La Promesse Denis conduisait sereinement sur l’autoroute, tenant le volant avec assurance. À ses côtés, son ami Cyril, tous deux revenaient d’une mission professionnelle à Lyon pour leur entreprise. Leur patron les avait envoyés deux jours pour négocier un contrat important. – Cyr, tu te rends compte, on a géré ça comme des pros et on a signé un contrat énorme, le patron sera ravi ! s’exclama Denis dans un sourire. – On a vraiment eu du bol, confirma Cyril, collègue et ami de longue date, tous deux travaillaient dans le même open space parisien. – C’est fou comme c’est agréable de rentrer chez soi quand quelqu’un t’attend ! ajouta Denis. Ma chérie, Ariane, est enceinte, elle souffre de nausées et je la plains. Mais on voulait ce bébé plus que tout, elle dit qu’elle est prête à tout endurer pour lui. – Un enfant c’est merveilleux… Avec Marianne, on n’a pas réussi, elle n’arrive pas à mener une grossesse à terme. On va tenter une deuxième FIV, la première n’a pas marché, raconta Cyril, marié à Marianne depuis sept ans. Ils attendaient un enfant avec impatience, mais… Denis avait épousé Ariane tard, à trente-deux ans. Il avait eu des aventures, mais personne comme elle. Quand il la présenta à Cyril et qu’il l’épousa – Cyril était témoin au mariage – il le comprenait, Ariane était belle et douce, il aurait été facile de tomber amoureux d’elle. Un petit crachin de septembre tapotait les vitres de la voiture, les essuie-glaces balayèrent parfois, les amis bavardaient gaiement. Le portable de Denis sonna, il répondit. – Coucou Ariane ! Oui, on roule, on sera là dans deux heures. Prends soin de toi, ne porte rien de lourd, j’arrive, je m’occupe de tout. Bisous ! Cyril pensait à Marianne, qui ne l’appelait jamais, elle n’était pas du genre à s’inquiéter, elle croyait que leur couple était solide, mais elle était tout autre qu’Ariane, toujours méthodique, entre boulot et maison. Soudain, Denis fit une embardée : un camion arrivait droit sur eux, la collision était inévitable… Ils heurtèrent un poteau du côté de Denis et furent projetés hors de la route. Cyril reprit connaissance, la tête en sang, la voiture était sur ses roues, la portière de son côté ouverte. Denis ne bougeait pas. Les secours arrivèrent, les voitures s’arrêtèrent sur le bas-côté. Cyril, allongé, attendait l’ambulance, la tête vrillée de douleur. On installa Denis sur un brancard, Cyril se pencha vers lui, Denis murmura : – Prends soin d’Ariane… À l’hôpital, Cyril avait le bras cassé et une commotion. Il demandait sans cesse des nouvelles de Denis. Une infirmière lui annonça : – Denis est décédé… Cyril fut dévasté. Il ne put aller aux obsèques. Marianne lui raconta qu’Ariane pleura énormément, incapable de croire que son mari était parti. Après sa convalescence, Cyril se rendit au cimetière avec Marianne, ils se recueillirent longuement. Cyril promit à son ami : – Je te le jure, Denis, je n’abandonnerai pas Ariane, je lui viendrai en aide, comme tu l’as demandé… Deux jours plus tard, il se rendit chez Ariane, elle fondit en larmes. – Comment vivre sans lui ? Je n’arrive pas à accepter qu’il soit parti. – Ariane, j’ai fait une promesse à Denis. Ensemble, on va y arriver. Appelle-moi dès que tu as besoin, je viendrai te voir. Les semaines passèrent. Ariane, éprouvée, craignait pour sa grossesse. Cyril venait deux fois par semaine, faisait les courses, l’emmenait à la clinique, toujours discret. Ariane n’abusait pas de sa gentillesse. – Cyril, je suis gênée, je prends de ton temps… – Ce n’est rien, j’ai fait une promesse à Denis. Cyril ressentait des sentiments mêlés pour Ariane, la femme de ses rêves – mais la situation le troublait. Tandis qu’Ariane vivait ses maux de grossesse, Cyril et Marianne enchaînaient examens et médecins – encore une FIV ratée… Leur solitude était routinière. Marianne ignorait l’aide que son mari apportait à