Heureusement, au moins j’ai eu de la chance avec ma femme ! — Lydie, j’ai posé ma lettre de démission ! — téléphone Paul à sa femme. — Tu acceptes un retraité au chômage ? — On verra comment tu te comportes ! — répond Lydie. Le professeur Oleg Paulovich Cherbakov, docteur ès sciences enseignant dans une des plus grandes universités de Paris, reçoit un courriel exigeant qu’il attribue la meilleure note en mathématiques avancées à cinq étudiants. Un paradoxe effarant : la meilleure note exigée en mathématiques supérieures… Le professeur, âgé et élevé dans la meilleure tradition républicaine — « il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux » — se retrouve confronté à cette injonction venue du rectorat, qui, plutôt que d’exiger une version contraire, lui commande de céder. Bref, mets cinq ! Avec mention, si possible ! Et la vie sera belle… Professeur fatigué, malade — diabète, hypertension et surpoids après soixante-dix ans, mais qui s’en soucie ? Ses étudiants ne l’aimaient pas, non — ils le haïssaient ! Et lorsque Lydie, sa femme, décida de consulter sa page d’avis, elle manqua d’avoir une attaque, et pas de joie, mais de stupeur. Insultes à toutes les lettres de l’alphabet, tout ça parce qu’il était exigeant et ne notait que sur le mérite. Et, selon la nouvelle génération, il n’aurait pas dû faire ça — puisqu’ils payaient leurs études ! Comment ça, il fallait aussi avoir quelque chose dans la tête ? On imagine combien les dirigeants de l’institut avaient touché pour distribuer de telles directives… Pourtant, le professeur, fin observateur et amateur de sarcasmes, a tout de suite compris d’où venait le pot-de-vin — et a refusé le « cadeau » dans une élégante formule : « Celui qui vous paie en liquide finit souvent par finir au pénal ! » Il resta sans argent, mais avec un grand sentiment de satisfaction morale, si caractéristique des citoyens républicains de la vieille école. Le professeur, c’était un « bon costaud à la française », solide, fiable, à la différence de nos héros perdus dans la forêt… Là est la morale : reste chez toi — pourquoi courir les bois comme le Petit Chaperon rouge ? Oleg Paul ne cherchait jamais les aventures — mais elles le trouvaient. En poste depuis des décennies, sa charge avait diminué… mais les ennuis grandissaient. Les jolies secrétaires du département récitaient chaque jour les exigences montantes de la direction, tandis que la paie stagnait. Il aurait fallu depuis longtemps une prime de pénibilité pour les enseignants ! Elles n’y connaissaient rien en mathématiques, comme la plupart des responsables d’établissement. Pour gérer, pas besoin de savoir — il suffit de rédiger ! Où est le rapport annuel ? Allez, secoue-toi, professeur ronchon ! On le regardait de haut : que peut-on attendre de ce dinosaure ? Il ne sait même pas ce que veut dire « gênant » et ne s’exclame jamais « trop stylé » ! Et son pantalon, franchement ? Pourquoi pas des jeans comme tout le monde ? Le travail n’apportait plus que de la lassitude : la joie, c’était la famille — sa femme adorée, deux fils et cinq petits-enfants. Avec Lydie, c’était une longue histoire… Elle n’avait pas aimé au départ l’étudiant de maths. Lui, amoureux dès le premier regard, finit par la convaincre. Malgré le froid, Oleg lui apporta cinq œillets emballés dans du journal — le chic de l’époque. Première rencontre, entre poésie et prosaïsme : « Tu as mis un pantalon chaud ? » — de quoi rougir ! Plus tard, leur seconde rencontre, après quatre ans, les réunit. Et maintenant, à vingt-cinq ans, Lydie n’était toujours pas mariée — aucune opportunité crédible ! Et les souvenirs du pantalon chaud lui faisaient sourire… Entre-temps, Oleg était devenu maître de conférences avec une belle chapka en loutre, bien mieux que toutes les fourrures bas-de-gamme. Non, Lydie n’était pas vénale, elle le vit simplement autrement, libérée du malaise de la première fois. Ils se marièrent, elle devint le pilier du mathématicien. Et à chaque heure difficile, il pensait à elle : quel bonheur de l’avoir ! En ce jour, il attend le quorum pour sa leçon : trois présents sur quinze. Mais comme on disait : paye et tout ira bien ! Attendre n’était plus possible, il commence… Un étudiant entre, en retard, venant « des toilettes » — pour trente minutes ! Audace sans limite. Lecçon continuée, mais les décisions du professeur sont réfléchies et responsables. Lors du contrôle, le même étudiant ne sait rien, mais fait partie des cinq auxquels il « faut » mettre la meilleure note. Il se contente de fixer le prof, certain de son bras long. Mais Paul refuse l’arrangement, donne la feuille sans note, propose une nouvelle chance… et envoie un mail au recteur : les cinq, c’est vous qui les mettrez ! Il pose aussitôt sa démission, décidé à ne plus revenir, quitte à briser son dossier de carrière ! Tant pis pour eux — Paul était leur seul professeur de mathématiques supérieures… — Lydie, j’ai posé ma lettre de démission ! — annonce-t-il à sa femme. — On verra comment tu te comportes ! — répond Lydie. — Tu veux des choux farcis ou du poisson pour dîner ? — Puisque je suis un bon élève, fais donc des choux farcis ! — choisit Paul. Et ajoute, fidèle à son habitude : — Il fait froid, si tu sors, mets un pantalon chaud ! — Moi aussi, je t’aime ! — lui répond doucement Lydie.

