Lorsque mes parents ont divorcé, je suis resté avec mon père… Ma mère ne m’a jamais pardonné.

Lorsque mes parents ont divorcé, je suis restée chez mon père, tandis que ma mère na jamais vraiment trouvé le moyen de me pardonner. Javais quinze ans quand tout a éclaté: ma mère, lassée de notre routine, a décidé quelle méritait une vie plus «heureuse» avec un homme plus jeune.

Je nai jamais eu limpression dappartenir à son monde. Depuis toute petite, elle se parlait dune petite fille aux cheveux blonds, aux yeux bleus perçants et à la peau de porcelaine. Au lieu de cela, je suis sortie, les cheveux noirs comme ceux de ma grandmère, le visage un peu trop rond, et le sourire toujours un peu trop large.

«Ne fais pas ce large sourire,» me disaitelle. «Avec ces dents, mieux vaut rester sérieuse.»
«Pourquoi tes cheveux sontils si indomptables?» sexclamaitelle en me tressant maladroitement. «Tu narriveras même pas à les coiffer!»
«Et cette petite patte de nez?» elle fronçait le nez comme si je lavais achetée au rayon des erreurs. «Une vraie patate qui dépasse du visage!»

Il était clair que les complexes que je portais nétaient pas nés de nulle part: ma mère me détestait tout simplement. Ainsi, lorsquelle a annoncé quelle partait sinstaller avec son nouveau compagnon, je suis restée chez mon père, Pierre, à Paris, 11ᵉ arrondissement. Ça la aussi surpris, mais jai décidé de le soutenir.

Quelques mois plus tard, Pierre a remis de lordre dans sa vie privée. De temps à autre, il me demandait de passer la nuit chez ses amis, ce que je faisais sans rancune; javais déjà mon âge, je comprenais. Mais je sentais quil voulait récupérer un peu de liberté et je me demandais comment quitter rapidement le domicile sans le déranger.

Un anniversaire de mon père reste gravé dans ma mémoire. Ce jour-là, jai préparé une petite fête surprise. Avec les quelques euros que javais économisés, jai acheté des ballons et un gâteau à la pâtisserie du coin. Jimaginais son visage silluminer en ouvrant la porte. Mais la porte de lappartement était fermée de lintérieur. En frappant, Pierre a entrouvert, jette un regard sur le cadeau et lance, sans même le voir:

«Clémence, dors ailleurs ce soir. Ne gâche pas ma soirée et referme la porte au nez.»

Je suis sortie dans le froid dun automne parisien, les ballons sélevant comme des bulles dair perdues. Jai pensé: «Je vais demander à mes amis de mhéberger cette nuit.» Le sentiment était désagréable; sil faisait chaud, je me serais bien couchée à la belleétoile. Jai donc pris le gâteau et je suis allée chez mon ami à Marseille, me disant au moins que je ne rentrais pas les mains vides.

Quelques années plus tard, Pierre sest remarié. Son nouvel appartement ne laissait plus de place ni dans les pièces, ni dans le cœur, pour moi. Jai dû me débrouiller toute seule. Peutêtre auraisje accompli plus si ma mère navait pas semé ces complexes dès lenfance; je me suis longtemps crue laide et inutile.

Heureusement, le destin a eu pitié. Jai rencontré un homme, Julien, qui ma offert son amour et ma redonné confiance en moi et en les autres. Aujourdhui, plus de vingt ans plus tard, jai une belle famille: un mari, deux enfants, et une vie paisible à Lyon. Je nai jamais repris contact avec mes parents.

Récemment, une vieille dame ma appelée dans la rue. Au premier regard, je ne lai pas reconnue, mais ses mots me sont revenues comme un vieux disque rayé:

«Bonjour, tu nas rien changé. Toujours la même petite fille simple, toujours incapable de thabiller correctement. Tu mas trahie en restant chez ton père, et je ne pourrai jamais te pardonner.»

Elle a continué, amère, à parler de ma «trahison», à me reprocher davoir choisi mon père plutôt quelle. Jai tenté de me justifier: «Cest toi qui es partie en premier!Astu une vie heureuse avec ton nouveau compagnon?»

Ma mère a fini par avouer que son nouveau couple na pas fonctionné, quelle vit maintenant seule, que sa retraite ne suffit plus. Elle souhaite rencontrer ma famille, prête à accepter mon aide pour réparer ce «trahison» quelle voit encore. Jai promis den parler à Julien et de faire connaissance avec ma bellemère.

Lannée suivante, jai passé le temps sous le slogan «Se souvenir des proches oubliés». Un mois après cette rencontre, jai failli trébucher sur mon père dans la rue. Même avec ses épouses, les choses ne se sont pas arrangées; il ma reproché de ne pas lavoir appelé, de mêtre enfuie, de ne pas lavoir aidé. Il veut maintenant connaître ses petitsenfants et son gendre.

Ainsi va la vie, entre quiproquos, réconciliations tardives et une bonne dose dironie française pour garder le sourire.

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