Ariane. Dans le téléphone de Cyril, Ariane était enregistrée sous “Charité” pour éviter les questions. Après l’échec de la seconde tentative, la tension monta au sein du couple. Marianne en voulait à Cyril, elle le trouvait froid, distant, et ses allées et venues la rendaient suspicieuse. Elle doutait d’une infidélité, mais rien dans leur intimité ne clochait. Cyril, en déséquilibre dans sa vie personnelle, trouvait pleine satisfaction au travail, menant à terme le projet lancé avec Denis et concluant un gros contrat. À mesure que la grossesse d’Ariane avançait, elle s’affaiblissait. Ses parents, à Toulouse, étaient loin. Elle souffrait de migraines, de jambes gonflées, mais se plaignait peu. Un jour, Cyril la trouva perchée sur un escabeau, accrochant des rideaux. – Je viens de laver la fenêtre ! Quoi, tu trouves le ventre impressionnant ? lança-t-elle en riant. – Descends tout de suite, ordonna Cyril. Si tu chutais, tu risquerais la vie du bébé. Il l’aida, la frôla, sentit un frisson le traverser. – Merci, Cyr… dit-elle, avant de filer à la salle de bain, la nausée la reprenait. Cyril pensait : – Denis, là où tu es, tu vois ? Tu as voulu que je sois là… Une autre fois, Ariane lui demanda : – Pourrais-tu m’aider à aménager la chambre de bébé ? Après, je n’aurai plus la force… Cyril s’occupa des travaux, refusant qu’Ariane se fatigue. Ils finirent ensemble la chambre. De son côté, Marianne sombrait dans la dépression, parlant sans cesse de son infertilité. Ariane, elle, approchait du terme. Marianne sentit qu’il fallait sauver leur couple : elle accepta d’écrire des chroniques pour un grand magazine féminin. Ce boulot la motiva, lui rapporta un joli cachet. Elle rentra chez eux avec de quoi fêter : plein de bonnes choses et deux bouteilles de vin. – Qu’est-ce qu’on célèbre ? s’étonna Cyril en rentrant. – J’ai décroché ce gros contrat, il faut marquer le coup ! Leur film préféré passait à la télé, ils savouraient le vin. Soudain, le téléphone de Cyril sonna. Marianne lut par-dessus son épaule : “Charité”. Il se précipita dans la cuisine. – Ariane ? Qu’est-ce qui se passe ? – Excuse, Cyril… je crois que le travail commence… J’ai appelé le SAMU. – Mais ce n’est pas encore le moment ! – Sept mois, ça peut arriver… soufflait-elle entre deux douleurs. – J’arrive tout de suite à la maternité. Il s’habilla à la hâte. Son épouse l’observa, inquiète. – Tu pars ? C’est qui au téléphone ? – Le patron… Un problème urgent pour la fondation. Je t’expliquerai, crois-moi… Mais Marianne n’y crut pas. – Quelle fondation, quel patron ? Tu me prends pour une idiote ? Cyril fila vers la maternité. On lui annonça qu’Ariane était déjà là. Après deux heures d’attente, l’infirmière vint lui dire : Ariane a donné naissance à un garçon. Soulagé, il rentra chez lui, épuisé. Marianne ne dormait pas, elle le fixa longuement. – Ta “charité” t’a épuisé, lança-t-elle d’un ton mordant. Cyril se laissa tomber sur le canapé. – Oui, Marianne… Ariane a accouché. J’ai promis à Denis de l’aider, elle est seule… – Je comprends tout maintenant… marmonna-t-elle, les pieces du puzzle assemblées. Maintenant, tu vas devoir t’occuper d’Ariane et du bébé, n’est-ce pas ? – Oui, admit Cyril sincèrement. – Eh bien… tu me connais, je n’accepterai jamais ça. Pas question d’offrir ton temps à un autre enfant, surtout que nous n’en n’aurons sans doute jamais. Je demanderai le divorce. Ou alors je rencontrerai un homme et réussirai à avoir un enfant… Cyril la regarda, comprit qu’elle le tenait responsable de leur infertilité. – C’est ton choix, Marianne. Je dois aider Ariane et son fils. Les mois passèrent. Marianne demanda le divorce. Cyril s’installa chez Ariane, veilla sur le petit Daniel. Deux ans plus tard, ils se marièrent et eurent une fille. Merci d’avoir lu cette histoire, pour votre soutien et vos abonnements. Que la vie vous soit favorable !

