— Mais pour qui tu te prends, Ludivine ! — s’esclaffa Serge. — Tu crois vraiment qu’une beauté pareille va susciter l’intérêt de quelqu’un ? Franchement, Ludivine, tu n’es plus aussi jolie qu’avant, tu as pris du poids ! Et puis, tu te rends bien compte que le fait d’avoir deux enfants ne joue pas en ta faveur, non ? Alors reste tranquille, Ludivine, et ne fais pas de vagues ! Je me suis amusé, et alors ? Pourquoi voudrais-tu que je ne sorte pas ? Dis-moi, Ludivine, hein ? Tu te tais parce que tu sais que c’est ta faute ! Tu aurais dû prendre soin de toi, et de ton mari aussi ! Comme ça, je n’aurais pas eu envie d’aller voir ailleurs. C’est compris ? Bon, de toute façon, va me faire des boulettes pour ce soir, ton poulet m’a lassé… Serge déposa sa tasse dans l’évier en quittant la cuisine, mais se retourna sur le seuil pour jeter un regard à sa femme, en pleurs. — Ça suffit de pleurer, Ludivine, prépare donc le dîner ! J’irai moi-même chercher les enfants à l’école maternelle. Serge sortit, et Ludivine s’effondra sur la chaise qu’il venait de quitter. Son âme était envahie d’une profonde tristesse, un grand vide en elle. Elle rêvait de partir loin, très loin… que jamais personne ne la retrouve… Ses pensées furent interrompues par la sonnerie retentissante du téléphone. Ludivine vit s’afficher le nom de sa mère… Elle n’avait aucune envie de répondre, elle savait que sa mère sentirait que quelque chose n’allait pas. Elle comprendrait, mais la rabrouerait encore, estimant que son gendre a raison et sa fille, non. — Ludivine, écoute ton mari ! Bon, il s’accorde quelques écarts, et alors ? Il revient toujours à la maison ! Près de toi et des enfants ! Donc supporte, Ludivine ! Serge, ce n’est pas un mauvais bougre, il rapporte tout à la maison, tu sais. Et puis, il ne s’absente pas tant que ça, c’est important ! Tu veux finir comme moi ? Vivre de fiches de paie en fiches de paie ? Avec un mari coureur et des enfants qui crient toute la journée ? Non, Ludivine ! Ou alors tu veux revenir au village, chez ta pauvre grand-mère ? Là-bas, la vie va vite t’apprendre, crois-moi ! Telle était la rengaine de Nadia, la mère de Ludivine, et sa fille l’écoutait. Écouter, et endurer… Ludivine supportait les tromperies, les disputes, l’irrespect depuis presque cinq ans… Elle avait rencontré Serge pendant ses études au lycée professionnel. Un homme séduisant, sûr de lui : il attirait Ludivine par son sérieux et ses attitudes viriles. Après un an de romance, de fleurs, de cadeaux, Ludivine s’aperçut qu’elle était enceinte, et Serge, en homme « responsable », lui demanda de devenir sa femme. La jeune femme accepta avec joie, et commença alors sa nouvelle vie de famille, bien différente de ce qu’elle avait rêvé… Au début, Ludivine était très faible, et elle ne remarqua pas tout de suite les infidélités de son mari. Lorsqu’elle comprit, il était trop tard : leur petit garçon, Mathieu, était déjà là. Le bébé était très agité, Ludivine dormait à peine quelques heures par nuit. Serge ne l’aidait quasiment jamais, disait qu’un nourrisson, c’est l’affaire d’une femme, et que sa mission à lui était d’assurer les besoins du foyer. Ce qu’il faisait, avec succès. Quand Mathieu eut un an et demi, Ludivine comprit qu’elle attendait un deuxième enfant. Serge dit qu’il fallait le garder, sa mère aussi. Deux enfants, assurait-elle, c’est une garantie que Serge resterait. Mais à partir de là, Ludivine comprit que sa vie de famille n’était pas rose. Serge redevint, pour un temps, celui qu’elle avait aimé à leurs débuts. Il se montrait attentif, aidait avec Mathieu. Elle reprenait espoir… Elle pensa que tout allait aller comme avant, avant le mariage… Puis, quand Lily arriva, Serge recommença à sortir, presque sans se cacher, et il devint brutal, cherchant querelles pour tout et rien. Ludivine était perdue entre ses enfants et son mari, et la situation empirait chaque jour. Ludivine tenta de se tourner vers sa mère, mais elle restait farouchement du côté de son gendre. — Il finira bien par se calmer ! Tu as les enfants ! Ses mots, tout ça, ça ne veut rien dire… Patiente, ma fille, ça passera, — martelait sa mère. Ludivine comprit qu’elle n’aurait aucun soutien de ce côté. Plusieurs fois, elle voulut appeler sa grand-mère, Marina, mais la honte la retenait : elle savait que mamie ne supporterait aucune humiliation de la part d’un homme, à la différence de sa fille Nadia… Voilà pourquoi il y avait si souvent des tensions et des incompréhensions entre Nadia et la grand-mère Marina. Ludivine cachait sa vie à sa grand-mère, de peur de ne pas être comprise. Pourquoi, au fond, avoir tant supporté, encore et toujours ? …Après avoir préparé des boulettes et mis l’eau à chauffer pour les pâtes, le téléphone sonna de nouveau : c’était sa mère. Ludivine jeta un œil à l’écran et rejeta l’appel… — On n’a plus rien à se dire ! pensa la jeune femme, qu’elle continue à défendre ce traître. Elle se leva et jeta un coup d’œil par la fenêtre. Serge aurait déjà dû être rentré de la crèche avec les enfants. Mais