Marguerite, jai déposé ma lettre de démission ! ai-je téléphoné à ma femme ce matin. Tu accepteras un retraité sans emploi chez toi ?
Je verrai comment tu te comportes ! ma-t-elle répondu dun ton espiègle.

Professeur Pierre-Henri Dubois, docteur ès sciences, enseignant dans lune des grandes universités parisiennes, venait de recevoir un courriel lui exigeant dattribuer la meilleure note à cinq étudiants pour lexamen danalyse avancée.

Un paradoxe affligeant : lanalyse avancée réclamait une analyse de la complaisance de la part du professeur…

Jétais dun certain âge et jai été formé dans les valeurs de la République laïque : vivre debout, et mieux vaut mourir debout que vivre à genoux.

Mais vraiment, comment devais-je comprendre ça ? Ces étudiants neffleuraient même pas la moyenne ! Pour les plus assidus, le taux de présence ne dépassait pas vingt-cinq pour cent.

Ma conscience, forgée dans les souvenirs du scoutisme et du syndicalisme, mincitait à agir autrement. Toutefois, le recteur ne se contentait pas de suggérer une autre conduite ; il ordonnait carrément de faire le contraire.

En somme, il fallait mettre cinq ! Et, si possible, cinq avec mention. Voilà le bonheur, nest-ce pas ?

Jétais loin dêtre en pleine forme : qui après soixante-dix ans se vante de sa santé ? Diabète, hypertension, surpoids et jen passe. Mais, pardonnez-moi lexpression, qui se soucie des malheurs dautrui ?

Mes étudiants ne mappréciaient guère. Pour être franc, ils me détestaient carrément !

Quand ma femme Marguerite, curieuse de savoir ce que lon disait du « vieux Dubois », est tombée sur la page davis Google, elle a failli en avoir une syncope. Et pas du tout pour de bonnes raisons.

Juste des mots grossiers, à chaque lettre de lalphabet ! Tout ce vocabulaire parce que jétais exigeant et que je notais en fonction des compétences.

Mais pour la majorité des « petits malins » daujourdhui, il ne fallait surtout pas faire ça : après tout, ils payaient leur scolarité ! Lidée étant : tu paies, tu passes !

Ici, non seulement ils payaient, mais il fallait en plus savoir quelque chose ! On navait pas signé pour ça. Franchement, ce prof, il nest pas net ou quoi ?

On ne savait pas combien ces gens versaient à ladministration pour quelle distribue de telles consignes.

Non, il ne fallait pas croire que la direction cherchait à mutiliser gratuitement. Apparemment, la commission était suffisante pour être partagée.

Ils ont tenté leur chance. Mais vieux roublard et amateur de blagues, jai su tout de suite, en voyant le recteur tenir une enveloppe, où était le piège.

Je me suis alors mis à réciter, spontanément, ces deux vers :

« Si on te paie en liquide, la fin peut être illicite ! »

Et jai refusé lenveloppe sans détour, affirmant ainsi ma position de citoyen : non messieurs, pas de cinq ! Vous irez balayer les rues !

Le recteur est reparti, lenveloppe à la main, sans avoir eu gain de cause.

Je restais sans argent, mais avec la satisfaction profonde de navoir rien lâché, ce sentiment si cher aux enfants de la République.

