Olivier rentrait chez lui après une longue journée de travail. Un soir d’hiver banal, où la ville semblait engloutie sous une chape de grisaille. En passant devant l’épicerie du coin, il aperçoit un chien assis devant la porte : un bâtard fauve, ébouriffé, avec des yeux de gamin perdu. — Qu’est-ce que tu fais là ? grogna Olivier, mais il s’arrêta. Le chien leva la tête, le regarda sans rien demander. Juste un regard. « Il attend sûrement ses maîtres », pensa-t-il en reprenant sa route. Mais le lendemain, et les jours suivants, la même scène. Comme si le chien ne pouvait plus quitter cet endroit. Olivier finit par remarquer : les gens passent, certains jettent un croûton de pain, d’autres une saucisse. — Pourquoi tu restes là ? demanda-t-il un soir, s’accroupissant à côté. — Et tes maîtres ? Le chien s’approcha, avec prudence, puis posa sa tête contre la jambe d’Olivier. Olivier resta figé. Depuis combien de temps n’avait-il pas caressé un être vivant ? Trois ans qu’il vivait seul dans son appartement. Seulement le travail, la télé, le frigo. — Ma belle Lada, murmura-t-il sans trop savoir d’où venait ce prénom. Le lendemain, il lui apporta des saucisses. Une semaine plus tard — il posta une annonce sur Internet : « Chienne trouvée, recherche propriétaire ». Aucun appel. Un mois s’écoula. Un soir qu’il rentrait d’une garde tardive — il était ingénieur, souvent de nuit sur les chantiers — il aperçut un attroupement devant l’épicerie. — Que se passe-t-il ? demanda-t-il à sa voisine. — C’est le chien… Elle s’est fait renverser. Celle qui trainait là depuis des semaines. Son cœur se serra. — Où est-elle ? — À la clinique vétérinaire, boulevard Victor Hugo. Mais ils demandent une fortune… Et qui paierait pour une errante ? Olivier ne répondit rien. Il se précipita. Le vétérinaire secoua la tête : — Fractures, hémorragies internes. Les soins coûteront cher, et sans garantie de succès. — Soignez-la, répondit Olivier. Je paierai ce qu’il faut. Quand elle sortit de la clinique, il l’emmena chez lui. Pour la première fois depuis trois ans, son appartement reprit vie. Tout changea. Radicalement. Olivier ne se réveillait plus à cause du réveil, mais parce que Lada venait lui effleurer la main du museau. Comme pour dire : « Debout, maître. » Et il se levait, avec le sourire. Avant, ses matins commençaient par un café et les infos. Maintenant, c’était la promenade au parc. — On y va, ma belle ? disait-il, et Lada battait joyeusement de la queue. Les papiers furent mis en règle à la clinique : passeport, vaccins. Lada était officiellement à lui. Il photographiait chaque papier, au cas où. Les collègues étaient surpris : — Olivier, tu as rajeuni ou quoi ? Quel tonus, maintenant ! Il se sentait enfin utile. Pour la première fois depuis des années. Lada se révéla incroyablement intelligente. Elle comprenait tout. Lorsqu’il se faisait tard au travail, elle l’attendait derrière la porte avec un regard qui disait : « Je me suis inquiétée. » Le soir, ils flânaient longtemps dans le parc. Olivier lui parlait de son boulot, de la vie. C’était ridicule ? Peut-être. Mais Lada écoutait attentivement, poussant parfois un petit gémissement en guise de réponse. — Tu comprends, ma Lada ? Avant, je croyais que la solitude, c’était plus simple. Personne pour te gêner, personne pour t’embêter. Mais en fait… — il la caressait affectueusement — en fait, j’avais juste peur d’aimer à nouveau. Les voisins s’étaient habitués à ce duo. Madame Dubois, de l’immeuble d’à côté, gardait toujours un os en réserve pour Lada. — Elle est jolie, ta chienne, disait-elle. On voit qu’elle est aimée. Le temps passa. Un mois, un autre. Olivier pensa même ouvrir un compte Instagram à Lada. Elle était photogénique — sa robe rousse brillait comme de l’or au soleil. Puis, un jour, l’inattendu. Une promenade habituelle. Lada reniflait les buissons, Olivier consultait son téléphone sur un banc. — Gerda ! Gerda ! Olivier leva la tête. Une femme s’approchait, la trentaine, jogging de marque, blonde, maquillée. Lada se tendit, oreilles basses. — Excusez-moi, dit Olivier, vous faites erreur — c’est ma chienne. La femme planta ses mains sur ses hanches. — Comment ça, la vôtre ? Je ne suis pas aveugle, c’est MA Gerda ! Je l’ai perdue il y a six mois ! — Quoi ? — Oui ! Elle s’est échappée, je l’ai cherchée partout ! Vous me l’avez volée ! Olivier sentit la terre se dérober sous ses pieds. — Attendez. Perdue ? Je l’ai recueillie devant l’épicerie. Elle y traînait depuis des semaines ! — Ben oui, elle s’était perdue ! Je l’aime, on l’a achetée exprès avec mon mari, une chienne de race ! — De race ? Olivier regarda Lada. C’est juste une croisée. — Un métis rare ! Très cher ! Olivier se leva. Lada se colla contre lui. — D’accord. Si c’est bien votre chienne, montrez-moi ses papiers. — Quels papiers ? — Passeport vétérinaire, certificats de vaccination. N’importe quoi. La femme hésita : — Je les ai à la maison. Pas besoin ! Je la reconnais, c’est tout ! Gerda, viens ici ! Lada ne bougea pas. — Gerda ! Viens immédiatement ! La chienne se pressa encore un peu contre Olivier. — Vous voyez ? dit-il calmement. Elle ne vous connaît pas. — Elle fait la tête parce que je l’ai perdue ! cria la femme. Rendez-moi mon chien ! C’est du vol ! Des passants commencèrent à tourner la tête. — Vous savez quoi ? fit Olivier, sortant son téléphone, réglons ça légalement. J’appelle la police. — Appelez donc ! Je vais prouver que c’est la mienne ! J’ai des témoins ! — Quels témoins ? — Mes voisins m’ont vue quand elle s’est sauvée ! Olivier composa le numéro, le cœur battant. Et