La promesse

Jean tenait le volant avec calme, guidant sa Peugeot sur lautoroute, son ami Olivier assis à ses côtés. Ils revenaient dune mission à Rouen, envoyés pour deux jours par leur patron.

Oliv, on a vraiment géré cette affaire dune main de maître, et le contrat est signé pour une grosse somme, le patron va être ravi, dit Jean avec un sourire.

Cest clair, on a eu du bol, répondit Olivier, son collègue du même bureau.

Cest agréable de rentrer chez soi quand quelquun tattend, reprit Jean. Ma Louise est enceinte, elle souffre de nausées. Ça me fait mal au cœur, mais on voulait tellement un enfant Elle ma promis de supporter tout ça pour notre bébé.

Les enfants, cest formidable. Mais avec Camille, ça ne marche pas Elle narrive pas à mener une grossesse à terme. On tente une deuxième FIV, la première na pas fonctionné, confia Olivier, marié à Camille depuis sept ans, espérant toujours leur enfant, mais

Jean sétait marié sur le tard, à trente-deux ans. Il avait eu quelques histoires, mais jamais de grand amour… Jusquà rencontrer Louise. Il en était tombé éperdument amoureux, au point de ne plus voir que par elle.

Quand Jean avait présenté Louise à Olivier, puis lors de leur mariage, Olivier, témoin, avait un peu envié son ami. Louise était belle, douce, on ne pouvait que tomber sous son charme.

De fines gouttes dautomne frappaient le pare-brise, les essuie-glaces balayaient par intermittence. Les deux amis discutaient gaiement. Le téléphone de Jean sonna ; il décrocha.

Salut, ma Lou, oui, on est sur la route, on sera là dans deux heures. Tu tiens le coup ? Fais attention, pas defforts, je ferai tout à mon retour. Je tembrasse fort.

Olivier écoutait, imaginant Louise attendant Jean, inquiète. Il pensa aussi à sa Camille qui ne lappelait jamais; elle le croyait acquis, lui, toujours là. Pas du tout comme Louise, vive et attentionnée.

Tout à coup, Jean braqua subitement le volant. Un vieux fourgon arrivait en face, le choc était inévitable. Au dernier moment, ils percutèrent un poteau du côté de Jean et dérapèrent hors de la route. Olivier reprit ses esprits, une douleur à la tête, du sang sur son bras. La portière de son côté était ouverte. Regardant Jean, il le vit immobile.

Des passants accoururent, des voitures sarrêtaient sur le bas-côté. Olivier, couché sur la pelouse mouillée, sentait pulsations et douleur. On attendit les secours. On extirpa Jean de la voiture et on le posa sur une civière. Olivier penché vers son ami lentendit murmurer :

Prends soin de Louise

Ils furent emmenés à lhôpital. Olivier avait le bras cassé et une commotion. Il restait conscient. Il interrogeait les soignants :

Jean va comment ? Mon ami ?

Et puis, une infirmière lui annonça :

Jean est décédé

Olivier fut abattu. Il ne put assister aux obsèques. Camille, venue lui rendre visite, raconta que la femme de Jean pleurait sans cesse, incapable de croire à la disparition de son mari, se tenant à peine devant le cercueil.

Sorti dhôpital, Olivier partit au cimetière avec Camille; ils restèrent longtemps devant la tombe de Jean. Intérieurement, Olivier fit sa promesse :

Ne tinquiète pas, mon ami, je ne laisserai pas Louise seule, je laiderai, comme tu me las demandé

Deux jours plus tard, il se rendit chez Louise, sonna. À sa vue, elle fondit en larmes.

Comment vais-je vivre sans lui ? Je narrive pas à croire quil nest plus là.

Louise, jai promis à Jean de taider. On sen sortira à deux. Appelle-moi dès que tu as besoin, je passerai.

Le temps passa. Louise se remit un peu, craignait de perdre le bébé à cause de ses angoisses. Le médecin le redoutait aussi. Olivier venait la voir deux fois par semaine: il lui apportait des courses, achetait des vitamines, lemmenait à la clinique, et partout où elle avait besoin. Louise ne profitait jamais de sa gentillesse, elle nappelait quen cas de vraie nécessité.

Olivier, je ne veux pas te déranger, tu as déjà tant à faire.

Ça ne me coûte rien, cest ma promesse à Jean.

