa précédente union avec Amélie. Il était assidu dans le paiement de la pension alimentaire et voyait son fils régulièrement les week-ends. Sorties, cafés sur les Grands Boulevards, Jardin des Plantes tout avait un coût, bien sûr.
Après la baisse de salaire, il est venu me demander, embarrassé :
Tu pourrais me prêter un peu dargent ? Je dois voir Alexandre demain.
Jai donné. Sans scène. Puis jai recommencé. Encore, et encore. Pendant plusieurs mois, jai financé leurs moments ensemble, car je ne voulais pas que cet enfant souffre dun manque.
Mais un soir, jai entendu une conversation au téléphone.
Un autre crédit ? Ce nest déjà pas suffisant ce que tu as ? a-t-il sifflé. Ne commences même pas à penser à en prendre un nouveau !
Je me suis figée devant la porte. Il parlait à son ex-femme.
Je nai rien demandé. Je le connaissais trop bien la vérité finirait par éclater, quand il le voudrait.
Quelques jours plus tard, jai vu une notification bancaire sur son portable. Son salaire venait dêtre versé. Intégralement.
Philippe, tu as reçu ton salaire ! ai-je lancé.
Il a sursauté. Il sest mis à bafouiller, disant que sa boîte sétait finalement remise. Jai proposé dappeler le traiteur et de fêter ça. Mais il est resté sombre. Quelque chose clochait.
Peu après, il est revenu demander de largent.
Pour quoi faire ? Tu viens de toucher ton salaire, non ? ai-je demandé, épuisée.
Cest là quil a craqué.
Je tai menti. On na pas baissé mon salaire. Je donne une partie à mon ex-femme. Pour quelle puisse rembourser son crédit auto.
Jai senti la colère monter en moi.
Donc, moi jéconomise, je te donne de largent pour ton fils, et toi tu finances la voiture de ton ex épouse ?
Il sest mis à se justifier : elle ne sen sortait pas, Alexandre aurait été malheureux, il fallait laider.
Je lai regardé droit dans les yeux.
Jai de la compassion pour son fils. Mais jamais je nentretiendrai ton ex-femme. Cest fini, ou je demande le divorce. Achète plutôt un cadeau à Alexandre, mais hors de question que mon argent serve à payer sa voiture.
Il a baissé la tête, silencieux.
Depuis ce jour, il na plus jamais sorti un euro de notre compte pour elle.
Et toi, quen penses-tu ? Où sarrête la responsabilité envers lenfant, et où commence la manipulation de lancien conjoint ?
Aurais-tu agi de la même façon ?







