J’ai poussé mon fils à divorcer et je l’ai amèrement regretté… – Hier encore, ma belle-fille m’a déposé ma petite-fille pour le week-end, – se plaignait ma voisine Lucienne en me croisant sur le palier. – Impossible de nourrir correctement cet enfant ! “Maman m’a dit que les princesses ne mangent pas beaucoup !”, elle dit, prend deux cuillères et puis c’est tout ! Et pourtant, elle est toute pâle, elle brille de maigreur ! Lucienne n’a jamais supporté la compagne de son fils Antoine – Aurélie – simplement parce qu’elle avait sept ans de plus que lui. Et puis Antoine, sorti tout juste du lycée, était à peine un jeune homme. – Il n’avait jamais connu de femme avant elle ! – pestait ma voisine. – Forcément qu’il est tombé dans ses filets ! Elle l’a séduit avec son expérience, et voilà ! Mais Aurélie était une femme magnifique, pétillante. Toujours impeccable, sportive, bien habillée, engagée dans sa carrière. Rien d’étonnant à ce qu’Antoine ait craqué pour elle. Pas de magie : les hommes aiment d’abord avec les yeux. Aurélie suivait une diète saine et inculquait à sa fille une alimentation équilibrée : manger avec mesure, ne pas abuser, penser à sa santé et à sa ligne. Après quelques mois à peine, Aurélie tomba enceinte. Par défi envers sa future belle-mère, qui s’efforçait de saboter leur couple ? Par désir de mariage ? Ou simple hasard, peu importe en fin de compte. Antoine était déterminé à épouser Aurélie, bien qu’il venait d’avoir dix-huit ans et qu’elle en avait vingt-cinq. Diplôme en poche, Antoine intégra un BTS. Il jonglait entre études et boulot – le jeune couple s’installa loin des parents et il dut subvenir à leur foyer. D’abord locataires, ils achetèrent ensuite une chambre dans un foyer. Les jeunes vivaient heureux, mais la belle-mère ne désarmait jamais : elle trouvait sans cesse à redire sur Aurélie. Trop ceci, pas assez cela. Jamais une qualité, que des reproches. Elle accablait sa belle-fille et sermonnait son fils… Finalement, Aurélie limita au maximum les contacts avec Lucienne. Elle emmena leur fille partout : à la maternelle, à la gym, aux échecs… Sans compter son propre emploi du temps : boulot, salle de sport, coiffeur, manucure… Bref, elle était de moins en moins présente à la maison. Antoine rentrait souvent dans un appartement désert : sa fille à ses activités, sa femme occupée, rarement là. Un soir, la voisine, Marine – veuve de 38 ans et mère de deux ados – vint toquer à la porte. Sur la cuisine commune du foyer, une fuite d’eau menaçait les voisins du dessous – elle demanda à Antoine d’intervenir. Manuel et serviable, Antoine répara vite la fuite. Pendant ce temps, Marine préparait un dîner de pâtes et boulettes. Pour le remercier, elle lui proposa une assiette, qu’il accepta volontiers. Aurélie ne cuisinait presque plus par manque de temps – et Antoine n’avait pas revu de plats faits maison depuis des lustres. Dès lors, Marine invita souvent Antoine à dîner pendant l’absence de sa femme et de sa fille. Leurs soirées, complices et chaleureuses, devinrent incontournables. Une étincelle naquit peu à peu – ils ne comprirent même pas comment, mais impossible de se passer l’un de l’autre. Or, tout se savait au foyer. Quelqu’un informa Aurélie que son mari voyait la voisine pour plus que des histoires de plomberie… Le scandale éclata. Aurélie, fière, mit son mari dehors, vite fait, bien fait – valises bouclées, direction le couloir. À cette heure tardive, pas le choix : soit retourner chez ses parents, soit frapper chez Marine, qui l’accueillit à bras ouverts. La fille d’Aurélie et Antoine avait six ans. Antoine, 25 ans, Aurélie 32, Marine 39. En apprenant le départ de son fils, Lucienne savoura sa victoire. Mais lorsqu’elle découvrit qu’Antoine avait refait sa vie avec Marine, de quatorze ans son aînée et mère de deux enfants, elle devint soudain silencieuse… Son comportement me surprit. Elle avait tant critiqué Aurélie à cause de l’âge, et là – plus un mot, juste une acceptation totale. Un aveu de défaite ? Cette histoire de divorce remonte à une quinzaine d’années. Depuis, Antoine vit toujours auprès de Marine. Ils n’ont pas eu d’enfants ensemble, mais filent le parfait amour. Désormais, il a 40 ans, Marine 54. Lucienne les reçoit chez elle avec bienveillance – tout est paisible, serein, harmonieux. J’ai la certitude qu’Antoine est heureux. Et vous, pensez-vous qu’un couple puisse être heureux quand la femme est plus âgée ?

