Retour à la vie : L’histoire émouvante de Kira, médecin indépendante, qui découvre la joie grâce à s…

Le retour à la vie

Je nétais pas retournée depuis longtemps dans lappartement de mon fils. Je nen avais pas la force. Les larmes sétaient tues depuis longtemps déjà. La douleur avait pris la forme dune lourde absence, une sorte de lassitude persistante.

Mon fils, Étienne, navait que vingt-huit ans. Il navait jamais eu de problème de santé. Il avait terminé ses études à la fac, travaillait dans une agence à Lyon, faisait du sport régulièrement, avait une petite amie charmante. Il sest endormi, il y a deux mois et ne sest jamais réveillé.

Jai divorcé alors quil avait six ans et moi, trente. La raison était banale : infidélités à répétition. Le père na jamais payé la pension, il sest volatilisé. Étienne a grandi sans lui. Mes parents mont beaucoup soutenue.

Quelques hommes ont traversé ma vie, mais je nai jamais pu me résoudre à me remarier.

Jai toujours travaillé, sans jamais baisser les bras. Jai commencé par louer un petit espace dans un supermarché à Villeurbanne pour vendre des lunettes et des montures. Je suis ophtalmologue. Plus tard, jai contracté un prêt et acheté mon propre local, une vraie boutique doptique avec mon cabinet intégré. Les consultations, les conseils, les essayages dune nouvelle paire de lunettes tout cela me tenait à cœur.

Lan dernier, jai acheté un studio à Étienne, sur le même palier que chez moi. Nous avions fait des travaux. Il aurait pu y vivre longtemps, heureux.

La poussière recouvrait tout. Je me suis armée dun chiffon et, en nettoyant sous le canapé, jai retrouvé le téléphone dÉtienne que javais cherché en vain. Je lai branché pour le recharger.

Rentrée chez moi, les larmes aux yeux, jai feuilleté les photos sur son téléphone : le voici au bureau, à la plage avec ses amis, ou encore avec Pauline, sa copine.

Curieuse, jai ouvert WhatsApp. Tout en haut, un message de son ami, Denis. Il y avait une photo dune jeune femme inconnue, accompagnée dun petit garçon. Ce garçon cétait le portrait craché de mon Étienne enfant !

« Tu te souviens du Nouvel An chez Hélène il y a des années ? Elle avait une copine. Eh bien, je lai croisée avec son fils devant chez moi, elle loue lappart en face. Le petit, impossible de ne pas penser à toi ! Jai pris une photo pour te montrer. »

Ce message datait dune semaine avant le drame. Alors, Étienne savait et il ne mavait rien dit. Quelle histoire !

Je savais où vivait Denis.

Le lendemain après le travail, je suis allée devant son immeuble. Dès que jai vu le garçon, jai compris. Comment ne pas reconnaître son propre petit-fils ? Il suivait un copain en vélo, le suppliant de lui laisser essayer.

Je me suis penchée vers lui : « Tu nas pas de vélo ? »
Le garçon ma répondu que non.

Sa mère est arrivée. Elle paraissait à peine plus âgée que vingt ans. Son maquillage tape-à-lœil gâchait un peu son joli visage.

« Vous êtes qui ? », ma-t-elle lancé.
« Je crois être la grand-mère de ce garçon », ai-je répondu.
« Moi cest Manon, sa mère. Voilà, les présentations sont faites. »

Je les ai invités dans un petit café du quartier. Nous avons commandé une glace pour Dimitri cest ainsi que sappelle le petit et un café pour nous.

Manon ma raconté sa vie. Il y a six ans, elle est arrivée de la campagne, elle avait dix-sept ans. Elle sest inscrite en CAP couture. Pendant les vacances de Noël, sa copine Hélène la invitée chez elle ; elles étaient dans la même classe. Les parents dHélène étaient partis chez la famille pour les fêtes.

Hélène était amie avec Denis. Ce soir-là, ils ont fêté ensemble, Denis était venu avec Étienne. Manon et Étienne ont eu une brève histoire dune nuit. Étienne lui a laissé son numéro, lui a promis de rappeler mais plus jamais de nouvelles.

Manon la appelé elle-même, lorsquelle a su quelle était enceinte. Ils se sont vus. Il a été froid, lui a reproché de ne pas avoir pris de précautions, lui a laissé une enveloppe pour avorter et lui a demandé de disparaître de sa vie. Elle ne la jamais revu.

Elle na pas terminé le CAP, on leur a demandé de quitter la résidence universitaire avec lenfant. Elle ne pouvait pas retourner au village : sa mère est décédée, son père et son frère boivent.

Depuis, Manon loue une petite chambre chez une vieille dame à Croix-Rousse. Celle-ci garde le petit Dimitri quand Manon est au travail. Mais elle doit donner presque tout ce quelle gagne. Impossible davoir une place à la crèche. Manon travaille dans un atelier de raviolis, ce nest pas le Pérou, mais elles survivent.

Le lendemain, je les ai installés dans lappartement dÉtienne. Et ma vie a changé.

Le petit-fils a été accepté dans une bonne crèche privée. Il a fallu acheter des vêtements pour lui et Manon. Jai pris plaisir à moccuper deux, à jouer, à partager. Le petit ressemble tant à mon fils : le regard, les gestes, même ce petit air entêté.

Jai pris Manon sous mon aile. Je lui ai appris à se maquiller avec plus de goût, à prendre soin delle, à shabiller, à cuisiner, à organiser la maison. Bref, toutes ces choses qui facilitent la vie.

Un soir, alors que nous regardions la télé toutes les trois, Dimitri sest pelotonné contre moi, ma embrassée et ma chuchoté : « Tu es ma préférée ! »

À cet instant, jai senti que le vide dans mon âme avait disparu. La douleur ne mécrasait plus comme une chape de plomb. Jai compris que jétais de retour à la vie, une vie dans laquelle la joie avait à nouveau sa place Grâce à ce petit bonhomme, mon petit-fils.

Deux ans ont passé. Avec Manon, nous avons accompagné Dimitri à son premier jour à lécole.

Manon travaille avec moi désormais. Elle est mon bras droit, mon indispensable alliée.

Manon a rencontré quelquun. Il semble sérieux. Je ne men mêle pas : la vie continue, cest ainsi.

Moi aussi, il paraît bien que je vais bientôt me remarier Un vieil ami insiste, et après tout, pourquoi pas ? Une femme comme moi, indépendante, jolie, pleine dénergie et tout juste cinquante-quatre ans ! Le bonheur a fini par revenir, et je remercie la vie pour cette seconde chance.

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