Merci, maman – Romain se leva de table en s’étirant. – Je vais sortir faire un tour en voiture. Ne t’inquiète pas, je ferai attention, il n’y a presque plus de circulation le soir. — Depuis que tu as acheté ta voiture, tu ne penses plus qu’à elle ! Tu ferais mieux de songer à te marier ! — Oh maman, ne recommence pas… — Romain s’approcha de sa mère et l’embrassa. — Tu sais combien j’ai rêvé d’avoir ma propre voiture. Laisse-moi encore en profiter un peu, après je songerai à fonder une famille. Promis. — D’accord… Mais tu as presque trente ans, et tu joues encore avec tes petites voitures — soupira-t-elle en lui caressant les cheveux. — Allez, file. Romain descendit de l’immeuble, rejoignit sa voiture et essuya les flocons du pare-brise. Permis en poche depuis longtemps, il avait grandi en conduisant l’ancienne voiture familiale. Mais jamais il n’avait savouré à ce point cette sensation de liberté qu’offre une voiture à soi. Chaque soir, il roulait dans Paris, sillonnant parfois le périphérique. Quand il croisait quelqu’un au bord de la route, il le conduisait gratuitement, sans discuter. Un soir d’hiver, la ville étincelait sous la neige. C’est là qu’il aperçut une jeune femme et son fils, et leur proposa de les déposer. Le petit garçon, curieux, se pencha : — Elle est puissante, votre voiture ? — Je ne m’y suis pas trop intéressé ; je voulais surtout qu’elle soit belle et confortable, répondit Romain, amusé par le ton connaisseur du petit, Slava, tandis que sa mère, Anastasie, réprimandait gentiment son fils. Ce soir-là, dans la chaleur feutrée de l’habitacle, entre éclats de rires et regards timides, quelque chose changea irrémédiablement dans le cœur de Romain. Dans le Paris illuminé, un mois avant Noël, une rencontre imprévue — entre un homme qui n’osait plus croire à l’amour, une maman fatiguée, et un petit garçon déjà méfiant — allait bouleverser quatre vies… Et quand, lors de la nuit du Nouvel An, le hasard (ou le destin ?) fit se retrouver ce trio autour de la table de la maman de Romain, il comprit que parfois, les miracles existent pour ceux qui osent croire en la magie d’un simple trajet en voiture. NOUVEL AN À PARIS : Quand une balade nocturne, un jeune homme aux rêves d’enfant, et une mère avec son fils transforment une rencontre ordinaire en miracle, liant à jamais quatre destins sous les lumières parisiennes…

Merci, maman, dis-je en me levant de table et en métirant. Je vais faire un petit tour en voiture. Ne tinquiète pas, je ferai attention, il y a très peu de monde sur la route le soir.

Depuis que tu as acheté ta voiture, on ne te voit plus sans elle. Il serait temps pour toi de songer à te marier !

Maman, sil te plaît, je mapprochai delle pour lembrasser. Tu sais bien que jai rêvé toute ma vie davoir ma propre voiture. Laisse-moi en profiter encore un peu, et ensuite je réfléchirai à ma vie de famille. Je te le promets.

Daccord. Presque trente ans, et tu joues encore avec tes jouets, elle me caressa les cheveux. Va, je te laisse.

Je descendis de limmeuble, mapprochai de ma Peugeot et essuyai les flocons de neige du pare-brise.

Javais obtenu le permis il y a longtemps déjà ; mon père mavait laissé conduire leur vieille Renault, alors javais de lexpérience. Mais posséder MA voiture, la découvrir chaque soir, en profiter je ne men lassais pas.

Javais économisé longtemps, comparé de nombreux modèles. À présent, je faisais de longues balades chaque soir dans les rues de Lyon, parfois jusquaux abords des routes départementales. Lorsque quelquun faisait du stop, je marrêtais et je refusais toujours quon me paie.

Je pris enfin le volant, tournai la clé, appréciant le grondement du moteur. Puis jaugmentai le volume de la radio et sortis lentement de la cour.

La neige brillait sous les phares, épaisse et fraîche. Cet hiver sétait abattu dun coup, et en quelques jours Lyon était tapissée de blanc.

Je roulais dans les rues sans but précis. Sur lavenue Berthelot, japerçus une femme avec un enfant.

Je baissai le son de la radio, marrêtai et baissai la vitre côté passager.

Vous pourriez nous déposer jusquà la rue des Artisans ? demanda la femme en se penchant.