Ma belle-fille ma encore déposé ma petite-fille ce week-end, se plaignait ma voisine, Monique, en maccostant dans la cage descalier de notre immeuble haussmannien. Impossible de lui faire avaler quoi que ce soit ! « Maman ma dit que les princesses ne mangent pas beaucoup ! », elle me lance avec un petit sourire futé, avale deux cuillerées et cest fini ! Elle est toute pâle et maigre, on dirait quelle va senvoler.

Dès le premier jour, Monique na pas supporté Valentine, lépouse de son fils Nicolas. Elle ne lui a jamais pardonné davoir sept ans de plus que lui. Nicolas venait à peine davoir son bac, cétait un gamin ; et Valentine, déjà une femme faite.

Il navait jamais fréquenté de femmes avant elle ! sindignait Monique chaque fois quon se croisait devant la loge de la concierge. Ce nest pas un miracle quil soit tombé fou delle ! Elle la séduit, voilà tout !

Et Valentine quelle prestance ! Toujours élégante, des tenues choisies avec soin, une silhouette irréprochable, une carrière qui prenait doucement son envol. Rien détrange à ce que Nicolas ait été bouleversé la première fois quil la vue. Les hommes tombent amoureux dun regard. Et là, vraiment, il y avait de quoi.

Valentine surveillait son alimentation, jamais un excès, toujours une salade, de leau citronnée, et quelquefois, pour la petite, quelques légumes cuits à la vapeur. Elle voulait transmettre à sa fille ces habitudes saines : manger juste ce quil faut, penser à sa santé, à sa ligne, rester légère et souple.

Quelques mois seulement après avoir commencé à fréquenter Nicolas, Valentine est tombée enceinte. Par défi envers la future belle-mère ? Par envie profonde ? Ou simplement par hasard ? Peu importe : Nicolas avait décidé de lépouser, malgré ses 18 ans tout justes sonnés. Valentine en avait 25.

Nicolas a décroché son bac, puis il sest inscrit dans un BTS. Pour gagner un peu dargent, il a pris un job, histoire de faire vivre ce petit couple qui avait décidé de prendre son envol loin du giron parental. Au début, ils louaient un studio dans le XXe, puis ils ont acquis une petite chambre dans une résidence universitaire.

Ils étaient heureux, follement amoureux. Mais Monique, la mère, ne désarmait pas : tout y passait Valentine ne savait pas faire cuire un bœuf bourguignon, les chemises de Nicolas manquaient damidon, la petite nétait jamais assez couverte. Daprès Monique, Valentine navait aucun talent, des défauts en pagaille et aucun mérite. Elle nen ratait pas une, et Nicolas avait droit à toutes les critiques

Finalement, Valentine a réduit les ponts avec sa belle-mère au strict minimum. Cest elle qui conduisait leur fille au cours de danse, à la maternelle, puis au club déchecs. Elle filait après sa journée à lagence bancaire, courait encore au sport, trouvait le temps daller chez lesthéticienne ou chez le coiffeur Bref, elle nétait pratiquement jamais à la maison.

Nicolas, lui, rentrait souvent dans un appartement vide : leur fille avait des activités, Valentine nétait pas là ou soccupait dautre chose.