ils n’étaient toujours pas là… Puis elle vit Serge et les enfants par la fenêtre. Les petits jouaient sur le square, Serge riait au téléphone, comme si de rien n’était. Comme si la scène cuisante de tout à l’heure n’avait jamais existé. Et là, Ludivine comprit subitement : rien ne changerait, tout empirerait ! Elle repensa à cette conversation ancienne où elle avait demandé à Serge ce qui l’avait d’abord attiré chez elle, simple fille de la campagne. Il avait souri et dit : — Eh bien, Ludivine, sais-tu, ce qu’il y a de bien avec quelqu’un de la campagne, c’est la santé ! À la campagne les filles sont robustes, et c’est important pour fonder une famille. — Si tu veux… — Oui, tu vois, tu es solide et moi aussi, alors nos enfants seront en bonne santé, et c’est très important, tu ne crois pas ? En plus, tu es belle, pas un mannequin bien sûr, mais jolie, c’est encore un plus ! Sur le moment, Ludivine avait trouvé cela étrange, mais elle avait balayé ses doutes. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle comprenait : Serge la voyait surtout comme nounou de ses enfants. Une bonne et robuste nounou… D’ailleurs, il n’arrêtait pas de dire qu’ils auraient autant d’enfants que Dieu le voudrait. Et surtout, une femme soumise, prête à tout endurer, à se taire… La décision devint alors claire comme de l’eau de roche. Sans lâcher la fenêtre des yeux, Ludivine prit son téléphone et composa le numéro de sa grand-mère. Le lendemain, Serge partit travailler, Ludivine sortit avec les enfants, mais ne les déposa pas à la crèche. Dès que Serge fut parti, Ludivine rentra chez eux avec ses petits. Elle appela la crèche pour signaler l’absence de Mathieu et Lily, puis commença à faire ses valises. Elle savait que Serge ne reviendrait pas déjeuner : il mangeait toujours au restaurant près de son boulot. Cela lui laissait de précieuses heures pour exécuter son plan. Quelques heures plus tard, Ludivine et ses enfants prenaient place dans le car direction le village, là d’où elle venait. Ils allaient chez sa grand-mère, la seule vraiment capable de la protéger. Marina ne quittait plus la fenêtre, scrutant l’arrivée de sa petite-fille et de ses arrière-petits-enfants. Dès le matin, elle avait demandé à son voisin, Igor, de les chercher à la gare routière. Il était déjà parti depuis une demi-heure quand enfin, Marina vit arriver sa voiture et sortit l’accueillir. La journée fut occupée de mille petits soins, pas de temps pour parler. Ce n’est qu’une fois les enfants endormis que Ludivine et sa grand-mère purent s’installer à la cuisine pour discuter. Après avoir raconté son histoire, Ludivine se tut, un regard implorant vers sa grand-mère. — Qu’est-ce que je dois faire, mamie ? Il ne nous laissera jamais tranquilles. Il n’a pas besoin de moi, mais il voudra les enfants. Il se battra pour eux… Marina sourit. — Et alors ? Il est leur père, tu es leur mère ! Depuis quand une maman ne se bat pas pour ses enfants ? Pleurer ne sert à rien, il faut te battre, ma petite. Ne te laisse pas abattre, tiens bon, et il reculera. — Je comprends, mamie, mais ça fait peur… — Bien sûr, c’est dur. Mais ne le montre pas ! Les hommes comme lui craignent les femmes courageuses. Reste ferme, et il lâchera prise. — Et maman ? Elle est de son côté. Elle va sûrement venir et vouloir se disputer. — Nadia ? Qu’elle vienne ! Je m’en occuperai, elle et lui aussi, ton « mari ». Ne t’inquiète pas. Mais souviens-toi d’une chose : si jamais tu lui pardonnes et que tu retournes, ne compte plus sur moi ! Chacun choisit sa propre vie… À toi de choisir maintenant ! Quant au bonheur, il marche quelque part près de toi, il ne t’a pas encore trouvée… Il faut l’attendre, sans se presser ni attraper celui des autres. Serge débarqua dès le lendemain, accompagné de Nadia. Ils hurlèrent, insistèrent, mais Ludivine tint bon, grâce au soutien de sa grand-mère. Ils repartirent bredouilles. Ludivine sortit sur le pas de la porte, respira le parfum des arbres en fleurs — son cœur s’allégea soudain. Près de trois ans maintenant qu’elle avait divorcé de Serge, après un combat difficile, notamment pour la garde des enfants. Elle avait tenu bon, et pouvait enfin souffler. Toujours près d’elle, sa grand-mère, son ange gardien… Et bien sûr, Mathieu et Lily : ses enfants, pour lesquels elle avait tout enduré — et qui faisaient déjà son plus grand bonheur. Quant au bonheur d’une femme ? Il est tout proche, assurait sa grand-mère, il suffit d’être patiente… Et Ludivine a attendu ! Un an après avoir déménagé au village, elle a rencontré André. Veuf, chef d’entreprise dans la région, il avait un grand cœur. Ils ont appris à se connaître, puis se sont mariés et installés dans sa belle maison neuve. L’ex-mari n’est jamais revenu au village, seuls les enfants vont parfois le voir, conduits par André. Ludivine est heureuse, convaincue d’avoir pris la bonne décision. Jamais elle n’oubliera la sagesse et le soutien inestimable de sa grand-mère… Mettez un j’aime et partagez en commentaire vos ressentis sur cette histoire !