Je faisais un peu figure dobstiné un vieux gaulois solide, rond et fiable, différent du petit bonhomme qui finit mangé par le renard…

Après tout, pourquoi courir la forêt en chantant des inepties ? Voilà la morale : reste à la maison, tu verras, on vit très bien sans se jeter dans les bras de l’aventure !

Pourquoi donc chercher midi à quatorze heures, comme le Petit Chaperon Rouge ? Lesprit français serait-il porté sur les risques inutiles ?

Moi, Pierre-Henri, je suis prudent ; je nai jamais cherché les histoires. Mais ce sont elles qui viennent me chercher.

Cela faisait des années que jenseignais dans cette université. Depuis peu, ma charge de travail avait été réduite au minimum, mais ce minimum était devenu insupportable.

Les secrétaires, toutes ravissantes, me rapportaient chaque jour des exigences qui grandissaient comme une boule de neige.

Les attentes montaient, le salaire, lui, ne frémissait pas ! On devrait payer les enseignants pour pénibilité depuis longtemps.

Ni les « filles du bureau » ni la plupart des administrateurs ne comprenaient la mathématique avancée. Mais, pour diriger, nul besoin dy comprendre ; il suffit de manœuvrer !

Cest à moi quon demandait de tout savoir ! Et de produire des montagnes de rapports ! Où est ton rapport annuel, alors ? Allez, bouge-toi vieux grincheux !

La secrétaire ma regardé avec mépris : que tirer de ce dinosaure ? Il ne comprend rien, il ne sait même pas ce que veut dire « cringe » ! Jamais il na dit « wahou, trop cool ! »

Et ce pantalon… Affreux ! Il na pas dargent ou quoi ? Tout le monde porte des jeans maintenant.

Bref, le travail rapportait des euros, mais pas de bonheur : seule la famille men apportait javais une épouse merveilleuse, deux fils et cinq petits-enfants.

Avec Marguerite, cétait une histoire à part. Au début, la jolie Marguerite tout en boucles naimait pas du tout létudiant en maths que jétais. Mais moi, javais eu le coup de foudre dès le premier regard.

Malgré tout, elle a accepté un rendez-vous. Cétait juste avant le Nouvel An.

Les hivers étaient rudes. Et la première chose que jai demandée était :

Tu as mis des sous-vêtements chauds ? Il fait très froid aujourdhui !

Des sous-vêtements chauds ? a-t-elle eu du mal à croire.

Oui, des pantalons bien épais !

Elle a rougi, déçue et vexée.

Non, elle ne demandait pas quon recouvre son chemin de pétales : à lépoque, trois œillets suffisaient pour faire chic.

Dailleurs, malgré le froid, japportais cinq œillets emballés dans du journal. Je les ai offerts, puis rangés sous mon manteau : tout le monde faisait ça à lépoque. Cétait validé.

Comme dans ce film culte : « Un pantalon jaune trois fois meuh ! »

Ce film nétait pas encore sorti, mais lanalogie était là : pantalon chaud trois fois ouh !

On parlait alors de sujets élevés : villes nouvelles, la centrale de Bugey, la querelle des scientifiques et des poètes. Et voilà quon discute pantalons dhiver quelle banalité !

En plus, je portais une casquette alors que tout le monde saffublait dun bonnet de fourrure ; la casquette était trop petite.

Marguerite comprendra plus tard que je ne me souciais jamais de vêtements ! Mais ce jour-là, mon allure corpulent sous une petite casquette rappelait une théière avec son petit bouton au centre…

Marguerite sest sentie triste et gênée : quelle idée daccepter ce rendez-vous ! Elle sest éclipsée sous faux prétexte, et on ne sest plus revus.

Le prétendant est réapparu quatre ans plus tard, par hasard, dans la rue. Quatre ans, vous imaginez ! Pendant tout ce temps, je nai jamais cessé daimer Marguerite.

Et elle ? À vingt-cinq ans, elle nétait pas mariée, ce qui était rare alors.

Comment ça une si belle fille toujours célibataire ? Rien de convenable à lhorizon !

Tout paraissait incertain, frivole. Les souvenirs du pantalon chaud ne lui faisaient plus honte, ils étaient devenus doux.

À la seconde rencontre, le jeune docteur Dubois portait une très belle toque en loutre alors que les autres affichaient le lapin.

Non, Marguerite nétait pas intéressée par largent. Elle voyait simplement son prétendant autrement : lirritation lavait aveuglée la première fois.