si elle disait vrai ? Si Lada s’était vraiment échappée ? Mais pourquoi être restée un mois devant l’épicerie, alors ? Pourquoi ne pas avoir retrouvé sa maison ? Et surtout, pourquoi tremblait-elle à présent sous sa main, cherchant refuge ? — Allô ? Police ? J’aurais besoin d’aide, il s’agit d’un différend au sujet d’un chien… La femme ricana : — Vous verrez. La justice triomphera. Rendez-moi mon chien ! Lada se serra encore plus fort contre Olivier. Il comprit alors qu’il se battrait pour elle. Jusqu’au bout. Car Lada était bien plus qu’un chien, elle était devenue sa famille. Le policier de quartier, l’agent Dubois — un type posé, carré — arriva une demi-heure plus tard. Olivier le connaissait de la copropriété. — Bon, expliquez-moi la situation, dit-il en sortant son carnet. La femme s’emporta la première : — C’est ma chienne ! Gerda ! On l’avait achetée 2 000 euros ! Elle s’est sauvée il y a six mois, je l’ai cherchée partout ! Ce monsieur me l’a volée ! — Je ne l’ai pas volée. Je l’ai trouvée devant l’épicerie du quartier. Elle était là, affamée, pendant un mois préalable. — Ah parce qu’elle s’est perdue ! Dubois observa Lada, toujours collée à Olivier. — Vous avez des documents ? — Oui. — Olivier sortit son dossier. — Voici le certificat de la clinique vétérinaire, après l’accident de voiture. Son passeport, vaccins à jour. L’agent regarda les papiers. — Et vous, madame ? — Mes pièces sont chez moi ! Mais ça ne change rien, c’est bien ma Gerda ! — Pouvez-vous me raconter précisément comment elle s’est perdue ? demanda Dubois. — Euh… En promenade, elle s’est enfuie. Je l’ai cherchée, j’ai mis des affiches. — Où la promenade ? — Au parc, pas loin. — Et vous habitez où ? — Boulevard Victor Hugo. Olivier tressaillit : — Mais c’est à deux kilomètres de l’épicerie où je l’ai trouvée. Comment aurait-elle fini là ? — Euh… Elle s’est sûrement perdue… — Les chiens retrouvent leur chemin, d’habitude. La femme rougit : — Qu’est-ce que vous y connaissez, aux chiens ? — Je sais une chose, répondit Olivier, une chienne aimée ne reste pas un mois à attendre dehors, affamée. Elle cherche sa famille. — J’ai une question, ajouta l’agent Dubois. — Vous avez mis des affiches. Mais pourquoi ne pas avoir signalé la disparition à la police ? — À la police ? Je n’y ai pas pensé. — En six mois ? Pour une chienne à 2 000 euros ? — Je pensais qu’elle rentrerait d’elle-même ! L’agent fronça les sourcils : — Vos papiers d’identité, s’il vous plaît. La femme, les mains tremblantes, chercha dans son sac : — Voici mon passeport. Dubois vérifia : — Tout est en règle. Dites-moi, la date exacte de la perte du chien ? — Le 20 ou le 21 janvier, quelque chose comme ça. Olivier montra son téléphone : — Je l’ai recueillie le 23 janvier. Et elle était déjà là depuis quasiment un mois. Donc elle s’était perdue avant. — Ou peut-être que je me trompe de date ! — la femme devenait nerveuse, puis finit par craquer : — D’accord, d’accord, gardez-la ! Mais je l’aimais, vous savez ! Silence. — Comment avez-vous pu faire ça ? murmura Olivier. — Mon mari a dit qu’on devait déménager et avec un chien, c’était impossible. Impossible à vendre, pas vraiment de race… Alors je l’ai laissée devant l’épicerie. Je me disais que quelqu’un la prendrait. Olivier sentit tout son être se soulever. — Vous l’avez abandonnée ? — Je l’ai laissée, pas abandonnée ! J’espérais qu’on la recueillerait. — Et aujourd’hui, pourquoi revenir ? La femme éclata en sanglots : — J’ai divorcé. Mon mari est parti. Je suis seule… Je voulais récupérer Gerda, je l’aimais ! Olivier n’arrivait pas à y croire. — De l’amour ? — Il répéta lentement. — On n’abandonne pas ceux qu’on aime. L’agent Dubois ferma son carnet. — C’est clair. Ce chien appartient à monsieur… — il consulta le passeport — Laurent. Il a pris soin de l’animal, l’a soignée, régularisé les papiers. Juridiquement, il n’y a rien à dire. La femme pleura : — Mais j’ai changé d’avis ! Je la veux à nouveau ! — Trop tard, répliqua sèchement Dubois. On n’abandonne pas, puis on revient comme si de rien n’était. Olivier s’accroupit auprès de Lada, la prit dans ses bras : — C’est fini, ma belle. Tout va bien. — Je peux au moins la caresser une dernière fois ? supplia la femme. Olivier regarda Lada. Elle rentra les oreilles, se blottit sous sa main. — Vous voyez ? Elle a peur de vous. — Ce n’était pas intentionnel. Les circonstances… — Vous savez… Les circonstances, ça ne tombe pas du ciel. Les gens les créent. Vous, vous avez choisi d’abandonner un être vivant. Et maintenant, vous regrettez. Mais ce n’est plus possible. La femme partit, vite, sans se retourner. Dubois tapota l’épaule d’Olivier : — Bonne décision. Ça se voit qu’elle tient à vous. — Merci. Vraiment. — Je connais — moi aussi, j’ai des chiens. Je sais. Quand l’agent fut parti, Olivier resta seul avec Lada. — Tu sais, plus rien ni personne ne nous séparera. Je te le promets. Lada leva les yeux vers lui. Il y vit plus que de la reconnaissance. Un amour infini, sans condition. — On rentre à la maison ? Lada aboya de joie et trottina à ses côtés. Sur le chemin, Olivier repensait aux paroles de la femme. Elle avait raison sur un point : la vie n’est jamais prévisible. On peut perdre son travail, son logement, tout. Mais il y a des choses qu’on ne doit jamais perdre : la responsabilité, l’amour, la compassion. À la maison, Lada s’installa sur son tapis favori. Olivier prépara le thé, s’assit à côté d’elle. — Tu sais, ma Lada… Au fond, c’est peut-être mieux ainsi. Maintenant, on sait qu’on a besoin l’un de l’autre. Lada poussa un long soupir, comblée.