Mais à quoi tu sers, voyons ! sest esclaffé Serge. Nous voilà bien, une princesse ! Franchement, Lucie, tu nes plus du tout jolie, et en plus tu as sacrément grossi !

Et puis tu te rends compte que le fait davoir deux enfants nest pas spécialement à ton avantage ?

Alors reste tranquille, Lucie, ne fais pas dhistoire ! Pour qui tu te prends ? Un homme samuse, et alors ? Pourquoi les hommes trompent, hein ? Dis-moi, Lucie ? Tu restes muette ? Parce que tu sais que tout est de ta faute !

Tu navais quà prendre soin de toi, Lucie ! Et garder un œil sur ton mari ! Comme ça, il ne taurait pas trompée. Compris ? Bon, arrêtons là Fais-moi des escalopes pour ce soir, ta volaille, jen peux plus

Serge se leva, déposa sa tasse dans lévier et se dirigea vers la porte. Avant de quitter la cuisine, il se retourna et observa sa femme, en pleurs.

Arrête tes larmes, Lucie ! Prépare le dîner ! Je passerai moi-même prendre les enfants à lécole.

Serge partit et Lucie seffondra, vidé de toute énergie, sur la chaise quil venait de quitter.

Elle avait le cœur lourd, vide. Elle aurait voulu sen aller loin, si loin que plus personne ne laurait retrouvée

Ses pensées furent interrompues par la sonnerie stridente du téléphone.

Le nom de sa mère, Nadine, safficha sur lécran.

