Je te préviens une dernière fois : si tu ne changes pas la salle de réception, j’annule le mariage –…

Dernier avertissement, si tu ne changes pas la salle de réception, jannule le mariage ! Il restait à peine deux semaines avant le grand jour et Camille tenait les invitations en main, indécise à lidée de les signer
Mais enfin, quest-ce qui te prend encore, Camille ? demanda son fiancé, François, dun ton dépité.
Jai un mauvais pressentiment !
Cest normal, répondit François avec un sourire encourageant, on ne se marie pas tous les jours. Cest le trac, ça passera. Tout ira bien, je te le promets !
Comment peux-tu promettre ce que tu ne maîtrises pas ? Tu pourrais au moins essayer de me comprendre ! Comment on va faire dans la vie si déjà tu refuses de céder sur quoi que ce soit ?!
On nest pas Rothschild, ma chère On ne roule pas sur lor. Jai déjà versé un acompte pour la salle et le traiteur. Si on annule, on ne reverra jamais ces euros-là !
Les sous, cest pas le pire, François. Faut que tu me fasses confiance.
Désolé, mais je ne peux pas me laisser embobiner par nimporte quelle histoire… Franchement, le maximum quil puisse arriver, cest quon fasse une croix sur notre voyage de noces ! Tu veux bien mexpliquer ce qui se passe ?
Bon, daccord. Mais promets-moi de ne pas rire. Si tu ny crois pas, tant pis, mais écoute-moi au moins jusquau bout.
Je te promets, assura-t-il.
Voilà : une nouvelle collègue, Mireille, est arrivée au travail. Aux premiers abords, elle est bizarre silencieuse, toujours habillée en noir, genre film dauteur des années 60. Et lautre jour, elle maborde en me disant :
Un salut de la part de ta grand-mère, Léontine.
Heiiin ? Je suis restée bouche bée : mamie Léontine, ça fait trois ans quelle tricote les nuages là-haut !
Tu veux que je te dise ce quelle voudrait te faire savoir ?… Mais après le boulot.
Jai accepté. Voilà ce quelle ma raconté :
Ça remonte à un bail. On venait dinaugurer un restaurant flambant neuf, avec une salle de réception à Lyon.
Paul, chauffeur sur le chantier, gagnait plutôt bien sa vie. Il a proposé à sa fiancée, Odette, dy organiser leur mariage. Elle, fille de la campagne, famille modeste, navait jamais mis les pieds dans un resto chic. Cétait loccasion de jeter des paillettes dans les yeux de la famille et de marquer le coup.
Le jour J, Odette rayonnait dans sa robe blanche et son voile à rendre jalouse Catherine Deneuve. Paul avait des allures dacteur, la moustache comprise.
Après la mairie, le cortège et les invités ont pris dassaut la salle. Tout le monde bouche bée devant le décor, sauf une mamie dans un coin qui secouait la tête :
Des fleurs en plastique à une noce, cest pas naturel, ma pauvre fille…
Personne na tilté, à lépoque, tout était synthétique : vaisselle, nappes, même les nappes étaient en polyester. Lindustrie chimique avait la cote.
Mais les invités avaient bel et bien apporté des fleurs fraîches, installées fièrement devant les mariés.
En plein bal, Paul et Odette partent pour un slow. À leur retour, stupeur : le bouquet de roses devant eux, flétri comme un soufflé raté.
Les serveurs embarquent les fleurs au compost et la fête continue. Mais Odette, tout à coup, se pâme et tombe dans les pommes. On ouvre grand les fenêtres : peut-être un manque dair ? Mais elle revient aussi verte quun haricot. Les chuchotements fusent :