Olivier rentre chez lui après une journée de travail. Un soir dhiver tout à fait ordinaire à Paris. La grisaille semble avoir tout recouvert, immergeant la ville dans une atmosphère dennui. Il passe devant lépicerie du quartier, et là, devant la vitrine, une chienne sest installée. Une bâtarde. Rousse, au poil hirsute. Dans ses yeux, une tristesse immense, celle dun enfant perdu.

Quest-ce que tu fais là, toi ? marmonne Olivier, pourtant il sarrête.

La chienne lève la tête vers lui. Elle ne réclame rien. Elle pose simplement ses yeux sur lui.

« Sans doute quelle attend ses maîtres », pense-t-il avant de reprendre sa route.

Mais le lendemain, la scène se répète. Et le surlendemain aussi. La chienne semble sêtre enracinée à cet endroit. Olivier commence à remarquer les passants ; certains la regardent à peine, dautres lui donnent un morceau de baguette, parfois un bout de saucisson.

Quest-ce que tu attends ici ? lui demande-t-il un soir, saccroupissant près d’elle. Où sont tes maîtres ?

Alors la chienne sapproche, craintive, et pose doucement sa tête contre la jambe dOlivier.

Il reste figé. Depuis combien de temps na-t-il pas caressé un être vivant ? Trois ans déjà depuis son divorce. Lappartement est si vide : juste le travail, la télé, le frigo.

Ma petite Louane murmure-t-il, sans même savoir doù lui vient ce prénom.

Le lendemain, il lui apporte des saucisses.

Une semaine plus tard, il publie une annonce sur LeBonCoin : « Chienne trouvée. Je recherche ses propriétaires ».

Personne ne répond.

Un mois passe. Un soir, alors quOlivier rentre dune garde de nuit sur un chantier il est ingénieur et doit parfois rester plusieurs jours sur place il aperçoit un attroupement devant le même supermarché.

Quest-ce quil se passe ? demande-t-il à sa voisine, Mme Martin.

Ah, cette pauvre bête a été renversée Celle qui attendait là depuis un mois.

Le cœur dOlivier se serre.

Où est-elle ?

