Un simple ton de téléphone sur le portable de ma belle-fille a changé toutes mes bonnes intentions daider un jeune couple à trouver un appartement.
Jhabite seule dans un ravissant studio au cœur de Paris. Mon mari est décédé il y a cinq ans, et jai hérité de ma tante un autre appartement, un « deux pièces » situé dans un quartier moins chic, mais fort bien entretenu. Je lavais loué à un couple de jeunes locataires très soignés, qui passaient chaque mois récupérer le reçu et vérifier létat des lieux. Pendant deux ans, aucun souci à signaler.
Lorsque mon fils Guillaume sest marié avec Camille, ils ont décidé de démarrer leur vie de famille tous seuls : location et économies pour un premier apport de crédit immobilier. Je nai jamais été contre, car mon idée, à terme, était de leur rendre lappartement hérité de ma tante, histoire quils en fassent ce que bon leur semblait : rénover, décorer, revendre, voire installer un baby-foot dans le salon.
Un an après le mariage, la famille sest agrandie avec la naissance du petit Louis. Du coup, jétais dautant plus décidée à régler les papiers pour que lappartement revienne à mon fils. Bref, tout était entendu jusquà la semaine dernière.
Je venais de fêter mes 60 ans. Pour loccasion, javais réservé une belle table dans un restaurant branché du Marais. Jy ai convié mes amis et connaissances, évidemment Camille, Guillaume et leur adorable rejeton.
Avec Camille, notre entente est cordiale, mais elle a un tempérament comment dire ? Expressif. Rien de grave, juste de petites poussées dhumeur qui me rappellent ses jeunes années et le poids dun beau-père célèbre quelle na pas eu à porter. Mais ce soir-là, la façon dont elle ma mise en lumière devant tous les invités a radicalement changé ma perspective sur elle.
Leur bébé étant légèrement réfractaire au bruit, ma belle-fille mavait prévenue quils partiraient sans doute avant la pièce montée. Très bien, jai compris, chacun ses priorités.
Au moment de partir, Camille, paniquée, cherchait son téléphone. Naturellement, je lui ai proposé de laider et jai composé son numéro pour repérer le fameux portable disparu.
Nos invités nous ont observées, rieuses, un brin curieuses Puis, soudain, du rebord de la fenêtre, sest élevé un bruit inimitable : un aboiement féroce, des grondements de chien, suivis dun hurlement canin qui aurait réveillé tout Montmartre ! Tous les regards se sont tournés vers Camille. Devenue cramoisie, elle sest précipitée à la fenêtre, a récupéré son appareil et étouffé lappel.
Lassemblée, interloquée, me scrutait, puis se tournait vers elle Mon frère est alors intervenu héroïquement pour relancer lambiance avec un toast haut en couleur et quelques verres de Bordeaux, mais vous savez ce quon dit : quelque chose sétait cassé.
Le reste de la soirée, jai vu les petits groupes susurrer entre eux sur ce « choix original » de sonnerie. Le lendemain, jai réclamé des explications à Guillaume qui, manifestement, avait déjà entendu le fameux chien plus dune fois. Mais pour lui, tout ça, cétait du détail.
Depuis, jai mis notre projet de transmission dappartement entre parenthèses, en attendant des jours meilleurs. Jaimerais, au moins, entendre de simples excuses de la part de Camille et de Guillaume. Sils me prennent pour un chien soit, cest leur droit. Mais quils le disent au moins en face !