Un soir, alors quil sennuyait, on a frappé à sa porte : cétait Sophie, la voisine, jeune veuve de 38 ans avec deux enfants adolescents. La canalisation de la cuisine commune avait explosé. Elle a demandé à Nicolas le seul bricoleur du palier sil pouvait lui venir en aide avant quils rénove l’étage entier.

Nicolas a retroussé ses manches, a trouvé une clé à molette, réparé la fuite ; pendant ce temps-là, Sophie préparait son fameux gratin dauphinois avec des escalopes de veau. Pour le remercier, elle lui a offert une assiette Nicolas a accepté avec plaisir. Cela faisait des mois que Valentine navait pas eu le temps de lui cuisiner un vrai repas chaud.

À partir de ce soir-là, Sophie invitait Nicolas régulièrement dès que lappartement était désert : ils parlaient, partageaient une quiche maison ou des crêpes pendant que leurs enfants rangeaient la vaisselle. Peu à peu, une complicité est née, et un jour, sans même sen rendre compte, ils sont devenus inséparables. Ces dîners improvisés leur étaient devenus nécessaires, indispensables, presque secrets.

Mais dans un vieil immeuble parisien, tout finit par se savoir. Une voisine trop curieuse est vite allée rapporter à Valentine quon voyait souvent son mari passer la soirée sur le palier dà côté et que, visiblement, il nallait pas y lire Balzac.

Le scandale a éclaté, retentissant dans tout létage. Valentine, fière, a mis Nicolas à la porte, rassemblant ses vêtements à la va-vite et les balançant dans lescalier.

Il était trop tard pour aller chez ses parents ; la seule qui lui a ouvert sa porte ce soir-là, cest Sophie, bien entendu.

À lépoque, la petite Camille la fille de Nicolas et Valentine avait six ans. Nicolas en avait 25, Valentine 32, Sophie 39.

Quand Monique, la mère, a appris que Nicolas avait quitté sa femme, elle a exulté : victoire ! Mais en découvrant que son fils sétait installé chez une femme de 39 ans avec deux enfants à elle, plus âgée que lui de 14 ans, Monique a soudain gardé le silence

Son silence ma surprise. Tant dannées à critiquer Valentine parce quelle était plus âgée que Nicolas, et voilà quelle accepte tout de Sophie. Peut-être le goût amer de la défaite ?

Lhistoire de Nicolas et Valentine est ancienne, la rupture date de quinze ans déjà. Depuis tout ce temps, Nicolas partage sa vie avec Sophie. Ils nont pas eu de nouveaux enfants, mais ils vivent en parfaite harmonie, main dans la main, à Paris. Sophie a maintenant 54 ans, Nicolas 40. Monique reçoit tout le monde sans mot désagréable, sans querelle : la paix dans le salon familial. Et je vois dans les yeux de Nicolas quil est réellement heureux.

Et vous, croyez-vous au bonheur lorsque la femme est plus âgée ?

