Et elle comprit aussi que sa belle-mère nétait pas aussi acariâtre quelle lavait cru pendant toutes ces années.
Le matin du 30 décembre navait rien de particulier : cela faisait douze ans tout pile que Camille et moi, Pierre, partagions notre vie. Comme dhabitude, il était parti dès laube à la chasse et ne reviendrait pas avant le déjeuner du 31, notre fils était chez ses grands-parents à Tours, et moi, Élodie, je me retrouvais encore une fois seule à la maison, à Lyon.
Jen avais pris lhabitude depuis toutes ces années. Pierre était un passionné de pêche et de chasse, il passait tous ses week-ends et jours fériés en pleine nature, quil vente ou quil pleuve, tandis que moi, je restais à lattendre, à la maison.
Mais ce matin-là, une mélancolie inhabituelle sétait installée. Dordinaire, lors de ces journées solitaires, je moccupais à faire un grand ménage, à préparer des plats en avance, enfin, il y a toujours mille choses à faire à la maison. Demain cétait le réveillon du Nouvel An, que nous passions chaque année chez ma belle-mère, Hélène, sans la moindre surprise ou changement. Mais aujourdhui, aucune envie, et tout me tombait des mains.
Alors, quand mon téléphone sonna, jen fus presque soulagée. Ma meilleure amie de lycée, Solène, toujours pleine dentrain et divorcée depuis quelques années, aimait organiser des soirées chez elle. Cette fois encore, elle mappelait :
Je parie que tu es encore toute seule à la maison, dit-elle en riant Pierre est reparti dans ses forêts, hein ? Viens donc ce soir, il y aura une très bonne ambiance, pourquoi rester à ressasser toute seule ?
Je nai rien promis, je pensais rester tranquillement chez moi ; mais à la tombée de la nuit, la solitude devint pesante. Des souvenirs me revenaient, et ce soir plus que dhabitude, jétais peinée de ne pas avoir mon mari à mes côtés.
Toutes ces années, mon univers sétait réduit à la maison, mon boulot, notre fils et rien dautre. Nous ne sortions jamais, Pierre sennuyait à mourir quand on allait voir des gens, il ne pensait quà la pêche ou à la chasse. Quant à moi, je naimais pas y aller seule. Résultat, nous ne partions pas en vacances, nous passions lété chez ma mère, dans un petit village près dAngers. Cela me rassurait que Pierre sentende si bien avec ma mère, mais, au fond de moi, je rêvais de voir la mer, de voyager, de découvrir le monde.
Finalement, en pensant à tout cela, je me suis dit : Pourquoi ne pas aller chez Solène ce soir, plutôt que de ruminer toute seule ?. Là-bas, lambiance était chaleureuse, nos anciens copains de lycée étaient présents, et jai passé une soirée formidable.
Et puis, il y avait Mathieu, mon tout premier amour de lycée. Les choses se sont faites sans que je comprenne vraiment comment ; nous avons fini la nuit ensemble. Jétais un peu grise, pas vraiment ivre, mais les souvenirs avaient eu raison de moi.
Le lendemain matin, honteuse, gênée, jaurais voulu effacer cette nuit, oublier ce faux-pas. Je suis littéralement partie en courant de lappartement de Mathieu.
En rentrant, une surprise mattendait : à peine la porte franchie, jai vu le manteau de Pierre. Il était rentré bien plus tôt que dhabitude ! Mes jambes se sont mises à trembler sil découvrait que je navais pas passé la nuit à la maison, jimaginais déjà la scène, les cris, la rupture. Je savais quil ne me le pardonnerait jamais. Moi-même, je ne me serais pas pardonnée.
Je me détestais davoir été aussi stupide, de risquer de détruire notre famille alors que jaimais mon mari. Soudain, le téléphone de la maison a sonné. Cétait Hélène, ma belle-mère :
Je ne sais pas ce quil se passe chez vous, ma chérie, mais Pierre ma appelée au beau milieu de la nuit, il narrivait pas à te joindre. Je lui ai dit que tu étais chez ta tante Lucie, quelle nallait pas bien et que tu étais restée avec elle Alors ne me fais pas mentir, hein.
Jamais, au grand jamais, je naurais imaginé ma belle-mère me couvrir de la sorte. Nos relations étaient bizarres : on na jamais crié, mais Hélène ne ma jamais porté dans son cœur. Elle était contre notre mariage, quelle jugeait précipité, et les premières années, nous avons dû vivre tous ensemble sous le même toit ce nétait pas drôle tous les jours. Ensuite, notre relation sest refroidie : on se voyait aux fêtes de famille, mais jamais plus. Pourtant, là, jétais pleine de gratitude envers elle. Peu importait la suite : lessentiel, cétait que Pierre ne découvre jamais où javais vraiment passé la nuit.
Le soir, nous sommes allés chez Hélène pour préparer le réveillon. Profitant dun moment seules dans la cuisine, jai voulu la remercier, même avouer mes torts. Mais elle a balayé laffaire dun revers de main :
Allons, tu me prends pour qui ? Tu crois que je ne comprends pas ce que cest que de vivre avec un homme obsédé par ses passions ? Je ne suis pas une sainte non plus Regarde ton beau-père, Gérard, toujours parti à courir la campagne, tu crois que je ne ten veux pas, moi non plus ? Lessentiel, cest que ça ne devienne pas une habitude, nest-ce pas ?
Jai compris. Et puis, je me suis rendu compte quHélène nétait pas la mégère que je croyais. Elle comprenait tout. Finalement, lhistoire sest bien terminée, et je me suis fait la promesse : plus jamais je ne ferai un pas hors de chez moi sans mon mari.
Tiré du net.