À la clinique vétérinaire, boulevard Saint-Germain. Mais ils réclament une fortune Et cette chienne, personne nen veut, cest une errante.

Olivier ne répond rien. Il fait demi-tour et court.

À la clinique, le vétérinaire secoue la tête :

Multiples fractures, hémorragie interne Les soins coûteront cher. Et on ne peut garantir quelle survivra.

Soignez-la, répond Olivier. Dites-moi combien. Je paierai tout ce quil faut.

Quand elle sort de la clinique, il la ramène chez lui.

Pour la première fois depuis trois ans, son appartement retrouve de la vie.

Sa vie sen retrouve bouleversée.

Olivier ne se réveille plus au son du réveil, mais lorsque Louane vient toucher sa main de son museau, comme pour dire : « Allez, il est temps, maître ! » Et il se lève un sourire sur les lèvres.

Avant, la journée commençait par un café et les infos. Maintenant, cest la promenade au parc qui ouvre chaque matin.

Allez, ma grande, on va prendre lair ? lance-t-il en enfilant sa parka. Louane remue joyeusement la queue.

À la clinique, il fait tous les papiers nécessaires : carnet de santé, vaccins, puce. Officiellement, elle est désormais sa chienne. Il photographie même chaque document, au cas où.

Ses collègues nen reviennent pas :

Olivier, tu as rajeuni ? On dirait que tu as retrouvé la pêche !

Et en effet, il se sent à nouveau utile. Pour la première fois depuis des années.

Louane est dune intelligence rare. Il na même pas besoin de finir ses phrases, elle comprend tout. Sil rentre tard, elle lattend derrière la porte avec ce regard qui semble dire : « Jétais inquiète ».

Le soir, ils arpentent longuement les allées du Jardin du Luxembourg. Olivier lui parle de sa journée, de ses projets, de tout. Cest étrange ? Peut-être. Mais Louane semble attentive, parfois elle couine doucement en lécoutant.

Tu sais, ma Louane, avant, je croyais quil valait mieux être seul. Personne pour te déranger, personne pour tenvahir. En réalité il la caresse tendrement, javais juste peur de mattacher de nouveau.

Les voisins se sont habitués à eux. Mme Martin leur garde toujours un os de côté.

Elle est belle, votre chienne. Ça se voit quelle est aimée, assure-t-elle.

Les semaines passent. Olivier songe même à ouvrir un compte Instagram à Louane. Elle est si photogénique, sa fourrure rousse brille dor sous le soleil.

Et puis, un jour, linattendu se produit.

Une promenade dans le parc, comme à lhabitude. Tandis que Louane explore les buissons, Olivier est assis sur un banc, absorbé par son téléphone.

Prunelle ! Prunelle !

Olivier lève la tête. Une femme dune trentaine dannées s’approche deux, survêtement griffé, maquillage parfait, blonde.

Louane devient méfiante et baisse les oreilles.

Excusez-moi, dit Olivier, mais je crois que vous faites erreur. Ceci est ma chienne.

La femme sarrête, mains sur les hanches.

Comment ça, « votre » ? Je la reconnais : cest ma Prunelle ! Je lai perdue il y a six mois !

Quoi ?

Je vous assure ! Elle sest échappée devant mon immeuble, je lai cherchée partout ! Vous me lavez volée !

Le sol se dérobe sous les pieds dOlivier.

Attendez, vous lavez perdue comment ? Je lai trouvée devant lépicerie du coin, elle y a attendu des semaines, abandonnée !

Oui, parce quelle était perdue ! Je ladorais, cest une chienne de race que nous avions achetée à prix dor !

Chienne de race ? Olivier regarde Louane. Cest une bâtarde.

C’est un croisé de race rare et très cher !

Olivier se lève. Louane se colle contre ses jambes.

Bon, sil sagit bien de votre chien, montrez-moi ses documents.

Quels documents ?

Carnet de santé, certificats de vaccination, nimporte quoi.

La femme hésite :

Je les ai chez moi. Mais ça na pas dimportance ! Cest bien elle ! Prunelle, viens !

Louane ne bouge pas.

Prunelle ! Ramène-toi !

La chienne saggripe encore plus à Olivier.

Vous voyez ? murmure-t-il. Elle ne vous reconnaît pas.

Elle men veut de lavoir perdue, voilà tout ! Mais cest la mienne ! Je vous demande de me la rendre !

Jai tous les papiers, répond calmement Olivier. Certificat de soin après laccident, carnet de santé, reçus de croquettes et de jouets

Je me fiche de vos papiers ! Cest un vol !

Les badauds sarrêtent, intrigués.

Vous savez quoi ? propose-t-il en sortant son téléphone. Faisons cela dans les règles. Jappelle la police.

Appelez donc ! Japporterai des témoins !

Quels témoins ?

Mes voisins mont vue quand elle a fui !

Olivier compose le numéro, la gorge serrée. Et si elle disait vrai ? Si Louane appartenait à cette femme ?

