Tu comptes dire quelque chose ? dit-elle, debout dans ma cuisine, la voix tremblante dune fausse insouciance qui cachait à peine une tension glaçante.
Cétait il y a un an et demi, en plein hiver. Mon fils avait tout juste cinq mois. Le frère de mon mari mavait demandé sil pouvait venir passer une semaine chez nous avec sa petite amie. Comment refuser ? Je nen avais aucune envie, évidemment. On venait à peine daccueillir notre bébé, je manquais de sommeil, je ne mangeais presque pas, le temps me filait entre les doigts, et voilà que la famille sinvitait, insouciante de mes besoins. Je me suis dit : tant pis, ils pourront peut-être maider, au moins jaurai un peu de compagnie et quelquun avec qui prendre une tasse de thé.
Ils sont arrivés à Paris les mains vides, décidés à sinstaller une semaine. Même pas un petit hochet pour le bébé ! Chez moi, on nentre jamais les bras ballants chez une famille avec un nouveau-né cest ma mère qui me la appris ! Mais apparemment, ce nest pas le cas partout.
Ils prétendaient venir pour affaires, sans jamais préciser lesquelles.
Jai rempli mon rôle de bonne hôtesse : cuisiner, nettoyer, veiller à ce quils ne manquent de rien. Mais pendant tout leur séjour, cette fille, Camille, na pas levé le petit doigt. Pas une aide en cuisine, ni un coup de main pour la vaisselle, ni même de proposition de promener le bébé pendant que je mactivais dans lappartement.
Le matin, Camille partait vadrouiller dans Paris, Paul, son copain, dormait jusquà midi, mon mari, Étienne, était au bureau, et moi je tournais, épuisée, dans le salon avec le bébé. Elle rentrait, saffalait sur le canapé jusquau soir, ou bien zappait la télévision, les pieds sur la table basse.
Dehors il faisait froid, la gadoue empêchait de garder lappartement propre : il fallait sans cesse nettoyer les sols, préparer les repas, donner le bain, nourrir mon fils, recommencer.
Au bout de trois jours, jai craqué sous la fatigue. Jen ai parlé à Étienne il a haussé les épaules, marmonnant que les hommes ne se mêlaient pas des histoires entre femmes. Le lendemain, quand il est rentré du travail, les deux invités sont partis sans mot dire au cinéma.
Avec Étienne et Paul, on a préparé le dîner à quatre mains, cest vite allé. On a mangé, puis la superbe paire est revenue, chargée de bière, de chips, de tout ce qui fait plaisir lors dune soirée mais rien pour une mère allaitante. Même pas une pâtisserie ! Rien.
Ils sinstallent, engloutissent le repas, et se dirigent tout de suite vers le salon pour lancer un film. Ils appellent Étienne : Viens te joindre à nous ! Et là, la colère ma submergée.
Je lai attrapée discrètement à lécart, et jai murmuré entre deux sanglots étouffés :
Excuse-moi, mais tu pourrais au moins proposer daider ? Je suis épuisée, jai un bébé, tu sais Tu pourrais éplucher quelques pommes de terre pour la soupe, ou juste demander si jai besoin de quelque chose
Tu vas me faire la morale ? Je naime pas trop ce ton ! Moi aussi, je suis fatiguée, figure-toi.
Fatiguée, elle ? De quoi, du canapé ? Jai oublié toute diplomatie.
Écoute, tu es chez moi. Je ne suis pas ton invitée, cest toi qui es linvitée ici.
Eh bien, je nai pas à supporter ce genre de discours !
Très bien. Ramasse tes affaires, et partez tout de suite.
Ils sont partis en vitesse, claquant la porte derrière eux. Après leur départ, je me suis effondrée en larmes, blessée comme jamais.
Dites-moi : cest vraiment normal, un tel comportement ?