Elle navait aucune envie de répondre ; sa mère comprendrait quil y a un problème, puis recommencerait à la sermonner, persuadée que son gendre a raison et que sa fille a tort.

Écoute ton mari, Lucie ! Bon, il samuse ailleurs, et alors ? Il revient toujours vers vous ! À la maison, avec toi et les enfants ! Supporte un peu, Lucie ! Serge nest pas un mauvais homme, il met tout largent à la maison !

Et puis il ne va pas traîner tous les soirs, cest déjà ça ! Tu sais très bien de quoi je parle. Tu veux finir comme moi ? Vivre de paie en paie ? Avec ton père qui filait tout le temps et des enfants qui hurlent ? Certainement pas, Lucie !

Tu préfères retourner dans ce village, chez ta grand-mère Suzanne ? Là-bas, la vie tapprendrait vite à te taire !

Ma mère me répétait sans cesse ces paroles et je finissais toujours par lécouter.

Jécoutais et je supportais.

Je supportais les infidélités de Serge, les disputes, son arrogance. Ça durait depuis près de cinq ans

Javais rencontré Serge à lIUT, à Dijon. Il était bel homme, sûr de lui, sérieux. Cela ma tout de suite plu.

On sest fréquentés presque un an, il y avait des fleurs, des attentions, des cadeaux Puis jai appris que jattendais un enfant, et Serge, en homme responsable, ma proposé de mépouser.

Jai accepté, pleine despoir. Ainsi a commencé notre vie de couple, mais tout ne sest pas déroulé comme dans mes rêves dalors

Les premiers mois, jétais épuisée, et un jour je nai même pas remarqué que Serge avait commencé à sortir un peu trop souvent.

Quand jai enfin compris, il était trop tard : mon fils, Mathieu, venait de naître.

Ce bébé était agité, et je ne dormais que quelques heures par nuit.

Serge ne maidait presque pas, affirmant que soccuper dun bébé, cétait le rôle dune femme, que lui devait juste nourrir la famille. Et il le faisait très bien, selon lui.

Mathieu avait à peine dix-huit mois que je compris que jétais de nouveau enceinte.

Serge voulait quon garde lenfant et ma mère aussi : « Deux enfants, ce sera la garantie quil restera avec toi, quoi quil arrive ! »

Mais au fond, je savais déjà que dans notre couple, quelque chose clochait.

Puis Serge a changé du tout au tout, redevenant lhomme attentionné du début : il prenait soin de moi, jouait avec Mathieu. Jai cru que tout allait enfin sarranger, comme avant le mariage

Bientôt, ma fille Lise est née et Serge a recommencé à sortir, presque ouvertement cette fois, et il se montrait plus agressif encore.

Jétais perdue, oscillant entre mes enfants, les disputes et lincertitude de lavenir qui empirait de jour en jour.

Jai cherché conseil auprès de ma mère, mais elle soutenait Serge inconditionnellement.

Il sassagira un jour ! Et puis, tu as tes enfants ! Le reste, ce ne sont que des mots Supporte, ma fille, ça finira par passer, elle était catégorique.

Jai vite compris que je nobtiendrai rien de plus de ma mère.

Parfois, j’avais envie de téléphoner à ma grand-mère, Suzanne, près de Paray-le-Monial, mais javais honte. Elle avait toujours refusé quon accepte que le mari traite sa femme ainsi, à linverse de sa fille.

Dailleurs, à cause de cela, il y avait souvent des disputes entre ma mère et ma grand-mère.

Jai toujours caché ma vie à ma grand-mère. Elle, jamais elle naurait compris pourquoi je supportais tout ça, pourquoi je restais avec un homme comme Serge

Jai fait frire les escalopes, mis leau à chauffer pour les pâtes. Mon téléphone sonna à nouveau. Encore ma mère.

Jai regardé lécran et ignoré lappel.

On na rien à se dire ! ai-je pensé. Quelle continue à défendre ce traître

Je me suis levé et suis allé regarder par la fenêtre. Serge nétait toujours pas revenu avec les enfants.

Enfin, je lai vu sur laire de jeux devant limmeuble, téléphone à loreille, les enfants jouant autour.

