Ce n’est pas une histoire sans lendemain, Victoria. Cela fait dix-sept ans que je vis une double vie…

Ce nest pas une passade, Élodie. Je vis une double vie depuis dix-sept ans, avoua Philippe en faisant tourner nerveusement un stylo sur son bureau de bois ancien.
Si cest pour plaisanter, ce nest vraiment pas le moment, répondit Élodie, la tête pleine de confusion.
Depuis des semaines, Élodie sentait un malaise grandir chez son mari. Philippe avait toujours été absorbé par son métier davocat déplacements fréquents entre Paris et Lyon, soirées au cabinet, fatigue accumulée. Mais une fille ? Doù sortait-elle ?
Ce nest pas un caprice. Cest la vérité. Et désormais, cest aussi notre vérité.
Philippe se leva, sapprocha lentement de la fenêtre, le regard perdu sur les toits haussmanniens.
Comment ? On partage notre vie depuis vingt-six ans. Nos deux fils adultes maintenant poursuivent leurs études à Montréal et à Londres. Nous avons toujours incarné la famille idéale. Et là, tu mannonces que tu as une fille de quinze ans ? Je rêve, non ?
Tu as bien compris, Élodie. Et ce nest pas tout.
Elle resta pétrifiée, incapable de trouver ses mots.
Elle va vivre chez nous. Dès la semaine prochaine. Il ny a rien à débattre, cest décidé.
Donc tu ne me demandes même pas mon avis. Tu mimposes ça. Si je refuse, je dois faire mes valises, cest ça ?
Ne sois pas dramatique, Élodie. Je ne veux pas me séparer. Mais les choses sont ainsi, souffla Philippe, la voix lasse.
Très bien. Si cest tout ce que tu as à dire, je pars. Ma pause déjeuner est déjà bien entamée, lança Élodie, glaciale.
Pars si tu veux, répondit Philippe sans détourner les yeux du boulevard.
Élodie quitta le cabinet, tentant de contenir sa douleur sourde. Sa tête bourdonnait.
Madame Élodie Martel, ça va ? Vous voulez un verre deau ? demanda la secrétaire, inquiète.
Non merci, appela-moi un taxi, je ne peux pas prendre la voiture, répondit-elle, sèche.
Dans cinq minutes, un taxi vous attendra à langle de la rue de Rivoli, annonça la jeune femme.
Merci, répondit Élodie en pénétrant dans lascenseur, laissant finalement couler ses larmes.
Elle composa un numéro rapide.
Camille, je ne viendrai pas au cabinet aujourdhui. Décale tous mes rendez-vous, gère comme tu veux.
Vingt minutes plus tard, elle se retrouvait devant la grande porte de limmeuble de sa belle-mère.
Françoise, tu savais que Philippe avait une fille dune autre femme ? lança-t-elle durement.
La vieille dame soupira, hochant la tête.
Oui. Je lai rencontrée à ses onze ans. Tu te souviens de mon hospitalisation ? Philippe avait tellement eu peur ce jour-là quil a jugé bon que je sois au courant pour ma petite-fille.
Tu dis ma petite-fille ? Eh bien, bravo ! ironisa Élodie amèrement.
Que veux-tu que je fasse ? Rejeter cette enfant ? répondit calmement Françoise. Si javais su il y a quinze ans, je laurais empêché, mais cette jeune fille existe. Cest le sang de Philippe.
Élodie la fixa, déchirée.
Pourquoi tu mas caché ça ?
Je voulais téviter la souffrance que tu ressens en ce moment, confia Françoise, compatissante.
Élodie fondit en larmes et se réfugia dans ses bras.
Ça ira, ma grande. Tu es solide.
Je ne dois rien à personne ! semporta alors Élodie. Il a rédigé un autre roman et on attend de moi que je pardonne et accueille tout ça ?
Parle à Philippe, apprends tout, conseilla doucement sa belle-mère.
Pour linstant, je narrive même pas à lui faire face.
La semaine passa. Il ny eut pas un mot échangé. Un matin, Philippe ramena la jeune fille à la maison.
Entre, ma chérie, voici lappartement où tu vas vivre maintenant. Je te présente Élodie Martel, ta deuxième maman.
Élodie serra les dents, prenant sur elle pour esquisser un sourire.
Enchantée.
Ladolescente la fixa avec ses grands yeux clairs le même regard que son père.
Moi aussi. Jespère quon sentendra bien.
Madeleine était une jeune fille respectueuse et vive. En quelques semaines, Élodie saccommoda à sa présence. Mais impossible de pardonner à Philippe.
Peu après, Élodie demanda le divorce. Françoise la soutint.
Jaurais agi comme toi, admit-elle.
Madeleine fut bouleversée. Élodie décida de lui parler.
Madeleine, écoute, il faut quon discute
La jeune fille éclata en sanglots.
Maman, ne pars pas. Je taime.
Élodie la serra longuement contre elle.
Moi aussi, ma chérie.
Le lendemain, elle rentra dans la chambre de Madeleine.
Debout ! On va prendre un petit-déjeuner dehors et faire une promenade.
Où on va ?
Cest une surprise.
Vingt minutes plus tard, elles marchaient côte à côte dans la rue.
On va où ?
Élodie sarrêta et lui sourit.
Nous allons déposer des fleurs à ta mère, pour la remercier.
Madeleine la serra de toutes ses forces.
Aujourdhui, jai compris que malgré le chaos, lamour et la tendresse restent la seule boussole. On peut choisir de ne pas tout accepter, mais jamais de nier linnocence dun enfant.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

4 × three =