Mais pourquoi alors serait-elle restée plantée un mois devant le supermarché ? Pourquoi ne cherchait-elle pas à rentrer chez elle ?

Et surtout, pourquoi tremble-t-elle, terrée contre lui ?

Allô ? Police ? Jai une situation à régler…

La femme sourit dun air mauvais :

Vous verrez, la justice triomphera. Rendez-moi ma chienne maintenant !

Tandis que Louane reste pressée contre Olivier.

À cet instant, il comprend quil ne renoncera pas à elle. Jamais.

Parce quen quelques mois, Louane est devenue bien plus quun simple animal.

Elle est sa famille.

Le commissaire arrive une demi-heure plus tard. Sergent Moreau un homme réfléchi, de bon sens, quOlivier connaît par le syndic.

Alors, racontez-moi tout, lance-t-il, carnet à la main.

La femme sempresse, débite vite, décousue :

Cette chienne, Prunelle, cest la mienne ! Elle a coûté cinq mille euros ! Elle sest enfuie il y a six mois, je lai cherchée partout ! Lui, il me la volée !

Je ne lai pas volée, je lai recueillie, coupe calmement Olivier. Elle errait devant le commerce, elle est restée là un mois, affamée.

Parce quelle était perdue !

Le sergent regarde Louane, qui ne quitte pas Olivier.

Y a-t-il des papiers quelconques ?

Les miens, Olivier tend une pochette. Par chance, il avait gardé tous les documents à la suite de la dernière visite vétérinaire.

Voici le certificat de soin, le carnet vétérinaire. Elle est pucée, toutes les vaccinations sont à jour.

Le commissaire parcourt les documents.

Et vous, madame, quavez-vous ?

Tout est à la maison ! Mais cest bien Prunelle, jen suis sûre !

Pouvez-vous préciser les circonstances de la perte ? demande Moreau.

Eh bien, je la promenais. Elle a tiré sur sa laisse et sest enfuie. Jai mis des annonces partout.

Où était-ce ?

Au parc, juste à côté.

Et votre domicile ?

Boulevard Saint-Germain.

Olivier tressaille :

Attendez, cest à deux kilomètres de lendroit où je lai trouvée. Comment expliquer cela ?

Elle sest perdue, voilà tout !

Mais en général, les chiens retrouvent leur chemin.

La femme rougit.

Et qu’est-ce que vous en savez, des chiens ?

Je sais, murmure Olivier, quune chienne aimée ne reste pas assise, affamée, un mois au même endroit. Elle cherche à rentrer chez elle.

Puis-je poser une question ? intervient Moreau. Pourquoi, si vous la cherchiez, navez-vous jamais contacté la police ?

La police ? Je ny ai pas pensé

En six mois ? Une chienne de cinq mille euros et vous navez pas appelé la police ?

Je pensais quon la retrouverait

Le commissaire fronce les sourcils :

Madame, puis-je voir vos papiers ainsi que votre adresse ?

La femme sort son portefeuille, mains tremblantes.

Voici mon passeport.

Le sergent vérifie.

Bien. Vous habitez effectivement boulevard Saint-Germain. Quel est votre numéro dappartement ?

Le vingt-troisième.

Très bien. À quelle date précise avez-vous perdu la chienne ?

Le vingt ou le vingt et un janvier.

Olivier sort son téléphone :

Je lai trouvée le vingt-trois janvier, déjà installée devant lépicerie depuis presque un mois.

Donc, la fuite date dencore plus longtemps.

Jai dû me tromper de date ! la femme sénerve.

Finalement, elle éclate :

Bon ! Laissez-lui… Mais je vous jure, je laimais vraiment !

Un silence tombe.

Comment cela a-t-il pu arriver ? demande doucement Olivier.

Mon mari a décidé quon devait déménager impossible demmener un chien. Et impossible de la vendre cest une croisée, personne nen voulait. Alors je lai laissée devant le commerce. Je pensais que quelquun la recueillerait.

Olivier sent quelque chose se nouer en lui.

Vous lavez abandonnée ?

Non, je lai laissée. Les gens sont gentils, quelquun laurait prise.

Alors pourquoi vouloir la récupérer aujourdhui ?

Elle laisse échapper un sanglot :

Mon mari est parti. Je suis seule. Jaimerais tellement retrouver Prunelle. Je tenais vraiment à elle.

Olivier la regarde, incrédule.

Tenir à quelquun, ça nest pas labandonner.

Le commissaire range son carnet.

Cest clair. Légalement, la chienne appartient à Olivier Duprat. Il a pris soin delle, fait tous les papiers. Rien à dire.

La femme gémit :

Mais jai changé davis ! Je veux la reprendre !

Cest trop tard, tranche le sergent. On ne reprend pas ce quon a jeté.

Olivier saccroupit près de Louane et la serre dans ses bras.

Ça va, ma belle Cest terminé, je suis là.

Je peux au moins la caresser encore une fois ? ose demander la femme. Juste une dernière fois ?