Serge avait lair parfaitement serein, comme si rien ne sétait passé entre nous quelques heures plus tôt.

Cest là que jai eu comme une révélation : rien ne changerait, ce serait même pire, si je restais.

Un souvenir me revint subitement : un ancien échange avec Serge, où je lui avais demandé pourquoi il mavait aimée, moi, fille de la campagne.

Il avait souri, ironique.

Lucie, parce quil ny a que du bon à prendre une fille de la campagne !

Quoi donc, Serge ?

Ben Tes robuste ! À la campagne, elles sont toutes solides, cest important pour la santé des enfants. Non ?

Sans doute

Si, Lucie, cest crucial : tu es solide, moi aussi, donc nos enfants seront en pleine forme ça compte ! Et puis tu es jolie, pas mannequin, hein, mais jolie quand même. Encore un avantage !

Sur le moment, javais trouvé sa réponse étrange, mais je lavais chassée de mon esprit.

Ce nest qualors que jai compris que javais servi de nourrice à ses enfants Une bonne, solide nourrice

Il préférait une femme docile, capable de tout encaisser sans broncher.

Le bon choix simposa à moi.

Les yeux fichés sur la rue, jai pris mon téléphone et composé le numéro de ma grand-mère Suzanne.

Le lendemain, Serge partit travailler, tandis que jaccompagnais les enfants à lécole du moins il le croyait.

Dès quil fut parti, je suis remontée dans lappartement avec les enfants, jai appelé lécole pour prévenir que Mathieu et Lise ne viendraient pas, puis jai commencé à faire les valises.

Je savais que Serge ne rentrerait pas déjeuner, il mangeait toujours dans la brasserie près de son bureau ce détail métait bien utile.

Deux heures plus tard, les enfants et moi étions dans le car pour la Bourgogne, direction le village de mon enfance.

Je me rendais chez ma grand-mère, la seule au monde capable de me protéger.

Suzanne attendait à la fenêtre depuis le matin. Elle avait demandé à son voisin Henri daller nous chercher à larrêt de car.

Henri était parti depuis une bonne demi-heure déjà, et ma grand-mère trépignait dimpatience. Finalement, la voiture dHenri est apparue et ma grand-mère est sortie à notre rencontre.

La journée sest écoulée dans les retrouvailles, les rires des enfants, les tâches ménagères. Le soir venu, ma grand-mère et moi nous sommes installées, seules, dans la cuisine.

Après avoir résumé mon histoire, je regardais ma grand-mère, attendant ses conseils.

Mamie, quest-ce que je fais ? Il ne nous laissera jamais tranquilles. Il ne tient plus à moi, ça, je le sais mais les enfants Il se battra pour eux.

Elle a souri :

Et alors ? Il est leur père, mais tu es leur mère ! Depuis quand une mère na-t-elle pas le dernier mot ? Être mère, cest se battre pour ses enfants. Pleurer, ça ne sert à rien, il faut agir !

Oui, mamie, mais jai peur

La peur, tu la laisses de côté ! Les types comme lui redoutent les femmes courageuses. Tiens bon, il finira par lâcher.

Et puis maman ? Elle viendra sûrement, pour le défendre encore.

Nadine ? Quelle vienne ! Je saurai lui parler, à elle aussi. Et à Serge également !

Mais mamie, tu le connais à peine ! Comment feras-tu ?

Cest très simple, ma chérie. Mais retiens bien une chose : si jamais tu pardonnes et retournes avec lui tu ne remets plus jamais les pieds ici ! Je ne taiderai plus ! Chacun choisit son destin Et maintenant, à toi de choisir. Et le bonheur ? Il nest pas loin, tu sais. Il faut lattendre. Le vrai, pas le bonheur des autres.

Serge revint dès le lendemain, accompagné de ma mère. Ils passèrent des heures à me harceler, me supplier, mais je tins bon, surtout grâce à ma grand-mère.

Finalement, Serge et Nadine repartirent les mains vides.

Je suis sortie sur le perron.

Jai inspiré lodeur des pommiers en fleurs, mon cœur gonflé daise.

Cela fait maintenant presque trois ans que jai divorcé de Serge, et que de chemin parcouru depuis !