Elle est enceinte, chuchote-t-on.
Lessentiel, cest quelle ne soit pas malade une grossesse, ça passe ! rigolent dautres.
Jai vu une tache rouge sur la robe ! balance un cousin.
Mais en y regardant mieux, rien, pas la moindre trace.
Puis une rumeur court : quelquun a vu une femme étrange, toute en noir, rôder près de la porte. On la cherché, jamais retrouvée.
Et la nuit de noces ? Pire quun film dhorreur. Impossible de consommer le mariage, une présence invisible semblait partager la chambre. Bruit de pas, chuchotements, pas moyen de fermer lœil. Paul avait limpression de se faire dévisager par une entité de lau-delà.
Le lendemain, cétait la panique. À lépoque, pas de voyage de noces à Bali direct retour au boulot. Sauf que Paul na pas tenu jusquau week-end : accident de voiture, il sest tué sur la nationale. Route impeccable, météo au top, Paul conduisait bien Un mystère.
Odette, elle, sest éteinte à petit feu. Un an plus tard, elle a disparu volatilisée.
Charmant ton conte de la crypte, observa François. Mais franchement, où est le rapport avec nous ?
Le rapport ? sanglota Camille, cest que la salle quon a réservée, cest celle-là même où sest déroulé ce drame !
Tu ne vas pas me dire que parce quun couple a eu la scoumoune il y a quarante ans, on va finir en légende urbaine nous aussi ?
On raconte que le restaurant se trouve sur un ancien cimetière ! La salle est pile à lendroit où aurait été la tombe de la mariée, suicidée quelques jours après la cérémonie. Elle a découvert son mari au lit avec la serveuse, paraît-il. Depuis, on dit que son âme tourmentée se venge : le marié meurt juste après la noce et la mariée lannée suivante.
Tu ne vas pas tomber dans ces histoires à dormir debout !
Je ninvente rien ! Cest mamie Léontine qui ma envoyé lavertissement direct de là-haut. On ne sait jamais, François, imagine que ça tombe sur nous !
Bon, assez, les histoires de superstitions. Si tu refuses de mépouser, je demanderai la main dÉlodie ! (Élodie, la meilleure amie de Camille.)
Signe les invitations, sinon promesse tenue !
Un peu secouée (et très vexée par le chantage dÉlodie, la traîtresse), Camille renonça finalement au mariage.
François, lui, ne plaisantait pas : il épousa Élodie, fidèle à sa menace.
Moins dune semaine après, la prophétie, aussi absurde soit-elle, se réalisa : François se tua dans un accident de scooter, problème de freins.
Ébranlée, Camille eut soudain très peur pour Élodie, même si elle en voulait toujours à son ex-amie. Elle voulut revoir Mireille, la collègue mystérieuse, pour savoir comment sauver Élodie avant que lannée sachève. Trop tard Mireille avait disparu sans laisser dadresse, comme Mary Poppins made in Bourgogne.
On raconte que lhistoire terrible de ce mariage maudit a eu lieu dans les années 70. Jamais trouvé la moindre preuve à lépoque, on enterrait ce genre dhistoires avec les petits fours.
Mais dans le quartier, tout le monde connaît la légende Mais, certains soirs, quand Camille passe devant le vieux restaurant fermé fenêtres noircies, panneaux À vendre couverts de mousse , elle croit entrevoir, par le reflet dun lampadaire jaune, une silhouette femme en robe de mariée, pâle comme le clair de lune, effleurant la vitre embuée. Un souffle glacé sur sa nuque, le vague parfum de roses fanées, puis plus rien.