Olivier ressentait envers Louise des sentiments troublants. Elle représentait la femme de ses rêves, mais la situation le dépassait.

Tandis que Louise luttait avec la grossesse, Olivier et Camille recommençaient le tour des analyses, consultations, routines médicales La stérilité restait leur souffrance. Camille ne savait pas quOlivier aidait Louise, il ne lui avait jamais expliqué. Dans son téléphone, Louise figurait sous le nom «Solidarité», de peur que sa femme ne découvre la vérité.

Après la deuxième FIV ratée, une tension sinstalla dans le couple. Camille pensait quOlivier était responsable. Lui, à force, ne pensait plus à rien.

Camille voyait bien que son époux avait changé, souvent distrait, parfois nerveux, partait pour des raisons obscures. Lhypothèse dune aventure lui paraissait invraisemblable, leur intimité navait pas fléchi.

Olivier en était conscient, sa vie privée était en crise, mais professionnellement tout roulait. Il termina le projet commencé avec Jean, décrocha un nouveau contrat lucratif.

Plus la grossesse avançait, plus Louise devenait vulnérable. Sa famille vivait loin, dans le centre de la France, elle navait près delle personne en ville. Elle souffrait de migraines, avait les jambes gonflées, mais ne se plaignait jamais auprès dOlivier.

Un jour, en arrivant avec les commissions, il la surprit sur un escabeau, tentant de poser de nouveaux rideaux.

Jai lavé la fenêtre, expliqua-t-elle, je mets des rideaux neufs.

Descends tout de suite, ordonna-t-il sérieusement en voyant son ventre rond. Si tu tombes, tu mets le bébé en danger !

Il laida à descendre, ils se retrouvèrent tout proches, Olivier sentit un frisson lui parcourir le corps.

Merci, Oliv Puis elle courut à la salle de bains, rattrapée par sa nausée.

Olivier soupira, sépongea le front, pensant :

Est-ce que Jean me voit, de là où il se trouve? Il a cherché, il ma demandé de veiller sur elle

Lors dune visite suivante, Louise lui dit :

Olivier, pourrais-tu maider à aménager la chambre du bébé ? Bientôt, je naurai plus le temps. Jai vu de beaux papiers peints dans un magasin.

Olivier dut sy mettre. Impossible de laisser Louise travailler seule, enceinte. Ils firent les travaux ensemble; Louise surtout le soutint moralement. Une fois la chambre finie, Olivier se débattait entre deux mondes: dun côté, Camille déprimée, parlant sans cesse de leur stérilité, de lautre, Louise pour qui laccouchement approchait.

Camille, guidée par son instinct, décida de se consacrer à son boulot pour préserver le couple. Elle écrivait des articles de presse. Un magazine parisien lui proposa de tenir une chronique régulière. Elle accepta avec enthousiasme, se lançant à fond dans ce nouveau défi. Elle reçut une belle somme pour son premier texte. Heureuse, elle rentra chargée de victuailles et deux bonnes bouteilles de vin.

Cest quoi tout ça ? On fête quelque chose ? sexclama Olivier, rentré du bureau.

Oui, jai touché un bon cachet. Il fallait que je marque le coup, je lattendais ce contrat!

À la télé, passait leur film préféré. Camille voulut retrouver leur complicité passée, espérant faire renaître de la chaleur entre eux. Elle dressa la table basse, posa le vin, appela Olivier pour trinquer devant leur comédie fétiche, tous deux à papoter doucement.

Soudain le téléphone dOlivier sonna. Camille lut par-dessus son épaule «Solidarité». Il séclipsa promptement vers la cuisine.

Quest-ce qui se passe ? demanda-t-il.

Oliv, excuse-moi mais je crois que le travail commence Jai déjà appelé les secours.

Quoi, cest trop tôt

Sept mois, ça arrive, dit-elle dans un souffle douloureux.

Je viens à la maternité tout de suite.

Il shabilla à la hâte. Camille le regarda partir, inquiète.

Tu ten vas?

Oui, inventa-t-il en sortant, il y a une urgence caritative, cest le patron qui mappelle Je texpliquerai. Crois-moi, cest très important…

Mais Camille nen croyait pas un mot.

Quelle caritative, quel patron Il me mène en bateau, Olivier.

