« Sauf avec un test ADN. On ne veut pas denfants qui ne sont pas les nôtres », déclara sèchement la belle-mère.
Cent mille euros, rien que ça ! ironisa Élisabeth, sourire crispé. Tu ne mets vraiment pas cher sur la liberté de ton fils ! Et si je demandais deux cent mille, tu pourrais ten sortir ?
Si cest nécessaire, jy arriverai, grommela Marie. Donc tu es daccord, si cest juste une question de prix ?
Dis-moi, Marie, tu as réfléchi longtemps avant de venir me proposer ça ? Les euros, on laisse ça de côté pour le moment ! Parle-moi en tant que femme.
On nest pas là pour faire la morale, Élisabeth. Marie afficha une moue agacée. On a tous nos faiblesses Et toi, avec tes trois enfants, tu dois comprendre quon fait tout pour les nôtres
Tu penses que tu peux simplement macheter ? Élisabeth haussa les sourcils. Ou acheter ma Camille ? Parce quon galère, tu balances quelques billets comme une rançon et tout deviendrait miraculeusement beau et simple ?
Et ton Maxime, qui a chanté toutes sortes de belles paroles à ma Camille avant de la mettre enceinte, maintenant
Jignore même ce que je dois dire. Il se cache, ou il sest réfugié sous ta jupe ! Pour que, soi-disant, tu viennes nettoyer ses « exploits » !
Élisabeth, jouons franc-jeu, dit Marie. Maxime na que dix-huit ans ! Ce nest pas lâge pour fonder une famille, pour avoir un enfant !
Il doit finir ses études ! Trouver du travail ! Comment il fera sil traîne une famille derrière lui ?
Mais ton Maxime, il ny pensait pas, à tout ça, quand il sen est pris à ma Camille, hein ? Élisabeth eut un sourire froid. Quil commence à shabituer à la vraie vie dadulte responsable !
Il a fait un enfant, quil assume ! Sinon, il y a le tribunal, la pension alimentaire
Marie ouvrit grand la bouche, déconcertée.
Tu vas attraper une mouche ! Élisabeth ricana. Et ce nest pas parce que je trime tous les jours, du matin au soir, que je ne sais rien !
Je suis venue pour régler ça à lamiable, pas pour me battre ! semporta Marie en reprenant le contrôle delle-même. Je peux payer pour « linquiétude » que ça cause !
Et tu comptes payer pour quoi ? Pour le fait que ton Maxime a mis ma Camille enceinte ? Ou bien parce quil la fuit depuis deux mois ?
Ou cest pour que ma Camille avorte ? Ou cest le premier versement de la pension quand le bébé sera né ?
Marie grinça des dents à cette liste. Mais le dernier point lui faisait horreur.
Son fils pourrait être tenu responsable à nimporte quel moment
Ne me fais pas tourner en bourrique ! Elle brandit son doigt devant Élisabeth. Je toffre du vrai argent pour que ce soit réglé, une bonne fois pour toutes !
Comment tu ten débarrasses, ça mimporte peu ! Avortez, gardez le bébé, confiez-le à laide sociale, ça mest égal !
Je veux juste que Maxime ne soit plus lié daucune façon ! Et si ce nest pas assez, donne-moi ton prix !
Je prendrai un crédit au nom de mon mari sil le faut !
Marie, tu nirais pas te faire voir ? répliqua Élisabeth, glaciale. Moi, en femme respectable, je ne dirai pas où, mais tu sais très bien.
Tu arrives avec une telle offre ? Tu ne connais même pas la décence !
Alors tu sais à la fois où aller, pour combien de temps, et ce que tu peux faire de tes billets !
Élisabeth, calmons-nous et trouvons une solution ! siffla Marie.
Va donc en paix ! lâcha sèchement Élisabeth. Ou je lâche le chien !
Personne ne savait vraiment si Marie avait protégé son fils, mais tant quÉlisabeth était en colère, jamais elle ne laisserait sa fille Camille sapprocher de Maxime.