Nous avons commencé à sortir ensemble. Bientôt, Marguerite est devenue madame Dubois, mon précieux allié : elle est tombée sous le charme de mon humour.

Maintenant, devant lamphi, je pensais à elle : quelle chance de lavoir à mes côtés !

Il fallait commencer le cours, mais il ny avait pas assez détudiants. Jattendais. Sur quinze, trois seulement étaient présents.

Après tout, on la assez dit : « payé, donc validé ! »

Je nai pas attendu plus : jai commencé le cours.

Trente minutes plus tard, un étudiant dune nationalité voisine entre sans se presser.

Pourquoi êtes-vous en retard ? ai-je demandé.

Je suis allé aux toilettes, javais mal au ventre ! a répliqué le jeune homme, beau et impudent.

Trente minutes aux toilettes ?

Jétais vraiment mal ! sans sourciller.

Lamphi a pouffé de rire…

Que faire ? Le mépris pour les profs était à son comble ! Jamais vu ça ! Et que dire des écoles ?

Le cours sest poursuivi : je nallais pas donner de la confiture aux cochons. Javais déjà décidé quoi faire.

Je prends toujours mes décisions de façon rationnelle, réfléchie, responsable. Cest dans mes habitudes.

Jen ai eu confirmation au partiel : cet étudiant na pas su répondre à une seule question même la moyenne était hors de portée. Son nom figurait pourtant sur la liste des « à noter cinq »…

Il sest contenté de me fixer dun air défiant : que peux-tu, professeur, puisque le recteur a ordonné ?

Tu sais combien jai versé, moi ? On verra comment tu ten sortiras quand le recteur te tombera dessus !

Pourquoi ne savez-vous rien ? ai-je demandé.

Jétais malade, impossible de réviser !

Malade de quoi ?

Le ventre, vous savez bien !

Le beau barbu se balançait sur sa chaise…

Ah, mais cest vrai ! Comment ai-je pu oublier que vous êtes notre envoyé spécial ! On ne laurait pas deviné ! ai-je lâché calmement, en tendant la copie non signée. Vous reviendrez pour la rattrapage !

Et, complètement déconcerté par mon audace, il a quitté la salle sans un mot…

Ensuite, jai envoyé un e-mail sec au recteur « votre réponse à Chamberlain » : Vous voulez des cinq, mettez-les vous-même !

Puis jai rédigé ma lettre de démission, décidé à ne pas revenir dès le lendemain, ni à effectuer les deux semaines de préavis. Quils fassent ce quils veulent de mon dossier cétait définitivement terminé !

Quils sorganisent maintenant : jétais le seul professeur danalyse avancée de la faculté…

Marguerite, jai déposé ma lettre de démission ! ai-je téléphoné une fois de plus. Tu acceptes un retraité sans emploi ?

On verra comment tu te comportes ! ma-t-elle répondu. Tu veux du chou farci ou du poisson pour le déjeuner ?

Vu que je suis un bon mari, fais donc du chou farci ! ai-je plaisanté. Et, comme toujours, jai ajouté : Il fait froid, mets ton pantalon épais pour aller faire les courses !

Moi aussi, je taime fort ! a murmuré Marguerite.

La leçon ? On peut perdre son statut, son travail, parfois même sa réputation, mais si lon garde son honneur et lamour de sa femme, on est plus riche que nimporte quel ministre.

