À peine rentrée chez moi, ma voisine m’interpelle : « Il y a tous les jours un homme qui hurle dans …

À peine rentrée à mon appartement, ma voisine, lair étrangement troublé, ma lancé : « Dis donc, chez toi, il y a un homme qui crie chaque jour, on nen peut plus dans limmeuble ! » Comment cela serait-il possible, alors que je vis seule ?

Le lendemain, ballottée par linsomnie et langoisse, je choisis de ne pas aller au bureau. Je me faufile sous mon lit, le cœur hérissé de questions. À 11h20 précises, un inconnu tourne la clé dans ma serrure ce qu’il fit ensuite a glacé mes pensées.

Ma voisine mattendait déjà sur le palier quand je suis revenue à la mi-journée.
Excusez-moi, mais il y a un boucan monstre chez vous vers midi. On dirait quun homme se chamaille avec les murs, me lança-t-elle.
Interdite, jai bredouillé :
Mais je ne comprends pas. Personne ne vient jamais ici, je suis seule et au travail toute la journée.
Elle hocha vivement la tête :
Je lai entendu à plusieurs reprises ! Chaque fois autour de midi, une voix dhomme Jai toqué, personne.
Jai esquissé un sourire, prétexté un poste de radio resté allumé Mais ses mots bourgeonnaient sous mon crâne.

Lappartement sentait le silence crispé. Jai fait le tour, tout dormait dans lordre, rien douvert ni de déplacé et pourtant, une inquiétude sinstallait dans mes fibres comme un brouillard.

La nuit fut longue, blottie dans la chaleur fade de mes draps.
Au matin, jai tranché : je simulai une grippe au travail, sortis à 7h45 de limmeuble bien en vue, mis ma voiture en marche, fis le tour du pâté de maisons et revins me glisser par la porte de service, pieds nus sur la mosaïque froide. Rapidement, je rampai sous le lit, laissant pendre la couverture, dans lombre épaisse dune cachette précaire.

Le temps étira sa toile daraignée. Mon esprit vaguait quand, à 11h20, jai perçu la clé qui raclait, la porte qui souvrait.
Des pas résonnèrent dans le couloir, habitués, sûrs deux, familiers jusque dans le rythme.
Ils entrèrent dans la chambre.

Puis, une voix dhomme grave, excédée :
Tu as encore tout laissé en bazar
Il prononça mon prénom, distinctement.

Ce timbre, si connu, me gifla la mémoire. Mon angoisse devint étrangeté. Était-ce possible ? Qui était ce visiteur spectral ?

Ce fut plus tard, après que tout fut révélé, que la vérité, insidieuse, mapparut.

Le propriétaire de lappartement venait chaque jour, dès que je partais. Ses propres clés, mon emploi du temps quil connaissait sur le bout des doigts jen avais parlé, naïvement, lors de nos petits échanges, sans méfiance.

Il nentrait pas pour voler. Non, il habitait les lieux.
Il posait ses chaussures dans lentrée, sasseyait dans MON canapé, regardait la télévision, grignotait dans MON réfrigérateur, se lavait dans MA salle de bain, sallongeait parfois sur MON lit.
Il savait où tout se trouvait il avait tout choisi, jadis, pour lagencement de la location. Ce lieu, pour lui, nétait jamais devenu « mon » espace, mais restait « chez lui ».

Chaque fois que je rentrais, toujours la même phrase flottait dans mes souvenirs, obsessionnelle : « Dis donc, chez toi, il y a un homme qui crie chaque jour, on nen peut plus dans limmeuble ! » Comment pourtant, alors que je vivais seule ?

Il se pensait dans ses droits.
Il parlait à voix haute parfois, commentait mon désordre, mes petites manies, les vêtements sur la chaise, pestait contre la mauvaise tenue de lappartement ses paroles fusaient comme une rengaine, traversant les cloisons jusquaux voisins.

Il savait mon prénom, mes habitudes. Cela lui semblait normal : je ne devais pas revenir avant le soir.

Mais il naurait jamais songé que cétait moi qui lentendrais la première.

Lorsque les policiers lont emmené, il naffichait que la stupeur sincère de qui ne voit pas le mal. Il disait que cétait « son » appartement, « ses » clés, et juste un contrôle de routine, pour voir si « tout allait bien ».

Depuis, je nai plus jamais emménagé quelque part sans faire changer les serrures le jour même.

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À peine rentrée chez moi, ma voisine m’interpelle : « Il y a tous les jours un homme qui hurle dans …
Gravé dans ma mémoire pour toute la vie