Fête Inoubliable : Le Retour au Restaurant et la Nuit où Tout a Basculé

Journal intime Une célébration inoubliable : Le retour au restaurant
Hier soir, Paul et moi sommes rentrés tard après avoir fêté mon anniversaire dans un charmant restaurant parisien. La soirée fut splendide, entourée de ma famille, de ses collègues. Jai rencontré beaucoup de gens, certains pour la première fois, mais s’il les avait conviés, il devait avoir ses raisons.
Je nai jamais été du genre à remettre en question ses choix ; les disputes et conflits mépuisent. Au fil des années, jai trouvé plus simple de lui donner raison, même si je sentais que ma voix se noyait.
Éloïse, tu as les clés de lappartement ? Tu peux les sortir ?
Jai fouillé dans mon sac à main, cherchant les clés. Soudain, une douleur vive ma traversé le doigt et, dans le sursaut, mon sac est tombé par terre.
Mais quest-ce qui tarrive ? sest écrié Paul.
Je me suis piquée à quelque chose.
Avec tout ce bazar dans ton sac, ce nest pas surprenant.
Je nai rien répondu. Je me suis penchée pour ramasser mon sac, jai extirpé les clés en faisant attention. On est montés dans notre petit appartement sous les toits du 14ème arrondissement. Depuis lincident, une seule envie : filer sous la douche puis mécrouler au lit, les pieds en feu.
Le lendemain matin, en ouvrant les yeux, jai tout de suite senti un mal lancinant dans mon doigt, rouge et enflé. Ce pincement de la veille me revient en mémoire. Je fouille méthodiquement mon sac et découvre, au fond, une grosse aiguille rouillée.
Mais comment est-ce arrivé là ?
Je ne comprenais pas. Jai jeté laiguille à la poubelle, puis je me suis désinfectée la plaie avec la trousse de secours, enveloppant mon doigt dans un pansement. Jai pris la direction du bureau, mais avant même midi, jétais en nage, fiévreuse et brisée.
Jai appelé Paul :
Paul, je ne sais plus quoi faire. Jai de la fièvre, mal à la tête, le corps en vrac Jai retrouvé une vieil aiguille rouillée dans mon sac, tu imagines ?
Il faudrait aller voir un médecin, Éloïse. Ça pourrait être le tétanos, ou pire.
Ne tinquiète pas, jai bien désinfecté, tout ira bien.
Mais non. Les heures passant, je me sentais de plus en plus mal, jusquà peiner à finir ma journée. Impossible denvisager le métro, jai commandé un taxi et, une fois à la maison, me suis affalée sur le canapé, mendormant aussitôt.
Cest là que jai rêvé de ma grand-mère, Marguerite. Partie alors que je nétais quune gamine. Mais jai tout de suite su que cétait elle. Elle semblait frêle et âgée, mais sa présence mapaisait.
Dans mon rêve, Mémé Marguerite me guidait dans une prairie, mindiquant des plantes à cueillir pour préparer une infusion capable de purifier mon corps des ténèbres qui commençaient à menvahir. Elle ma prévenue : quelquun me voulait du mal. Je devais survivre, face à ce danger ; le temps pressait.
Je me suis réveillée en sueur glacée. Juste quelques minutes sétaient écoulées. Jai entendu la porte souvrir : Paul rentrait. À sa vue, il sest affolé :
Mais Éloïse, tu as vu ta tête ? Viens devant la glace.
Hier encore, je me voyais le visage rayonnant dune fille heureuse. Maintenant, javais devant moi une étrangère aux cheveux en bataille, cernée, le regard éteint.
Quest-ce qui marrive ?
Le rêve de ma grand-mère mest remonté en mémoire. Jai expliqué à Paul, presque en chuchotant :
Jai rêvé de Mémé Marguerite. Elle ma montré quoi faire
Éloïse, ça suffit. Habille-toi, on va à lhôpital.
Non, je nirai pas. Elle dit que les médecins ne peuvent rien pour moi.
Cest là qua éclaté une violente dispute, la première de notre vie commune. Paul ma traitée de folle, essayant de mentraîner de force vers la sortie.
Puisque tu refuses dy aller, jy vais sans toi.
Je me suis débattue, suis tombée contre le meuble de lentrée. Il sest énervé davantage, a attrapé son manteau, claqué la porte derrière lui. Jai tout juste eu la force denvoyer un message à mon chef, expliquant quil me faudrait plusieurs jours de repos.
Paul est revenu autour de minuit, penaud, cherchant à sexcuser. Je lui ai à peine parlé, me contentant de demander :
Conduis-moi demain dans le village de mon enfance, celui où vivait Mémé Marguerite.
Au matin, javais lair dun fantôme, mais jai tenu bon. Paul a plaidé pour lhôpital, la peur dans la voix.
Éloïse, je ten supplie, ne fais pas lidiote, je ne veux pas te perdre.
Mais nous avons pris la route pour la Bourgogne. Je ny avais plus mis les pieds depuis la vente de la maison familiale. Jai somnolé tout le trajet, ne reprenant mes esprits quà lapproche du village, pointant un chemin du doigt :
Cest là-bas.
Je suis descendue tant bien que mal de la voiture, maffaissant dans lherbe. Mais au cœur de ce champ, jai trouvé les herbes aperçues en rêve. Nous sommes rentrés, Paul ma aidée à préparer la tisane selon les instructions de Mémé Marguerite. Lentement, à chaque gorgée, la vie revenait.
