Ma belle-mère a décidé de venir vivre dans mon appartement pour offrir le sien à ma fille.
Mon mari a grandi à Lyon, dans une famille bruyante et expansive. Sa mère, Madame Dupont, a eu des enfants jusquà la naissance de sa seule fille, Églantine. Une stratégie étrange, mais après tout, cela ne me regarde pas. Jeux de familles lyonnaises.
Quand jai épousé François, je croyais avoir tiré le bon numéro. Il paraissait raisonnable, impressionnant, solide comme un clocher de village. Il connaissait le sens du mot famille, mais jamais il ne sest détaché du giron maternel ni de la compagnie de sa jeune sœur. Sa mère ne montrait pas tant daffection pour ses fils, mais veillait jalousement à ce que la vie dÉglantine soit douce comme une brioche au beurre.
Églantine avait 10 ans lorsque je suis apparue, tel un souffle étrange, dans leur vie. Au début, cela navait pas grande importance, mais au bout de cinq ans, jai commencé à ressentir une gêne indescriptible. Elle rejetait lécole, traînait le soir sur les quais avec des garçons baguenaudant, et pour chaque détour de sa vie, cétait à mon mari quon réclamait secours à toute heure. Sa sœur pouvait le réveiller en pleine nuit pour lui demander conseil ou réconfort, et il accourait toujours.
Jai cru quÉglantine finirait par sassagir, se marier, senvoler sous dautres toits, que tout séclaircirait. Point du tout ! Lorsquelle a décidé dépouser son amour denfance, qui travaillait humblement dans une boulangerie, la belle-mère a ordonné aux frères de financer la noce, elle-même nayant pas un sou de côté. Le gendre rapportait moins quun Smic, si bien que les jeunes époux se sont vus contraints de loger chez la mère Dupont.
Les bébés sont venus, un puis deux, qui trouvaient la vie drôle dans lappartement exigu. Madame Dupont, voyant le chaos sinstaller, a trouvé la solution la plus baroque : elle sinstallerait chez nous à Annecy, offrant lancien appartement à Églantine et à la ribambelle. Petit détail, mon appartement, je lai acheté avec mes propres économies en euros, sans que mon mari n’investisse un seul centime. Et pourtant, il sen félicite et me répète « Ma mère taidera, tu verras ! »
Nous navons quun F2. Je nai ni envie dabandonner mon confort à la française, ni de renoncer à mon coin de salon pour partager mon espace avec quiconque. Ma belle-mère, confite dans ses convictions, pense que nous devons lhéberger puisquil revient, selon la tradition, à laîné de sassurer du bien-être parental.
Jaime toujours François ; le divorce me semble inconcevable comme nuit sans étoiles à la campagne. Mais comment lui ouvrir les yeux ? Comment lui dire que partager sa vie avec sa mère, cest vivre un cauchemar digne dun tableau de Magritte ? Y aurait-il une âme charitable pour me souffler un conseil dans ce rêve absurde ?