Les procès pour la garde ne furent pas de tout repos

Mais jai tout surmonté, et à présent je peux souffler.

Ma grand-mère ne ma jamais laissée tomber. Un véritable ange gardien.

Il y a aussi Mathieu et Lise, mes enfants, la raison pour laquelle jai traversé tout cela, et grâce à qui je me sens enfin libre.

Et le bonheur féminin ?

Il nest pas loin, dit souvent mamie il viendra, il suffit de lattendre, sans se précipiter.

Le bonheur est venu ! Un an après avoir emménagé au village, jai rencontré André.

André, veuf, tenait un commerce à Mâcon.

Nous nous sommes fréquentés puis, six mois plus tard, mariés. Nous avons emménagé dans sa grande maison fraîchement construite.

Mon ex na jamais remis les pieds ici. Les enfants lui rendent parfois visite, cest André qui les conduit.

Je suis heureuse, tellement heureuse davoir enfin fait le bon choix. Et je suis infiniment reconnaissant à ma grand-mère

Aujourdhui, je sais que même la plus grosse tempête finit toujours par passer. Limportant, cest de ne pas baisser les bras, surtout quand il sagit du bonheur de ses enfants.

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— Mais pour qui tu te prends, Ludivine ! — s’esclaffa Serge. — Tu crois vraiment qu’une beauté pareille va susciter l’intérêt de quelqu’un ? Franchement, Ludivine, tu n’es plus aussi jolie qu’avant, tu as pris du poids ! Et puis, tu te rends bien compte que le fait d’avoir deux enfants ne joue pas en ta faveur, non ? Alors reste tranquille, Ludivine, et ne fais pas de vagues ! Je me suis amusé, et alors ? Pourquoi voudrais-tu que je ne sorte pas ? Dis-moi, Ludivine, hein ? Tu te tais parce que tu sais que c’est ta faute ! Tu aurais dû prendre soin de toi, et de ton mari aussi ! Comme ça, je n’aurais pas eu envie d’aller voir ailleurs. C’est compris ? Bon, de toute façon, va me faire des boulettes pour ce soir, ton poulet m’a lassé… Serge déposa sa tasse dans l’évier en quittant la cuisine, mais se retourna sur le seuil pour jeter un regard à sa femme, en pleurs. — Ça suffit de pleurer, Ludivine, prépare donc le dîner ! J’irai moi-même chercher les enfants à l’école maternelle. Serge sortit, et Ludivine s’effondra sur la chaise qu’il venait de quitter. Son âme était envahie d’une profonde tristesse, un grand vide en elle. Elle rêvait de partir loin, très loin… que jamais personne ne la retrouve… Ses pensées furent interrompues par la sonnerie retentissante du téléphone. Ludivine vit s’afficher le nom de sa mère… Elle n’avait aucune envie de répondre, elle savait que sa mère sentirait que quelque chose n’allait pas. Elle comprendrait, mais la rabrouerait encore, estimant que son gendre a raison et sa fille, non. — Ludivine, écoute ton mari ! Bon, il s’accorde quelques écarts, et alors ? Il revient toujours à la maison ! Près de toi et des enfants ! Donc supporte, Ludivine ! Serge, ce n’est pas un mauvais bougre, il rapporte tout à la maison, tu sais. Et puis, il ne s’absente pas tant que ça, c’est important ! Tu veux finir comme moi ? Vivre de fiches de paie en fiches de paie ? Avec un mari coureur et des enfants qui crient toute la journée ? Non, Ludivine ! Ou alors tu veux revenir au village, chez ta pauvre grand-mère ? Là-bas, la vie va vite t’apprendre, crois-moi ! Telle était la rengaine de Nadia, la mère de Ludivine, et sa fille l’écoutait. Écouter, et endurer… Ludivine supportait les tromperies, les disputes, l’irrespect depuis presque cinq ans… Elle avait rencontré Serge pendant ses études au lycée professionnel. Un homme séduisant, sûr de lui : il attirait Ludivine par son sérieux et ses attitudes viriles. Après un an de romance, de fleurs, de cadeaux, Ludivine s’aperçut qu’elle était enceinte, et Serge, en homme « responsable », lui demanda de devenir sa femme. La jeune femme accepta avec joie, et commença alors sa nouvelle vie de