Après quelques allers-retours pénibles aux toilettes, jai vu que mon urine était noire. Loin dêtre effrayée, jai murmuré, comme Mémé Marguerite me lavait appris :
Les ténèbres séchappent
La nuit suivante, ma grand-mère est revenue, mexpliquant quon mavait envoyé un sort via laiguille rouillée, et que la décoction ne me sauverait que temporairement. Il me faudrait démasquer lennemi et retourner le mauvais sort. Elle a avoué ignorer lidentité du coupable, mais Paul semblait impliqué, dune façon ou dune autre. Si javais gardé la vieille aiguille, elle aurait su qui cétait.
Voilà ce que tu vas faire : achète une boîte daiguilles et, sur la plus grosse, récite : « Esprits de la nuit, révélez la vérité ! Penchez-vous sur moi, montrez mon ennemi » Mets cette aiguille dans le sac de Paul. La personne à lorigine du sort se piquera, et ainsi tu la reconnaîtras. Tu pourras lui renvoyer ce quelle ta fait.
Le rêve sest dissous dans la brume. Je me suis réveillée, encore faible, mais animée par la certitude que Mémé Marguerite me guidait. Paul est resté à la maison ce jour-là pour prendre soin de moi, sétonnant même que je veuille sortir seule faire quelques courses :
Éloïse, sois raisonnable, tu tiens à peine debout.
Prépare-moi plutôt une soupe, jai faim comme jamais.
Jai suivi la méthode de Mémé Marguerite, glissé laiguille dans le sac de Paul avant de dormir. Avant déteindre la lumière, il ma demandé :
Tu es sûre de toi ? Tu ne veux pas que je reste près de toi ?
Ça ira, ne tinquiète pas.
Je me sentais déjà un peu mieux, mais sentais en moi la présence malsaine, tapie dans mon corps. Jattendais le retour de Paul du bureau avec impatience.
Dès le seuil, je lui ai demandé :
Ta journée, comment ça sest passé ?
Bizarrement, figure-toi quAgnès, la nouvelle du secrétariat, a voulu maider à retrouver mes clés dans mon sac, vu que je portais des tonnes de dossiers. Elle sest piquée à une aiguille elle était furieuse !
Dis-moi, Paul, il y a quelque chose entre toi et Agnès ?
Mais pas du tout ! Je naime que toi. Agnès est juste une collègue, rien de plus.
Elle était là, au restaurant, le soir de mon anniversaire ?
Oui, évidemment. Cest une bonne camarade, cest tout.
Tout sest éclairé dans ma tête. Jai compris comment cette aiguille avait pu aboutir dans mon sac.
Paul sest éclipsé dans la cuisine. Cette nuit-là, Mémé Marguerite mest apparue à nouveau et ma révélé comment rendre à Agnès le mal quelle mavait lancé. Elle comprenait maintenant : Agnès voulait mévincer pour prendre ma place auprès de Paul. Si elle ny arrivait pas naturellement, elle utilisait des moyens occultes. Cette femme était prête à tout.
Jai accompli les instructions de Mémé Marguerite. Moins de deux semaines plus tard, Paul ma appris quAgnès était en arrêt maladie, victime dun mal mystérieux.
Jai alors demandé à Paul de maccompagner, le week-end suivant, au cimetière du village de Mémé Marguerite. Jy suis allée, armée dun joli bouquet et de gants pour désherber la tombe. Jai eu du mal à trouver la sépulture, mais en la découvrant enfin, jai reconnu sur lovale de porcelaine le doux visage qui me visitait la nuit et mavait sauvée.
Jai nettoyé la tombe, arrangé les fleurs.
Mémé, pardon de ne pas être venue, je pensais quune visite annuelle suffisait. Je me trompais. Dorénavant, je viendrai plus souvent. Sans toi, je ne serais sans doute plus là.
Jai alors eu la sensation dune caresse légère sur mes épaules. Lorsque je me suis retournée : personne, juste un souffle de vent dans la brise bourguignonneÀ cet instant, le vent a soufflé plus fort dans le cimetière, faisant bruisser les peupliers centenaires. Un rayon de soleil a percé les nuages, éclairant la pierre gravée au nom de Marguerite. Jai fermé les yeux, sentant la paix menvahir. Toute la rancœur, la peur et la fatigue accumulées depuis ces jours sombres semblaient se dissoudre dans lair doux du printemps bourguignon.
Paul sest approché, ma serrée dans ses bras. Il sest excusé à voix basse, les mots alourdis de remords et de tendresse. Nous sommes restés là, enlacés devant la modeste tombe. Le silence nétait plus oppressant, mais apaisant, habité par une présence bienveillante.
Sur la route du retour, jai regardé par la fenêtre, le paysage défilant en verts et ors. Je savais que plus rien ne serait jamais exactement comme avant. Mais je me sentais plus forte, habitée dune certitude nouvelle : ma voix ne se tairait plus. À travers lépreuve et le secret des femmes de ma lignée, javais retrouvé la parole et le courage, offerts par celle qui, de lautre côté, veillait encore.
Le soir venu, dans lappartement sous les toits, jai écrit ces mots dans mon carnet, la main désormais guérie:
«Il y a dans chaque piqûre, chaque blessure, un avertissement mais aussi une force insoupçonnée, héritée de nos racines. Je suis vivante et, grâce à toi, Mémé, je naurai plus jamais peur de me battre, ni daimer, ni de me défendre. Même face aux ombres, je connais désormais la lumière.»
Et, en soufflant la flamme de la bougie, jai senti lécho dun rire tendre, quelque part entre les murs et le ciel de Paris.

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