Journal intime 18 juin
Quand jai épousé Paul, je savais quil avait une fille de son premier mariage. Lex-femme de Paul, Sandrine, a quitté la petite il y a six ans elle a préparé ses valises et est partie sinstaller à Lyon avec un nouvel amoureux, repartant à zéro. Depuis, elle a eu deux autres enfants, pense à sa fille aînée uniquement deux fois par mois lors dappels vidéo et nenvoie des cadeaux quaux anniversaires. Je vois à quel point la petite souffre du manque de sa mère, je la surprends souvent à fixer son téléphone, espérant entendre : « Viens vivre avec moi. » Mais Sandrine ne la jamais invitée, na jamais fait le déplacement. Elle a tout simplement rayé sa fille de son existence.
Au début, Louise vivait chez sa grand-mère la mère de Paul, Madame Dufour. Mais très vite, la fatigue a pris le dessus, elle nen pouvait plus des caprices, des histoires à lécole, des crises. Alors elle a « rendu » sa petite-fille à Paul. Il la ramenée à la maison, ma regardée dun air grave et ma murmuré : « Louise va rester avec nous. Pour toujours. »
Jai vraiment essayé dêtre une bonne belle-mère. Jai acheté des vêtements, cuisiné ses plats préférés, je lai accompagnée à lécole, jai tenté douvrir le dialogue. Je voulais tisser des liens. Mais Louise sest refermée sur elle-même. Comme si un mur invisible sétait dressé entre nous, et elle ne cherche pas à le franchir. Non seulement elle mignore, mais elle fait exprès de montrer quelle ne veut aucune place pour moi dans son monde.
Trois ans ont passé. Louise a maintenant douze ans et elle vit toujours ici, menant la maison à son rythme, comme si elle était chez elle, pas chez nous. Chaque soir, elle se plaint à son père : « Tata Camille ma forcée à ranger ma chambre », « Tata Camille na pas acheté ce que je voulais. » Ensuite, Madame Dufour appelle pour me critiquer, elle dit que « je ne donne pas assez dattention » et, vu que je suis enceinte, « ce serait bien que japprenne à être mère. » Mais elle-même ne veut jamais garder Louise, même pas une heure, quand jai besoin daller chez le médecin ou au travail.
Je suis épuisée. Je travaille, je fais tourner la maison, je prépare le dîner, et je porte un enfant. Paul, même sil ne prend pas le parti de sa fille, me demande toujours de rester patiente. Mais je ny arrive plus. Louise est devenue un vrai fardeau. Elle est négligente, insolente, ingrate, nécoute rien et nest jamais satisfaite. Ce nest pas ma fille, et je nessaie même plus de me mentir là-dessus.
Parfois, le soir, seule dans la cuisine, je me dis : « Si seulement javais refusé quelle vienne Si seulement javais insisté » Mais il est trop tard. Je ne peux pas quitter mon mari nous allons avoir un enfant ensemble. Et, aussi égoïste que cela puisse paraître, je rêve de plus en plus que sa fille demande à retourner chez sa grand-mère. Quelle dise : « Je préfère vivre chez mamie. » Je ne supplierai pas. Je ne verserai pas de larmes.
Je veux juste être en paix. Sans reproches, sans guerre pour lespace dans cette maison. Je veux que mon fils grandisse dans lamour et lharmonie, pas dans la dispute constante. Peut-être que cest la seule façon de sauver ma famille et de ne pas moublier en chemin.