Alors, elle accélère le pas, serre dans sa poche lalliance jamais offerte, et pense à François et Élodie. La vengeance des cœurs trahis, la mémoire des lieux Personne ne saura jamais si la malédiction du bal dOdette était réelle où si le destin se nourrit seulement de nos peurs les plus profondes.

Camille, elle, regarde derrière elle et jure, chaque année, de ne jamais fixer sa vie sur les ruines du passé. Car on ne marie pas impunément les vivants et les fantômes.

Et sil faut raconter cette histoire aux générations futures, quelle le fasse : non pour effrayer, mais pour rappeler quil y a des invitations quon ferait mieux de ne jamais signer.

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Je te préviens une dernière fois : si tu ne changes pas la salle de réception, j’annule le mariage –…
Antoinette Perrault marchait sous la pluie en pleurant, les larmes se mêlant aux gouttes d’eau. « Au moins, il pleut ! Personne ne verra mes larmes », pensait-elle. Elle se reprochait d’être venue à l’improviste, une invitée non désirée. Elle avançait en pleurant, puis riait en repensant à cette vieille blague où le gendre dit à sa belle-mère : « Alors, maman, vous ne prendrez même pas un thé ? » Et voilà, elle était à présent dans la peau de cette « maman ». Elle pleurait et riait, et lorsqu’elle rentra chez elle, elle ôta ses vêtements mouillés, s’enroula dans un plaid et pleura sans se retenir. Personne à qui parler, sauf son petit poisson rouge dans son aquarium ! Personne ! Antoinette avait toujours eu du succès auprès des hommes, mais avec le père de son fils Nicolas, rien n’avait marché. Il buvait trop. Au début, ce n’était pas grave, il buvait puis dormait, mais ensuite il était devenu jaloux de tout le monde : un inconnu dans la rue, le boucher, le voisin, même un vieux monsieur avec une canne. Un jour, il l’a battue devant leur fils Nicolas. Le petit a tout raconté à ses grands-parents, la mère d’Antoinette a pleuré : « Je n’ai pas élevé ma fille pour qu’un ivrogne la frappe ». Son père, furieux, a chassé le gendre, qui est immédiatement devenu ex-beau-fils et s’est cassé le bras dans l’escalier. Il a menacé : « Si tu t’approches encore de ma fille, c’est la prison, mais tu ne la feras plus souffrir ! » Et le mari a vraiment disparu, et Antoinette n’a jamais voulu se remarier : il fallait élever Nicolas. Elle a travaillé dans la restauration, économisé pour un appartement, organisé la belle fête de mariage de son fils avec la douce Anaïs, puis a donné l’appartement aux jeunes mariés. Aujourd’hui, elle met de l’argent de côté pour que les enfants aient une meilleure voiture. Elle n’avait même pas prévu de leur rendre visite ce jour-là, mais un orage l’a surprise près de leur maison, sans parapluie. Elle a voulu se réfugier un moment, partager un thé avec Anaïs. Mais sa belle-fille, surprise de la voir à la porte, ne l’a même pas invitée à entrer : « Vous voulez quelque chose ? Le pluie est finie, vous pouvez rentrer à pied. » Mortifiée et en larmes, Antoinette est sortie sous la pluie. Plus tard, elle a rêvé de son poisson rouge, devenu grand et qui lui disait de ne plus se sacrifier : « Tu n’as même pas eu droit à un thé aujourd’hui ! Tu vas continuer à économiser pour eux toute ta vie ? Vis pour toi ! Pars en voyage ! » Elle s’est réveillée en sachant qu’elle devait arrêter de se sacrifier pour des ingrats. Elle a pris l’argent destiné à la voiture des enfants, s’est offert un voyage au bord de la mer, et est revenue épanouie et bronzée. Son fils et sa belle-fille n’ont rien su, ils ne venaient que pour demander de l’argent ou la garde de leur enfant. Antoinette a cessé de fuir les hommes et a commencé une belle relation avec le directeur du restaurant où elle travaille, un homme élégant qui l’appréciait déjà. Sa vie a changé. Un jour, Anaïs est venue : « Pourquoi ne venez-vous plus nous voir ? Nicolas a trouvé une voiture ! » Antoinette a croisé les bras et demandé : « Tu voulais quelque chose, Anaïs ? » À ce moment, son compagnon est apparu : « Toinette, on prend le thé ? » — « Allons-y ! » sourit Antoinette. — « Invite la visiteuse ! » proposa-t-il. — « Non, Anaïs s’en va. Elle ne boit pas de thé, n’est-ce pas Anaïs ?! » Antoinette referma la porte et, en riant, fit un clin d’œil à son poisson rouge. Voilà c’est comme ça !