Olivier regarde Louane. Elle replie ses oreilles, se glisse davantage sous sa main.

Vous voyez bien ? Elle a peur de vous.

Ce nest pas exprès Les circonstances

Les circonstances ne simposent pas à nous, dit Olivier en se levant. Nous les créons. Vous avez choisi dabandonner votre chienne, et aujourdhui vous regrettez parce que vous êtes seule.

La femme éclate en larmes :

Je comprends Mais la solitude est si lourde

Et elle, elle était heureuse, abandonnée sous le froid, à attendre désespérément que vous reveniez ?

Silence.

Prunelle appelle la femme tout bas, une dernière fois.

Louane ne bronche pas.

Alors la femme tourne les talons et sen va. Rapidement. Sans se retourner.

Le commissaire donne une tape légère sur lépaule dOlivier :

Vous avez pris la bonne décision. Ça se voit, elle est bien chez vous.

Merci pour votre compréhension.

Pas de quoi. Jai moi-même des chiens, je comprends.

Une fois tout le monde parti, Olivier et Louane restent seuls.

Voilà, dit-il en la caressant. Plus rien ni personne ne nous séparera. Je te le promets.

Louane lève les yeux vers lui. Et dans ce regard, il ny a pas de simple gratitude, mais toute limmensité de lamour dun animal.

Lamour.

On rentre à la maison ?

Elle aboie de joie et se colle à sa jambe.

En rentrant, Olivier réfléchit : cette femme avait raison sur un point. Les circonstances changent, oui. On peut perdre un emploi, un toit, de largent.

Mais il y a une chose quon ne doit jamais perdre : la responsabilité, lamour, la compassion.

Dans lappartement, Louane retrouve son tapis préféré. Olivier prépare une tasse de thé et sassied à côté delle.

Tu sais, ma Louane, dit-il pensivement, tout compte fait, cest peut-être mieux ainsi. Maintenant, nous savons vraiment : nous avions besoin lun de lautre.

Louane soupire, heureuse.