Olivier fila en voiture vers la maternité, assez loin du centre. Là-bas, Louise venait darriver. Il attendit deux heures, jusquà ce quune infirmière lui annonce la bonne nouvelle: Louise avait donné naissance à un garçon. Olivier poussa un grand soupir, exténué, pensant :

Heureusement, tout sest bien passé. Jétais si anxieux

Il rentra tard dans la nuit. Camille, qui navait pas dormi, le regarda longuement, comprit quil était épuisé.

Ta solidarité ta vraiment ruiné ce soir, ironisa-t-elle.

Olivier saffala sur le canapé, manteau sur le dos.

Oui, Camille, oui Louise a accouché dun fils ce soir, javais promis à Jean de laider. Elle est complètement seule.

Daccord, tout sexplique, murmura-t-elle. Et maintenant tu vas assister Louise avec le nouveau-né, non?

Oui, répondit sincèrement Olivier.

Eh bien Tu me connais, je ne peux laccepter. Que tu passes ton temps avec lenfant dune autre, alors que nous nen avons pas, et nen aurons peut-être jamais Je demande le divorce. Fais ce que tu veux. Je rencontrerai peut-être un autre homme et, qui sait, deviendrai mère.

Olivier la fixa, surpris. Elle le voyait responsable de leur infertilité.

Cest ton choix, Camille, je nai rien à ajouter. Je dois soutenir Louise et le bébé.

Le temps passa. Camille obtint le divorce. Olivier sinstalla chez Louise, soccupa du petit Paul. Quelques mois plus tard, ils se marièrent. Deux ans plus tard, une fille vint compléter leur bonheur.

Merci davoir lu, abonné et pour votre soutien. Bonne chance sur le chemin de la vie !

