Mon ami me dit quil maime, mais il ne ma jamais vraiment choisie.
Voilà maintenant trois ans que ça dure. Trois ans de rencontres discrètes, de rendez-vous cachés à Paris ou dans des petits cafés loin de nos cercles. Trois ans découtes toujours les mêmes promesses. Trois ans dune relation qui nexiste que lorsque sa femme nest pas dans les parages.
Je ne suis pas entrée dans sa vie en sachant quil était marié. Cest après quelques mois que la vérité ma frappé : il continuait à vivre avec elle, comme un couple normal. Mais à ce moment-là, jétais déjà trop impliquée.
Dès le début, tout était soumis à des conditions. On se voyait uniquement certains jours, à des heures précises, toujours dans des endroits où personne ne pouvait nous reconnaître. Il na jamais passé la nuit avec moi. On na jamais voyagé ensemble. Je nai jamais pu poster la moindre photo, même un simple indice.
Si je lui écrivais et quil ne répondait pas le soir, je savais pourquoi. Si, le week-end, il disparaissait sans un mot, je savais. Sa vraie vie était ailleurs. La mienne tournait autour des moments quil voulait bien me laisser.
Je lai questionné plus dune fois : « Est-ce que tu comptes quitter ta femme ? » Je suis resté calme, posé. Toujours la même réponse « Oui, mais pas maintenant. » Il attendait le bon moment. Rien nétait simple, il fallait régler des choses. Elle dépendait de lui. Il ne voulait pas lui briser le cœur. Jai entendu ces phrases tant de fois que jai fini par les détester. À chaque fois, une nouvelle excuse, un nouveau délai, un nouvel espoir.
Cest moi qui me suis toujours adaptée. Jai chamboulé mes emplois du temps. Jai annulé dautres projets. Jai appris à ne pas trop poser de questions pour éviter les disputes. Quand il partait en voyage avec elle, je me taisais. Quand il fêtait un anniversaire de mariage, je faisais comme si de rien nétait. Quand il venait me voir tout de suite après une dispute conjugale, cest moi qui le consolais.
Jétais celle qui écoutait. Celle qui comprenait. Celle qui attendait.
Mais malgré tout, je nai jamais été celle quil choisissait.
Il y a eu des moments où je pensais vraiment tout arrêter. Une fois, il ma dit avoir pris contact avec un avocat. Je lui ai redit que je nétais pas heureuse. Jai cherché un nouvel appartement. Jy ai cru, encore une fois. Jai tout misé sur nous.
Mais il y avait toujours un nouveau blocage le travail, la famille, largent, « ce nest pas le bon moment ».
Et je restais. Figé dans une histoire qui navançait pas.
Pendant ce temps, la vie autour de moi continuait. Mes amies se mariaient, déménageaient, construisaient des projets. Moi, je mentais. Je disais que jétais seule, ou que javais une relation « sans étiquette ». Impossible de dire la vérité, je savais ce quon me dirait. Et pourtant, je restais. Pas par naïveté. Par amour, ou parce que je croyais aimer. Aujourdhui, je ne sais plus très bien.
Le plus douloureux, ce nest pas vraiment quil nait pas quitté sa femme. Bien sûr, ça fait mal. Mais le pire, cest quil ne sest jamais battu pour moi.
Quand elle se doutait de quelque chose, il se reculait. Aux moindres tensions chez eux, je devenais invisible. Quand il fallait choisir entre mon regard où bien paraître auprès delle, cest elle qui gagnait chaque fois.
Je nétais pas un choix. Jétais une option de secours. Celle qui sait patienter.
Je suis toujours avec lui. Enfin, je crois. Mais je ne suis plus la même. Je le veux, mais je suis fatiguée.
Fatiguée de comprendre, de patienter, de me contenter de miettes de temps et damour.
Jaurais besoin dun conseil pour enfin prendre une décision. Est-ce que dautres vivent la même chose ?
Si une femme venait me raconter tout ça, je lui dirais quil ne faut pas laisser quelquun considérer ton amour comme un simple entre-deux. Que lon mérite tous dêtre choisis, en entier. Aujourdhui, cest la leçon que je retiens, même si cest dur à appliquer moi-même.