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Olivier rentrait chez lui après une longue journée de travail. Un soir d’hiver banal, où la ville semblait engloutie sous une chape de grisaille. En passant devant l’épicerie du coin, il aperçoit un chien assis devant la porte : un bâtard fauve, ébouriffé, avec des yeux de gamin perdu. — Qu’est-ce que tu fais là ? grogna Olivier, mais il s’arrêta. Le chien leva la tête, le regarda sans rien demander. Juste un regard. « Il attend sûrement ses maîtres », pensa-t-il en reprenant sa route. Mais le lendemain, et les jours suivants, la même scène. Comme si le chien ne pouvait plus quitter cet endroit. Olivier finit par remarquer : les gens passent, certains jettent un croûton de pain, d’autres une saucisse. — Pourquoi tu restes là ? demanda-t-il un soir, s’accroupissant à côté. — Et tes maîtres ? Le chien s’approcha, avec prudence, puis posa sa tête contre la jambe d’Olivier. Olivier resta figé. Depuis combien de temps n’avait-il pas caressé un être vivant ? Trois ans qu’il vivait seul dans son appartement. Seulement le travail, la télé, le frigo. — Ma belle Lada, murmura-t-il sans trop savoir d’où venait ce prénom. Le lendemain, il lui apporta des saucisses. Une semaine plus tard — il posta une annonce sur Internet : « Chienne trouvée, recherche propriétaire ». Aucun appel. Un mois s’écoula. Un soir qu’il rentrait d’une garde tardive — il était ingénieur, souvent de nuit sur les chantiers — il aperçut un attroupement devant l’épicerie. — Que se passe-t-il ? demanda-t-il à sa voisine. — C’est le chien… Elle s’est fait renverser. Celle qui trainait là depuis des semaines. Son cœur se serra. — Où est-elle ? — À la clinique vétérinaire, boulevard Victor Hugo. Mais ils demandent une fortune… Et qui paierait pour une errante ? Olivier ne répondit rien. Il se précipita. Le vétérinaire secoua la tête : — Fractures, hémorragies internes. Les soins coûteront cher, et sans garantie de succès. — Soignez-la, répondit Olivier. Je paierai ce qu’il faut. Quand elle sortit de la clinique, il l’emmena chez lui. Pour la première fois depuis trois ans, son appartement reprit vie. Tout changea. Radicalement. Olivier ne se réveillait plus à cause du réveil, mais parce que Lada venait lui effleurer la main du museau. Comme pour dire : « Debout, maître. » Et il se levait, avec le sourire. Avant, ses matins commençaient par un café et les infos. Maintenant, c’était la promenade au parc. — On y va, ma belle ? disait-il, et Lada battait joyeusement de la queue. Les papiers furent mis en règle à la clinique : passeport, vaccins. Lada était officiellement à lui. Il photographiait chaque papier, au cas où. Les collègues étaient surpris : — Olivier, tu as rajeuni ou quoi ? Quel tonus, maintenant ! Il se sentait enfin utile. Pour la première fois depuis des années. Lada se révéla incroyablement intelligente. Elle comprenait tout. Lorsqu’il se faisait tard au travail, elle l’attendait derrière la porte avec un regard qui disait : « Je me suis inquiétée. » Le soir, ils flânaient longtemps dans le parc. Olivier lui parlait de son boulot, de la vie. C’était ridicule ? Peut-être. Mais Lada écoutait attentivement, poussant parfois un petit gémissement en guise de réponse. — Tu comprends, ma Lada ? Avant, je croyais que la solitude, c’était plus simple. Personne pour te gêner, personne pour t’embêter. Mais en fait… — il la caressait affectueusement — en fait, j’avais juste peur d’aimer à nouveau. Les voisins s’étaient habitués à ce duo. Madame Dubois, de l’immeuble d’à côté, gardait toujours un os en réserve pour Lada. — Elle est jolie, ta chienne, disait-elle. On voit qu’elle est aimée. Le temps passa. Un mois, un autre. Olivier pensa même ouvrir un compte Instagram à Lada. Elle était photogénique — sa robe rousse brillait comme de l’or au soleil. Puis, un jour, l’inattendu. Une promenade habituelle. Lada reniflait les buissons, Olivier consultait son téléphone sur un banc. — Gerda ! Gerda ! Olivier leva la tête. Une femme s’approchait, la trentaine, jogging de marque, blonde, maquillée. Lada se tendit, oreilles basses. — Excusez-moi, dit Olivier, vous faites erreur — c’est ma chienne. La femme planta ses mains sur ses hanches. — Comment ça, la vôtre ? Je ne suis pas aveugle, c’est MA Gerda ! Je l’ai perdue il y a six mois ! — Quoi ? — Oui ! Elle s’est échappée, je l’ai cherchée partout ! Vous me l’avez volée ! Olivier sentit la terre se dérober sous ses pieds. — Attendez. Perdue ? Je l’ai recueillie devant l’épicerie. Elle y traînait depuis des semaines ! — Ben oui, elle s’était perdue ! Je l’aime, on l’a achetée exprès avec mon mari, une chienne de race ! — De race ? Olivier regarda Lada. C’est juste une croisée. — Un métis rare ! Très cher ! Olivier se leva. Lada se colla contre lui. — D’accord. Si c’est bien votre chienne, montrez-moi ses papiers. — Quels papiers ? — Passeport vétérinaire, certificats de vaccination. N’importe quoi. La femme hésita : — Je les ai à la maison. Pas besoin ! Je la reconnais, c’est tout ! Gerda, viens ici ! Lada ne bougea pas. — Gerda ! Viens immédiatement ! La chienne se pressa encore un peu contre Olivier. — Vous voyez ? dit-il calmement. Elle ne vous connaît pas. — Elle fait la tête parce que je l’ai perdue ! cria la femme. Rendez-moi mon chien ! C’est du vol ! Des passants commencèrent à tourner la tête. — Vous savez quoi ? fit Olivier, sortant son téléphone, réglons ça légalement. J’appelle la police. — Appelez donc ! Je vais prouver que c’est la mienne ! J’ai des témoins ! — Quels témoins ? — Mes voisins m’ont vue quand elle s’est sauvée ! Olivier composa le numéro, le cœur battant. Et si elle disait vrai ? Si Lada s’était vraiment échappée ? Mais pourquoi être restée un mois devant l’épicerie, alors ? Pourquoi ne pas avoir retrouvé sa maison ? Et surtout, pourquoi tremblait-elle à présent sous sa main, cherchant refuge ? — Allô ? Police ? J’aurais besoin d’aide, il s’agit d’un différend au sujet d’un chien… La femme ricana : — Vous verrez. La justice triomphera. Rendez-moi mon chien ! Lada se serra encore plus fort contre Olivier. Il comprit alors qu’il se battrait pour elle. Jusqu’au bout. Car Lada était bien plus qu’un chien, elle était devenue sa famille. Le policier de quartier, l’agent Dubois — un type posé, carré — arriva une demi-heure plus tard. Olivier le connaissait de la copropriété. — Bon, expliquez-moi la situation, dit-il en sortant son carnet. La femme s’emporta la première : — C’est ma chienne ! Gerda ! On l’avait achetée 2 000 euros ! Elle s’est sauvée il y a six mois, je l’ai cherchée partout ! Ce monsieur me l’a volée ! — Je ne l’ai pas volée. Je l’ai trouvée devant l’épicerie du quartier. Elle était là, affamée, pendant un mois préalable. — Ah parce qu’elle s’est perdue ! Dubois observa Lada, toujours collée à Olivier. — Vous avez des documents ? — Oui. — Olivier sortit son dossier. — Voici le certificat de la clinique vétérinaire, après l’accident de voiture. Son passeport, vaccins à jour. L’agent regarda les papiers. — Et vous, madame ? — Mes pièces sont chez moi ! Mais ça ne change rien, c’est bien ma Gerda ! — Pouvez-vous me raconter précisément comment elle s’est perdue ? demanda Dubois. — Euh… En promenade, elle s’est enfuie. Je l’ai cherchée, j’ai mis des affiches. — Où la promenade ? — Au parc, pas loin. — Et vous habitez où ? — Boulevard Victor Hugo. Olivier tressaillit : — Mais c’est à deux kilomètres de l’épicerie où je l’ai trouvée. Comment aurait-elle fini là ? — Euh… Elle s’est sûrement perdue… — Les chiens retrouvent leur chemin, d’habitude. La femme rougit : — Qu’est-ce que vous y connaissez, aux chiens ? — Je sais une chose, répondit Olivier, une chienne aimée ne reste pas un mois à attendre dehors, affamée. Elle cherche sa famille. — J’ai une question, ajouta l’agent Dubois. — Vous avez mis des affiches. Mais pourquoi ne pas avoir signalé la disparition à la police ? — À la police ? Je n’y ai pas pensé. — En six mois ? Pour une chienne à 2 000 euros ? — Je pensais qu’elle rentrerait d’elle-même ! L’agent fronça les sourcils : — Vos papiers d’identité, s’il vous plaît. La femme, les mains tremblantes, chercha dans son sac : — Voici mon passeport. Dubois vérifia : — Tout est en règle. Dites-moi, la date exacte de la perte du chien ? — Le 20 ou le 21 janvier, quelque chose comme ça. Olivier montra son téléphone : — Je l’ai recueillie le 23 janvier. Et elle était déjà là depuis quasiment un mois. Donc elle s’était perdue avant. — Ou peut-être que je me trompe de date ! — la femme devenait nerveuse, puis finit par craquer : — D’accord, d’accord, gardez-la ! Mais je l’aimais, vous savez ! Silence. — Comment avez-vous pu faire ça ? murmura Olivier. — Mon mari a dit qu’on devait déménager et avec un chien, c’était impossible. Impossible à vendre, pas vraiment de race… Alors je l’ai laissée devant l’épicerie. Je me disais que quelqu’un la prendrait. Olivier sentit tout son être se soulever. — Vous l’avez abandonnée ? — Je l’ai laissée, pas abandonnée ! J’espérais qu’on la recueillerait. — Et aujourd’hui, pourquoi revenir ? La femme éclata en sanglots : — J’ai divorcé. Mon mari est parti. Je suis seule… Je voulais récupérer Gerda, je l’aimais ! Olivier n’arrivait pas à y croire. — De l’amour ? — Il répéta lentement. — On n’abandonne pas ceux qu’on aime. L’agent Dubois ferma son carnet. — C’est clair. Ce chien appartient à monsieur… — il consulta le passeport — Laurent. Il a pris soin de l’animal, l’a soignée, régularisé les papiers. Juridiquement, il n’y a rien à dire. La femme pleura : — Mais j’ai changé d’avis ! Je la veux à nouveau ! — Trop tard, répliqua sèchement Dubois. On n’abandonne pas, puis on revient comme si de rien n’était. Olivier s’accroupit auprès de Lada, la prit dans ses bras : — C’est fini, ma belle. Tout va bien. — Je peux au moins la caresser une dernière fois ? supplia la femme. Olivier regarda Lada. Elle rentra les oreilles, se blottit sous sa main. — Vous voyez ? Elle a peur de vous. — Ce n’était pas intentionnel. Les circonstances… — Vous savez… Les circonstances, ça ne tombe pas du ciel. Les gens les créent. Vous, vous avez choisi d’abandonner un être vivant. Et maintenant, vous regrettez. Mais ce n’est plus possible. La femme partit, vite, sans se retourner. Dubois tapota l’épaule d’Olivier : — Bonne décision. Ça se voit qu’elle tient à vous. — Merci. Vraiment. — Je connais — moi aussi, j’ai des chiens. Je sais. Quand l’agent fut parti, Olivier resta seul avec Lada. — Tu sais, plus rien ni personne ne nous séparera. Je te le promets. Lada leva les yeux vers lui. Il y vit plus que de la reconnaissance. Un amour infini, sans condition. — On rentre à la maison ? Lada aboya de joie et trottina à ses côtés. Sur le chemin, Olivier repensait aux paroles de la femme. Elle avait raison sur un point : la vie n’est jamais prévisible. On peut perdre son travail, son logement, tout. Mais il y a des choses qu’on ne doit jamais perdre : la responsabilité, l’amour, la compassion. À la maison, Lada s’installa sur son tapis favori. Olivier prépara le thé, s’assit à côté d’elle. — Tu sais, ma Lada… Au fond, c’est peut-être mieux ainsi. Maintenant, on sait qu’on a besoin l’un de l’autre. Lada poussa un long soupir, comblée.
Les médecins restent captivés par le nouveau‑né, mais à peine une minute plus tard, un moment inattendu les surprend, leur donnant la chair de poule à tous les présents.