Ça lui laissait le temps à Maxime de se remettre, de finir tranquillement ses études.
Et si Élisabeth revenait sur sa décision, Maxime aurait déjà disparu. Envoyé à la fac, à Paris.
Et Paris, cest Paris ! Tu peux ty perdre pour cent ans sans quon te retrouve !
Marie, elle, se retenait à peine de ne pas arracher les tresses dÉlisabeth :
Quelle prétention ! Trop fière pour accepter largent !
Jétais venue humblement ! Et elle menace de lâcher le chien, en plus ! Avec des femmes comme elle, tu ne tassieds pas dans la même prairie, elles tavalent toute crue !
Mais Marie ignorait alors que lhistoire ne faisait que commencer.
Car tout avait débuté bien avant.
Les parents apprennent rarement les problèmes de leurs enfants à temps. Souvent, cest bien trop tard. Alors il faut espérer quil reste encore une chance de tout réparer.
Quand une voisine rapporta à Marie que son Maxime avait mis Camille dÉlisabeth enceinte, son cœur manqua sarrêter.
Que Maxime sintéresse à Camille ? Elle Elle sarrêta, changea dattitude, dans une famille nombreuse, pauvre ! Jamais il naurait pu la regarder !
Je rapporte ce que jai entendu, répondit la voisine, madame Martin. Si tu me crois pas, demande à nimporte qui ! Tout le village est au courant ! Sauf toi !
Sous les rires rauques de madame Martin, Marie rentra à la maison. Son mari, Grégoire, et Maxime étaient partis tôt au bois, ils ne rentreraient quau soir.
Marie aurait dû soccuper de ses corvées, mais tout tombait de ses mains. La nouvelle de la voisine la hantait.
Pourquoi ? Et avec qui ? À quoi bon, tout ça ?
Épuisée, Marie tourna en rond toute la journée, presque folle dangoisse. Dès le retour de son fils, elle lassaillit :
Quest-ce qui ta pris ? Les filles du village ne te suffisaient pas ?
Maxime dut avouer. Il comptait tenir jusquà la fin des vacances, puis filer à lécole dans la commune voisine.
Là, personne ne laurait retrouvé. Peut-être quil aurait eu de la chance, même !
Mais la colère de sa mère, il ne lesquiva pas.
Maxime pleura, cherchant à émouvoir.
Ce nétait pas le plus beau du village. Pas le plus malin. Son allure, tout juste moyenne. Il nattirait guère les filles.
Mais son âge et ses hormones exigeaient, le poussaient, à en devenir fou ! Les copains le taquinaient, le traitant de loup solitaire.
Camille était daccord !
Pour un diable en pantalon, Camille aurait dit oui ! sinsurgea Marie. À dix-neuf ans, les garçons fuient comme la peste !
Peu sont assez bêtes pour sembarrasser dune telle famille ! Pauvre, nombreuse, le père est cloué au lit !
Prendre Camille, cest hériter de ses galères pour la vie !
Mais elle est gentille, douce ! sanglota Maxime.
Que ça na pas freiné ton intérêt, quelle nest pas belle ? cria Marie. Comment as-tu pu
Maxime rougit, baissa la tête.
Bon sang, quel malheur ! Marie porta la main à sa poitrine.
On a couché juste deux fois, murmura Maxime sans oser regarder.
Et il nen faut pas plus ! fulmina Marie. Le résultat va te tomber dessus !
Et tu dois entrer à la fac dans un an ! Quest-ce que tu feras avec un bébé ? On va te réclamer la pension !
Peut-être que ce nest pas de moi ? tenta Maxime, anxieux.
On aimerait y croire, mais qui dautre voudrait delle ? soupira Marie, lasse. Dans tous les cas, si on ne trouve pas daccord, ce sera test ADN obligatoire ! Pas question de prendre un enfant dun autre !
Elle ma juré fidélité osa Maxime.
Espérons quelle tait menti, grogna sa mère, ouvrant la boîte où le couple gardait leurs économies. Grégoire !