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Heureusement, au moins j’ai eu de la chance avec ma femme ! — Lydie, j’ai posé ma lettre de démission ! — téléphone Paul à sa femme. — Tu acceptes un retraité au chômage ? — On verra comment tu te comportes ! — répond Lydie. Le professeur Oleg Paulovich Cherbakov, docteur ès sciences enseignant dans une des plus grandes universités de Paris, reçoit un courriel exigeant qu’il attribue la meilleure note en mathématiques avancées à cinq étudiants. Un paradoxe effarant : la meilleure note exigée en mathématiques supérieures… Le professeur, âgé et élevé dans la meilleure tradition républicaine — « il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux » — se retrouve confronté à cette injonction venue du rectorat, qui, plutôt que d’exiger une version contraire, lui commande de céder. Bref, mets cinq ! Avec mention, si possible ! Et la vie sera belle… Professeur fatigué, malade — diabète, hypertension et surpoids après soixante-dix ans, mais qui s’en soucie ? Ses étudiants ne l’aimaient pas, non — ils le haïssaient ! Et lorsque Lydie, sa femme, décida de consulter sa page d’avis, elle manqua d’avoir une attaque, et pas de joie, mais de stupeur. Insultes à toutes les lettres de l’alphabet, tout ça parce qu’il était exigeant et ne notait que sur le mérite. Et, selon la nouvelle génération, il n’aurait pas dû faire ça — puisqu’ils payaient leurs études ! Comment ça, il fallait aussi avoir quelque chose dans la tête ? On imagine combien les dirigeants de l’institut avaient touché pour distribuer de telles directives… Pourtant, le professeur, fin observateur et amateur de sarcasmes, a tout de suite compris d’où venait le pot-de-vin — et a refusé le « cadeau » dans une élégante formule : « Celui qui vous paie en liquide finit souvent par finir au pénal ! » Il resta sans argent, mais avec un grand sentiment de satisfaction morale, si caractéristique des citoyens républicains de la vieille école. Le professeur, c’était un « bon costaud à la française », solide, fiable, à la différence de nos héros perdus dans la forêt… Là est la morale : reste chez toi — pourquoi courir les bois comme le Petit Chaperon rouge ? Oleg Paul ne cherchait jamais les aventures — mais elles le trouvaient. En poste depuis des décennies, sa charge avait diminué… mais les ennuis grandissaient. Les jolies secrétaires du département récitaient chaque jour les exigences montantes de la direction, tandis que la paie stagnait. Il aurait fallu depuis longtemps une prime de pénibilité pour les enseignants ! Elles n’y connaissaient rien en mathématiques, comme la plupart des responsables d’établissement. Pour gérer, pas besoin de savoir — il suffit de rédiger ! Où est le rapport annuel ? Allez, secoue-toi, professeur ronchon ! On le regardait de haut : que peut-on attendre de ce dinosaure ? Il ne sait même pas ce que veut dire « gênant » et ne s’exclame jamais « trop stylé » ! Et son pantalon, franchement ? Pourquoi pas des jeans comme tout le monde ? Le travail n’apportait plus que de la lassitude : la joie, c’était la famille — sa femme adorée, deux fils et cinq petits-enfants. Avec Lydie, c’était une longue histoire… Elle n’avait pas aimé au départ l’étudiant de maths. Lui, amoureux dès le premier regard, finit par la convaincre. Malgré le froid, Oleg lui apporta cinq œillets emballés dans du journal — le chic de l’époque. Première rencontre, entre poésie et prosaïsme : « Tu as mis un pantalon chaud ? » — de quoi rougir ! Plus tard, leur seconde rencontre, après quatre ans, les réunit. Et maintenant, à vingt-cinq ans, Lydie n’était toujours pas mariée — aucune opportunité crédible ! Et les souvenirs du pantalon chaud lui faisaient sourire… Entre-temps, Oleg était devenu maître de conférences avec une belle chapka en loutre, bien mieux que toutes les fourrures bas-de-gamme. Non, Lydie n’était pas vénale, elle le vit simplement autrement, libérée du malaise de la première fois. Ils se marièrent, elle devint le pilier du mathématicien. Et à chaque heure difficile, il pensait à elle : quel bonheur de l’avoir ! En ce jour, il attend le quorum pour sa leçon : trois présents sur quinze. Mais comme on disait : paye et tout ira bien ! Attendre n’était plus possible, il commence… Un étudiant entre, en retard, venant « des toilettes » — pour trente minutes ! Audace sans limite. Lecçon continuée, mais les décisions du professeur sont réfléchies et responsables. Lors du contrôle, le même étudiant ne sait rien, mais fait partie des cinq auxquels il « faut » mettre la meilleure note. Il se contente de fixer le prof, certain de son bras long. Mais Paul refuse l’arrangement, donne la feuille sans note, propose une nouvelle chance… et envoie un mail au recteur : les cinq, c’est vous qui les mettrez ! Il pose aussitôt sa démission, décidé à ne plus revenir, quitte à briser son dossier de carrière ! Tant pis pour eux — Paul était leur seul professeur de mathématiques supérieures… — Lydie, j’ai posé ma lettre de démission ! — annonce-t-il à sa femme. — On verra comment tu te comportes ! — répond Lydie. — Tu veux des choux farcis ou du poisson pour dîner ? — Puisque je suis un bon élève, fais donc des choux farcis ! — choisit Paul. Et ajoute, fidèle à son habitude : — Il fait froid, si tu sors, mets un pantalon chaud ! — Moi aussi, je t’aime ! — lui répond doucement Lydie.
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