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J’ai poussé mon fils à divorcer et je l’ai amèrement regretté… – Hier encore, ma belle-fille m’a déposé ma petite-fille pour le week-end, – se plaignait ma voisine Lucienne en me croisant sur le palier. – Impossible de nourrir correctement cet enfant ! “Maman m’a dit que les princesses ne mangent pas beaucoup !”, elle dit, prend deux cuillères et puis c’est tout ! Et pourtant, elle est toute pâle, elle brille de maigreur ! Lucienne n’a jamais supporté la compagne de son fils Antoine – Aurélie – simplement parce qu’elle avait sept ans de plus que lui. Et puis Antoine, sorti tout juste du lycée, était à peine un jeune homme. – Il n’avait jamais connu de femme avant elle ! – pestait ma voisine. – Forcément qu’il est tombé dans ses filets ! Elle l’a séduit avec son expérience, et voilà ! Mais Aurélie était une femme magnifique, pétillante. Toujours impeccable, sportive, bien habillée, engagée dans sa carrière. Rien d’étonnant à ce qu’Antoine ait craqué pour elle. Pas de magie : les hommes aiment d’abord avec les yeux. Aurélie suivait une diète saine et inculquait à sa fille une alimentation équilibrée : manger avec mesure, ne pas abuser, penser à sa santé et à sa ligne. Après quelques mois à peine, Aurélie tomba enceinte. Par défi envers sa future belle-mère, qui s’efforçait de saboter leur couple ? Par désir de mariage ? Ou simple hasard, peu importe en fin de compte. Antoine était déterminé à épouser Aurélie, bien qu’il venait d’avoir dix-huit ans et qu’elle en avait vingt-cinq. Diplôme en poche, Antoine intégra un BTS. Il jonglait entre études et boulot – le jeune couple s’installa loin des parents et il dut subvenir à leur foyer. D’abord locataires, ils achetèrent ensuite une chambre dans un foyer. Les jeunes vivaient heureux, mais la belle-mère ne désarmait jamais : elle trouvait sans cesse à redire sur Aurélie. Trop ceci, pas assez cela. Jamais une qualité, que des reproches. Elle accablait sa belle-fille et sermonnait son fils… Finalement, Aurélie limita au maximum les contacts avec Lucienne. Elle emmena leur fille partout : à la maternelle, à la gym, aux échecs… Sans compter son propre emploi du temps : boulot, salle de sport, coiffeur, manucure… Bref, elle était de moins en moins présente à la maison. Antoine rentrait souvent dans un appartement désert : sa fille à ses activités, sa femme occupée, rarement là. Un soir, la voisine, Marine – veuve de 38 ans et mère de deux ados – vint toquer à la porte. Sur la cuisine commune du foyer, une fuite d’eau menaçait les voisins du dessous – elle demanda à Antoine d’intervenir. Manuel et serviable, Antoine répara vite la fuite. Pendant ce temps, Marine préparait un dîner de pâtes et boulettes. Pour le remercier, elle lui proposa une assiette, qu’il accepta volontiers. Aurélie ne cuisinait presque plus par manque de temps – et Antoine n’avait pas revu de plats faits maison depuis des lustres. Dès lors, Marine invita souvent Antoine à dîner pendant l’absence de sa femme et de sa fille. Leurs soirées, complices et chaleureuses, devinrent incontournables. Une étincelle naquit peu à peu – ils ne comprirent même pas comment, mais impossible de se passer l’un de l’autre. Or, tout se savait au foyer. Quelqu’un informa Aurélie que son mari voyait la voisine pour plus que des histoires de plomberie… Le scandale éclata. Aurélie, fière, mit son mari dehors, vite fait, bien fait – valises bouclées, direction le couloir. À cette heure tardive, pas le choix : soit retourner chez ses parents, soit frapper chez Marine, qui l’accueillit à bras ouverts. La fille d’Aurélie et Antoine avait six ans. Antoine, 25 ans, Aurélie 32, Marine 39. En apprenant le départ de son fils, Lucienne savoura sa victoire. Mais lorsqu’elle découvrit qu’Antoine avait refait sa vie avec Marine, de quatorze ans son aînée et mère de deux enfants, elle devint soudain silencieuse… Son comportement me surprit. Elle avait tant critiqué Aurélie à cause de l’âge, et là – plus un mot, juste une acceptation totale. Un aveu de défaite ? Cette histoire de divorce remonte à une quinzaine d’années. Depuis, Antoine vit toujours auprès de Marine. Ils n’ont pas eu d’enfants ensemble, mais filent le parfait amour. Désormais, il a 40 ans, Marine 54. Lucienne les reçoit chez elle avec bienveillance – tout est paisible, serein, harmonieux. J’ai la certitude qu’Antoine est heureux. Et vous, pensez-vous qu’un couple puisse être heureux quand la femme est plus âgée ?
«J’ai 67 ans, je vis seule… J’ai demandé à mes enfants de m’accueillir, mais ils ont refusé. Je ne sais plus comment vivre maintenant»