Elle était belle et jeune.

Montez, fis-je en lui désignant le siège à côté de moi.

Combien ça va coûter ? Cest loin tout de même, demanda-t-elle, hésitante.

Ne vous en faites pas. Je ne prends pas dargent aux jolies dames.

Voyant quelle se méfiait, je mempressai de la rassurer.

Disons cinq euros, si ça vous va, ris-je. Montez !

La femme ouvrit la porte arrière, fit monter devant son fils denviron cinq ans, puis sinstalla à côté de moi. Je repris la route.

Tu as combien de chevaux sous le capot ? demanda le garçon, assis derrière moi.

Des chevaux ? Hmm… je ne sais plus vraiment.

Tu ne sais pas ?! sétonna-t-il.

Eh bien, tu sais, quand jai choisi la voiture, je voulais quelle me plaise et quon y soit bien. Je me moquais un peu de la puissance Tu ty connais toi ? lui répondis-je sur un ton sérieux.

Oui, bien sûr ! répondit-il dun ton important.

Comment tappelles-tu, petit expert ? ris-je.

Rémi. Et toi ?

Moi, cest Luc. Désolé, je ne peux pas te serrer la main pendant que je conduis.

La discussion mamusait.

Ça suffit, Rémi, laisse le monsieur tranquille, intervint la mère.

Laissez-le parler. Il est mignon, votre fils, dis-je en croisant le regard de la jeune femme dans le rétroviseur.

Une chaleur joyeuse envahit ma poitrine.

Lyon scintillait de vitrines et de lampadaires. Encore un mois avant Noël, et toute la ville vibrait déjà dune atmosphère de fête.

Arrêtez-vous près de cet immeuble, dit la femme depuis larrière.

Je vous dépose vraiment à lentrée ? demandai-je, mais elle détourna son regard.

Je laissai la voiture au début dun long immeuble de neuf étages.

La mère descendit, tenant la porte, attendant que son fils sorte.

Rémi, dépêche-toi, pressa-t-elle.

Tu viendras me chercher demain ? supplia le garçon.

Je reviens dimanche, promis. Allez, sors, dit-elle.

Rémi avança à pas traînants. Je sortis pour les saluer.

Tenez, la femme me tendit un billet de cinq euros.

Je le pris, le pliai, et le mis dans la poche de ma veste.

Je vais le garder comme porte-bonheur, fis-je sérieusement, tout en serrant la petite main chaude de Rémi. Salut, champion !

Salut ! glissa-t-il timidement, puis partit avec sa mère.

Après quelques pas, Rémi se retourna. Je lui fis signe de la main.

Et là, je vis en face, un homme venait à leur rencontre, probablement depuis lune des voitures du parking.

Il embrassa la mère de Rémi, puis tendit la main à lenfant. Mais Rémi détourna brusquement la tête.

Sa mère a un nouveau compagnon et le petit naccepte pas. Cette pensée mapaisa un peu

Je remontai dans la voiture, augmentai le volume de la radio, alors quun parfum subtil flottait encore dans lhabitacle.

Machinalement, je jetai un œil dans le rétroviseur, comme pour vérifier que la jeune femme était encore sur la banquette arrière.

Mais non il ny avait plus personne.

La balade perdit son attrait. Subitement, la musique magaçait ; je changeai de station.

Je narrivais pas à chasser de mon esprit limage de son visage. Simple, douce pourquoi me touchait-elle autant ?

Il y a quelques années, javais aimé éperdument une femme plus âgée que moi et déjà mère dune grande fille, Hélène. Je lui avais demandé de mépouser, lavais présentée à maman.

Elle est plus âgée, elle a une fille Tu es jeune et séduisant, tu pourrais trouver quelquun de plus dans tes âges ! Ne fais pas une erreur, mon fils mavait supplié ma mère le soir où Hélène est partie.

Ensuite maman sétait longtemps sentie coupable davoir brisé mon bonheur. Et, en effet, je ne trouvais goût chez aucune autre, pourtant plusieurs jeunes femmes me courtisaient.

Mais mon cœur navait jamais vibré comme pour Hélène. Son ex-mari était revenu et elle lui avait pardonné.

Et aujourdhui

Je repassais souvent dans la rue où javais déposé Rémi et sa mère. Je longeais limmeuble, espérant les revoir.

Mais jamais Je continuais de penser à cette rencontre fortuite. Je savais ladresse, jaurais pu demander à qui appartenait le garçon, la grand-mère, mais Pourquoi ? Peut-être quelle était heureuse avec cet homme, finalement.