Ce fut adressé à son mari, mais Maxime se réfugia dans la chambre.
Grégoire, on na pas grand-chose ! appela Marie.
Sur le compte, répondit-il calmement. Dans une semaine, le délai arrive. Tu as oublié ?
Comment oublier ! On va y laisser les dernières bribes du cerveau ! Marie saffala sur le fauteuil, boîte en main. Tu as entendu la dernière de Maxime ?
Il grandit, notre garçon ! Grégoire eut un sourire. On va économiser pour le mariage ?
Mariage ? Tu es fou ! Avec qui ? Marie sétouffa dindignation. Jamais ! On va payer pour sen débarrasser ! Tu penses quelle se contentera de cent mille ?
Quest-ce que jen sais ? haussa les épaules Grégoire. Dans la situation dÉlisabeth, même un centime serait une aubaine !
Non, un centime, ça ne suffira pas, Marie hocha la tête.
Elle recompte le liquide, se souvient du compte.
On a deux cent mille, dit-elle enfin. Joffre cent en premier. Si elle négocie, j’irai à deux cent mille ! Dans une semaine, on aura cinq cent mille.
Marie approuva son propre calcul.
Je viens avec toi ? demanda Grégoire.
Tu aurais mieux fait de surveiller ton fils, on naurait pas à payer ! maugréa Marie. Je men débrouille !
***
La réponse dÉlisabeth neut rien de clair, et ça ne servait à rien dinterroger Camille, elle navait aucun mot à dire.
Maxime put ainsi finir lété tranquille et rejoindre la commune voisine pour lécole. Défense formelle de revenir avant lété suivant.
Une fois parti, plus rien à raconter sur lui.
On jasait surtout sur Camille, qui faisait sa grossesse, puis accoucha. Élisabeth aussi subissait les commérages.
Même pas réussi à extorquer la pension à Maxime ! Maintenant, elles vont devoir se serrer la ceinture !
Mais Élisabeth, en entendant de tels cancans, répliquait vertement :
On ne viendra pas mendier ! On survivra, vous inquiétez pas !
Fin juin, Maxime réapparut au village. Mais ses parents, prudents, ne le laissaient pas sortir de la maison. De toute façon, sitôt ses examens terminés, direction Paris. Hors de vue ! La fac attend.
Mais Maxime échoua si spectaculairement quil neut même pas sa place en payant.
Grégoire, va voir le chef du bureau militaire ! exigea Marie. Sil partait à larmée, il oublierait tout ! Peut-être quil pourrait retenter la fac lan prochain !
Impossible de négocier. Et pour avoir trop insisté, Grégoire se fit casser trois côtes et passa quinze jours au poste.
De retour, Grégoire expliqua comment Maxime pourrait obtenir un report :
Il suffit de le marier avec Camille, et quil reconnaisse lenfant ! Et tant que le petit a moins de trois ans, Maxime sera exempté !
Ensuite, il leur en fait un second ! Encore un report ! Et après, il aura atteint la limite dâge !
Ils tont frappé si fort que tu as perdu le bon sens ? sindigna Marie. De tels gênants, même à ton pire ennemi, tu ne souhaiterais pas !
Alors il partira à larmée ! objecta Grégoire.
Laisser son fils partir au service, Marie le supportait moins encore que le voir épouser Camille. Mais quelle solution ?
On ira supplier, céda Marie. Prends la boîte à sous, Grégoire ! Peut-être quelle dira oui
Après quelle ta envoyé balader ? ricana Grégoire. Après tout ce que le village a raconté sur nous ?
Vaut mieux quil parte à larmée ! Faudrait pas quÉlisabeth fasse la chasse dans toute la région !
Je me mettrai à genoux ! Toi aussi ! On implorera !
Je ny crois pas, Marie, Grégoire secoua la tête. Pas après tout ça ! Autant envoyer Maxime vivre dans les bois jusquà ses vingt-sept ans !
Prends la boîte, et allons-y, ordonna Marie.