famille, bien différente de ce qu’elle avait rêvé… Au début, Ludivine était très faible, et elle ne remarqua pas tout de suite les infidélités de son mari. Lorsqu’elle comprit, il était trop tard : leur petit garçon, Mathieu, était déjà là. Le bébé était très agité, Ludivine dormait à peine quelques heures par nuit. Serge ne l’aidait quasiment jamais, disait qu’un nourrisson, c’est l’affaire d’une femme, et que sa mission à lui était d’assurer les besoins du foyer. Ce qu’il faisait, avec succès. Quand Mathieu eut un an et demi, Ludivine comprit qu’elle attendait un deuxième enfant. Serge dit qu’il fallait le garder, sa mère aussi. Deux enfants, assurait-elle, c’est une garantie que Serge resterait. Mais à partir de là, Ludivine comprit que sa vie de famille n’était pas rose. Serge redevint, pour un temps, celui qu’elle avait aimé à leurs débuts. Il se montrait attentif, aidait avec Mathieu. Elle reprenait espoir… Elle pensa que tout allait aller comme avant, avant le mariage… Puis, quand Lily arriva, Serge recommença à sortir, presque sans se cacher, et il devint brutal, cherchant querelles pour tout et rien. Ludivine était perdue entre ses enfants et son mari, et la situation empirait chaque jour. Ludivine tenta de se tourner vers sa mère, mais elle restait farouchement du côté de son gendre. — Il finira bien par se calmer ! Tu as les enfants ! Ses mots, tout ça, ça ne veut rien dire… Patiente, ma fille, ça passera, — martelait sa mère. Ludivine comprit qu’elle n’aurait aucun soutien de ce côté. Plusieurs fois, elle voulut appeler sa grand-mère, Marina, mais la honte la retenait : elle savait que mamie ne supporterait aucune humiliation de la part d’un homme, à la différence de sa fille Nadia… Voilà pourquoi il y avait si souvent des tensions et des incompréhensions entre Nadia et la grand-mère Marina. Ludivine cachait sa vie à sa grand-mère, de peur de ne pas être comprise. Pourquoi, au fond, avoir tant supporté, encore et toujours ? …Après avoir préparé des boulettes et mis l’eau à chauffer pour les pâtes, le téléphone sonna de nouveau : c’était sa mère. Ludivine jeta un œil à l’écran et rejeta l’appel… — On n’a plus rien à se dire ! pensa la jeune femme, qu’elle continue à défendre ce traître. Elle se leva et jeta un coup d’œil par la fenêtre. Serge aurait déjà dû être rentré de la crèche avec les enfants. Mais ils n’étaient toujours pas là… Puis elle vit Serge et les enfants par la fenêtre. Les petits jouaient sur le square, Serge riait au téléphone, comme si de rien n’était. Comme si la scène cuisante de tout à l’heure n’avait jamais existé. Et là, Ludivine comprit subitement : rien ne changerait, tout empirerait ! Elle repensa à cette conversation ancienne où elle avait demandé à Serge ce qui l’avait d’abord attiré chez elle, simple fille de la campagne. Il avait souri et dit : — Eh bien, Ludivine, sais-tu, ce qu’il y a de bien avec quelqu’un de la campagne, c’est la santé ! À la campagne les filles sont robustes, et c’est important pour fonder une famille. — Si tu veux… — Oui, tu vois, tu es solide et moi aussi, alors nos enfants seront en bonne santé, et c’est très important, tu ne crois pas ? En plus, tu es belle, pas un mannequin bien sûr, mais jolie, c’est encore un plus ! Sur le moment, Ludivine avait trouvé cela étrange, mais elle avait balayé ses doutes. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle comprenait : Serge la voyait surtout comme nounou de ses enfants. Une bonne et robuste nounou… D’ailleurs, il n’arrêtait pas de dire qu’ils auraient autant d’enfants que Dieu le voudrait. Et surtout, une femme soumise, prête à tout endurer, à se taire… La décision devint alors claire comme de l’eau de roche. Sans lâcher la fenêtre des yeux, Ludivine prit son téléphone et composa le numéro de sa grand-mère. Le lendemain, Serge partit travailler, Ludivine sortit avec les enfants, mais ne les déposa pas à la crèche. Dès que Serge fut parti, Ludivine rentra chez eux avec ses petits. Elle appela la crèche pour signaler l’absence de Mathieu et Lily, puis commença à faire ses valises. Elle savait que Serge ne reviendrait pas déjeuner : il mangeait toujours au restaurant près de son boulot. Cela lui laissait de précieuses heures pour exécuter son plan. Quelques heures plus tard, Ludivine et ses enfants prenaient place dans le car direction le village, là d’où elle venait. Ils allaient chez sa grand-mère, la seule vraiment capable de la protéger. Marina ne quittait plus la fenêtre, scrutant l’arrivée de sa petite-fille et de ses arrière-petits-enfants. Dès le matin, elle avait demandé à son voisin, Igor, de les chercher à la gare routière. Il était déjà parti depuis une demi-heure quand enfin, Marina vit arriver sa voiture et sortit l’accueillir. La journée fut occupée de mille petits soins, pas de temps pour parler. Ce n’est qu’une fois les enfants endormis que Ludivine et sa grand-mère purent s’installer à la cuisine pour discuter. Après avoir raconté son histoire, Ludivine se tut, un regard implorant vers sa grand-mère. — Qu’est-ce que je dois faire, mamie ? Il ne nous laissera jamais tranquilles. Il n’a pas besoin de moi, mais il voudra les enfants. Il se battra pour eux… Marina sourit. — Et alors ? Il est leur père, tu es leur mère ! Depuis quand une maman ne se bat pas pour ses enfants ? Pleurer ne sert à rien, il faut te battre, ma petite. Ne te laisse pas abattre, tiens bon, et il reculera. — Je comprends, mamie, mais ça fait peur… — Bien sûr, c’est dur. Mais ne le montre pas ! Les hommes comme lui craignent les femmes courageuses. Reste ferme, et il lâchera prise. — Et maman ? Elle est de son côté. Elle va sûrement venir et vouloir se disputer. — Nadia ? Qu’elle vienne ! Je m’en occuperai, elle et lui aussi, ton « mari ». Ne t’inquiète pas. Mais souviens-toi d’une chose : si jamais tu lui pardonnes et que tu retournes, ne compte plus sur moi ! Chacun choisit sa propre vie… À toi de choisir maintenant ! Quant au bonheur, il marche quelque part près de toi, il ne t’a pas encore trouvée… Il faut l’attendre, sans se presser ni attraper celui des autres. Serge débarqua dès le lendemain, accompagné de Nadia. Ils hurlèrent, insistèrent, mais Ludivine tint bon, grâce au soutien de sa grand-mère. Ils repartirent bredouilles. Ludivine sortit sur le pas de la porte, respira le parfum des arbres en fleurs — son cœur s’allégea soudain. Près de trois ans maintenant qu’elle avait divorcé de Serge, après un combat difficile, notamment pour la garde des enfants. Elle avait tenu bon, et pouvait enfin souffler. Toujours près d’elle, sa grand-mère, son ange gardien… Et bien sûr, Mathieu et Lily : ses enfants, pour lesquels elle avait tout enduré — et qui faisaient déjà son plus grand bonheur. Quant au bonheur d’une femme ? Il est tout proche, assurait sa grand-mère, il suffit d’être patiente… Et Ludivine a attendu ! Un an après avoir déménagé au village, elle a rencontré André. Veuf, chef d’entreprise dans la région, il avait un grand cœur. Ils ont appris à se connaître, puis se sont mariés et installés dans sa belle maison neuve. L’ex-mari n’est jamais revenu au village, seuls les enfants vont parfois le voir, conduits par André. Ludivine est heureuse, convaincue d’avoir pris la bonne décision. Jamais elle n’oubliera la sagesse et le soutien inestimable de sa grand-mère… Mettez un j’aime et partagez en commentaire vos ressentis sur cette histoire !
Je ne cherchais pas mon « premier amour », j’ai 62 ans… Mais lorsqu’une de mes anciennes élèves m’a interviewée, j’ai découvert qu’il me recherchait depuis 40 ans… Ce n’était que le début… Plus tard, j’ai découvert sa véritable histoire, et j’en suis restée bouleversée…