Je roulais dans toute la ville, cherchant au hasard cette jeune femme, espérant un jour la recroiser

Puis vinrent les jours qui précèdent le Nouvel An. Maman saffairait en cuisine, le sapin décoré attendait près de la fenêtre.

Je dormis tard, aidai maman à préparer les salades, sortis la vaisselle des fêtes des placards. Mais à la nuit tombée, une irrésistible envie me poussa dehors.

Maman, il neige, cest un vrai conte de fées dehors ! Je vais rouler un peu, sinon je vais mendormir avant le réveillon.

Où veux-tu encore aller ? sinquiéta-t-elle. Il ne reste plus que trois heures

Je ne serai pas long, je promets. Rassure-toi, dis-je, attrapant mon manteau.

La voiture était recouverte dune épaisse couche de neige. Je minstallai, allumai le chauffage. Lyon sommeillait déjà ; seuls quelques passants pressés sempressaient vers leur table de fête.

Partout, des lumières dans les appartements, les gens finissaient les derniers préparatifs pour le grand soir.

Un grand monsieur faisait du stop sur le trottoir, emmitouflé dans un manteau entrouvert. Je marrêtai. Il grimpa à larrière, essoufflé.

Le sac quil portait fit cliqueter des bouteilles. À larrivée, il me tendit un billet de vingt euros, alors que le trajet avait été court.

On devient généreux à Noël Cest le tarif de la fête souris-je en acceptant largent.

Jembarquai ensuite un couple qui se disputait tout du long. Cette fois, je refusai leur argent.

Heureux, nen revenant pas, ils me remercièrent et partirent bras dessus, bras dessous.

Je pris ensuite la petite rue tranquille où javais rencontré Rémi et sa mère pour la première fois. Je regardai les fenêtres, pensant que derrière lune delles, elle célébrait le réveillon avec son fils et un autre

Jempruntai inconsciemment le chemin de limmeuble de la grand-mère de Rémi.

Et soudain, je les vis ! Ils avançaient sur le trottoir.

Je la reconnus de loin à son manteau beige et à son bonnet blanc à pompon.

À côté, Rémi marchait tristement, son regard baissé. Mon cœur bondit.

Je me garai brusquement et descendis. Ils sarrêtèrent, hésitants.

Ils ne se souviennent pas de moi pensai-je en moi-même.

Montez, je vous emmène où vous voulez. Ce soir, tarif spécial réveillon : cest gratuit, lançai-je jovialement.

Ils approchèrent. Je tendis la main à Rémi.

Salut, Rémi.

Il regarda sa mère, puis posa enfin sa petite main dans la mienne.

Tu as oublié tes gants ? Allez, installez-vous.

Mère et fils prirent place à larrière.

Vous ne vous souvenez pas de moi ? Je vous avais déposés ici il y a un mois, dis-je à la femme en regardant dans le rétroviseur.

Ses yeux étaient rouges, brillants de larmes.

Où dois-je vous conduire ?

À la gare, répondit-elle.

Ce soir, Rémi était silencieux.

Il reste moins dune heure avant le Nouvel An. Nallez pas à la gare, cest absurde. Je sais pas ce qui est arrivé mais ce nest pas une nuit pour pleurer, nest-ce pas Rémi ? lui demandai-je.

On est venus voir Mamie, puis elles se sont disputées avec maman souffla-t-il doucement.

Rémi ! larrêta sa mère.

Ça arrive Attendez. On ne va nulle part. Pensons à ton fils. Il a froid. Offrez-lui un réveillon, sil vous plaît

Que vous importe mon fils ? Conduisez-nous à la gare, répéta-t-elle.

Ma maman a préparé assez à manger pour nourrir dix personnes, des plats incroyables. On va chez moi, on fête ensemble ! Daccord, Rémi ?

Oui ! sécria-t-il joyeusement. Dis oui, maman, steplait !

Allez, acceptez. Où voulez-vous aller cette nuit ? Ma mère sera ravie. Il faut laisser toutes les peines derrière soi cette année, entrer dans la nouvelle année avec un sourire !

Jaugmentai le volume de la radio.

Cest le destin, non ? Et la même chanson Comme si les miracles nexistaient pas ! pensai-je.

Je garai la voiture devant chez moi.

Allez, vite, on na pas beaucoup de temps ! dis-je.

Génial ! cria Rémi, se précipitant vers limmeuble.

Jouvris la porte de lappartement, clés en main, et criai depuis lentrée :

Maman ! Nous avons des invités ! Et ils meurent de faim !

Un bruit de vaisselle retentit dans la cuisine.

Venez, enlevez vos manteaux, pressai-je. Il ne nous reste que dix minutes !

Ma mère, Françoise Lemarchand, sortit de la cuisine, surprise en voyant les inconnus.

Qui sont-ils, Luc ? balbutia-t-elle.

Jobservai malicieusement la jeune femme.

Voici ma mère, Françoise Lemarchand. Et voici, maman, Rémi et je regardai la jeune femme qui, sans manteau ni bonnet, semblait encore plus fragile, mais dune beauté douce.

Élodie, murmura-t-elle timidement.

Maman, installe donc Rémi et Élodie à table ! dis-je, en leur indiquant le salon.

Quand tout le monde fut assis, jaugmentai le son de la télévision.

Javais prévu une assiette en plus, par habitude dit ma mère, les larmes aux yeux. Je narrive pas à my faire que ton père ne soit plus là

Oh, maman ! Vous allez tous pleurer ce soir ? Allez, goûtons à tes merveilleux plats !

Jouvris une bouteille de crémant, servis tout le monde, me levai. Tous firent de même, même Rémi, tenant fièrement son verre de jus.

Bonne année ! dis-je solennellement, levant mon verre.

Aux nouveaux amis ! cria Rémi, et toute la table éclata de rire

Ce soir-là, quatre personnes, guidées par le destin, se retrouvèrent réunies autour dune table.

Nul ne savait encore que, dès cet instant, leurs destins allaient se mêler à jamais.

Et chacun deux trouva enfin ce quil cherchait…

Ce soir-là, jai compris que le bonheur frappe à la porte quand on sy attend le moins. Parfois, il suffit douvrir et dinviter linconnu à sa table.

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Merci, maman – Romain se leva de table en s’étirant. – Je vais sortir faire un tour en voiture. Ne t’inquiète pas, je ferai attention, il n’y a presque plus de circulation le soir. — Depuis que tu as acheté ta voiture, tu ne penses plus qu’à elle ! Tu ferais mieux de songer à te marier ! — Oh maman, ne recommence pas… — Romain s’approcha de sa mère et l’embrassa. — Tu sais combien j’ai rêvé d’avoir ma propre voiture. Laisse-moi encore en profiter un peu, après je songerai à fonder une famille. Promis. — D’accord… Mais tu as presque trente ans, et tu joues encore avec tes petites voitures — soupira-t-elle en lui caressant les cheveux. — Allez, file. Romain descendit de l’immeuble, rejoignit sa voiture et essuya les flocons du pare-brise. Permis en poche depuis longtemps, il avait grandi en conduisant l’ancienne voiture familiale. Mais jamais il n’avait savouré à ce point cette sensation de liberté qu’offre une voiture à soi. Chaque soir, il roulait dans Paris, sillonnant parfois le périphérique. Quand il croisait quelqu’un au bord de la route, il le conduisait gratuitement, sans discuter. Un soir d’hiver, la ville étincelait sous la neige. C’est là qu’il aperçut une jeune femme et son fils, et leur proposa de les déposer. Le petit garçon, curieux, se pencha : — Elle est puissante, votre voiture ? — Je ne m’y suis pas trop intéressé ; je voulais surtout qu’elle soit belle et confortable, répondit Romain, amusé par le ton connaisseur du petit, Slava, tandis que sa mère, Anastasie, réprimandait gentiment son fils. Ce soir-là, dans la chaleur feutrée de l’habitacle, entre éclats de rires et regards timides, quelque chose changea irrémédiablement dans le cœur de Romain. Dans le Paris illuminé, un mois avant Noël, une rencontre imprévue — entre un homme qui n’osait plus croire à l’amour, une maman fatiguée, et un petit garçon déjà méfiant — allait bouleverser quatre vies… Et quand, lors de la nuit du Nouvel An, le hasard (ou le destin ?) fit se retrouver ce trio autour de la table de la maman de Romain, il comprit que parfois, les miracles existent pour ceux qui osent croire en la magie d’un simple trajet en voiture. NOUVEL AN À PARIS : Quand une balade nocturne, un jeune homme aux rêves d’enfant, et une mère avec son fils transforment une rencontre ordinaire en miracle, liant à jamais quatre destins sous les lumières parisiennes…
Mon beau-père pensait que nous continuerions à le soutenir.