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La Promesse Denis conduisait sereinement sur l’autoroute, tenant le volant avec assurance. À ses côtés, son ami Cyril, tous deux revenaient d’une mission professionnelle à Lyon pour leur entreprise. Leur patron les avait envoyés deux jours pour négocier un contrat important. – Cyr, tu te rends compte, on a géré ça comme des pros et on a signé un contrat énorme, le patron sera ravi ! s’exclama Denis dans un sourire. – On a vraiment eu du bol, confirma Cyril, collègue et ami de longue date, tous deux travaillaient dans le même open space parisien. – C’est fou comme c’est agréable de rentrer chez soi quand quelqu’un t’attend ! ajouta Denis. Ma chérie, Ariane, est enceinte, elle souffre de nausées et je la plains. Mais on voulait ce bébé plus que tout, elle dit qu’elle est prête à tout endurer pour lui. – Un enfant c’est merveilleux… Avec Marianne, on n’a pas réussi, elle n’arrive pas à mener une grossesse à terme. On va tenter une deuxième FIV, la première n’a pas marché, raconta Cyril, marié à Marianne depuis sept ans. Ils attendaient un enfant avec impatience, mais… Denis avait épousé Ariane tard, à trente-deux ans. Il avait eu des aventures, mais personne comme elle. Quand il la présenta à Cyril et qu’il l’épousa – Cyril était témoin au mariage – il le comprenait, Ariane était belle et douce, il aurait été facile de tomber amoureux d’elle. Un petit crachin de septembre tapotait les vitres de la voiture, les essuie-glaces balayèrent parfois, les amis bavardaient gaiement. Le portable de Denis sonna, il répondit. – Coucou Ariane ! Oui, on roule, on sera là dans deux heures. Prends soin de toi, ne porte rien de lourd, j’arrive, je m’occupe de tout. Bisous ! Cyril pensait à Marianne, qui ne l’appelait jamais, elle n’était pas du genre à s’inquiéter, elle croyait que leur couple était solide, mais elle était tout autre qu’Ariane, toujours méthodique, entre boulot et maison. Soudain, Denis fit une embardée : un camion arrivait droit sur eux, la collision était inévitable… Ils heurtèrent un poteau du côté de Denis et furent projetés hors de la route. Cyril reprit connaissance, la tête en sang, la voiture était sur ses roues, la portière de son côté ouverte. Denis ne bougeait pas. Les secours arrivèrent, les voitures s’arrêtèrent sur le bas-côté. Cyril, allongé, attendait l’ambulance, la tête vrillée de douleur. On installa Denis sur un brancard, Cyril se pencha vers lui, Denis murmura : – Prends soin d’Ariane… À l’hôpital, Cyril avait le bras cassé et une commotion. Il demandait sans cesse des nouvelles de Denis. Une infirmière lui annonça : – Denis est décédé… Cyril fut dévasté. Il ne put aller aux obsèques. Marianne lui raconta qu’Ariane pleura énormément, incapable de croire que son mari était parti. Après sa convalescence, Cyril se rendit au cimetière avec Marianne, ils se recueillirent longuement. Cyril promit à son ami : – Je te le jure, Denis, je n’abandonnerai pas Ariane, je lui viendrai en aide, comme tu l’as demandé… Deux jours plus tard, il se rendit chez Ariane, elle fondit en larmes. – Comment vivre sans lui ? Je n’arrive pas à accepter qu’il soit parti. – Ariane, j’ai fait une promesse à Denis. Ensemble, on va y arriver. Appelle-moi dès que tu as besoin, je viendrai te voir. Les semaines passèrent. Ariane, éprouvée, craignait pour sa grossesse. Cyril venait deux fois par semaine, faisait les courses, l’emmenait à la clinique, toujours discret. Ariane n’abusait pas de sa gentillesse. – Cyril, je suis gênée, je prends de ton temps… – Ce n’est rien, j’ai fait une promesse à Denis. Cyril ressentait des sentiments mêlés pour Ariane, la femme de ses rêves – mais la situation le troublait. Tandis qu’Ariane vivait ses maux de grossesse, Cyril et Marianne enchaînaient examens et médecins – encore une FIV ratée… Leur solitude était routinière. Marianne ignorait l’aide que son mari apportait à Ariane. Dans le téléphone de Cyril, Ariane était enregistrée sous “Charité” pour éviter les questions. Après l’échec de la seconde tentative, la tension monta au sein du couple. Marianne en voulait à Cyril, elle le trouvait froid, distant, et ses allées et venues la rendaient suspicieuse. Elle doutait d’une infidélité, mais rien dans leur intimité ne clochait. Cyril, en déséquilibre dans sa vie personnelle, trouvait pleine satisfaction au travail, menant à terme le projet lancé avec Denis et concluant un gros contrat. À mesure que la grossesse d’Ariane avançait, elle s’affaiblissait. Ses parents, à Toulouse, étaient loin. Elle souffrait de migraines, de jambes gonflées, mais se plaignait peu. Un jour, Cyril la trouva perchée sur un escabeau, accrochant des rideaux. – Je viens de laver la fenêtre ! Quoi, tu trouves le ventre impressionnant ? lança-t-elle en riant. – Descends tout de suite, ordonna Cyril. Si tu chutais, tu risquerais la vie du bébé. Il l’aida, la frôla, sentit un frisson le traverser. – Merci, Cyr… dit-elle, avant de filer à la salle de bain, la nausée la reprenait. Cyril pensait : – Denis, là où tu es, tu vois ? Tu as voulu que je sois là… Une autre fois, Ariane lui demanda : – Pourrais-tu m’aider à aménager la chambre de bébé ? Après, je n’aurai plus la force… Cyril s’occupa des travaux, refusant qu’Ariane se fatigue. Ils finirent ensemble la chambre. De son côté, Marianne sombrait dans la dépression, parlant sans cesse de son infertilité. Ariane, elle, approchait du terme. Marianne sentit qu’il fallait sauver leur couple : elle accepta d’écrire des chroniques pour un grand magazine féminin. Ce boulot la motiva, lui rapporta un joli cachet. Elle rentra chez eux avec de quoi fêter : plein de bonnes choses et deux bouteilles de vin. – Qu’est-ce qu’on célèbre ? s’étonna Cyril en rentrant. – J’ai décroché ce gros contrat, il faut marquer le coup ! Leur film préféré passait à la télé, ils savouraient le vin. Soudain, le téléphone de Cyril sonna. Marianne lut par-dessus son épaule : “Charité”. Il se précipita dans la cuisine. – Ariane ? Qu’est-ce qui se passe ? – Excuse, Cyril… je crois que le travail commence… J’ai appelé le SAMU. – Mais ce n’est pas encore le moment ! – Sept mois, ça peut arriver… soufflait-elle entre deux douleurs. – J’arrive tout de suite à la maternité. Il s’habilla à la hâte. Son épouse l’observa, inquiète. – Tu pars ? C’est qui au téléphone ? – Le patron… Un problème urgent pour la fondation. Je t’expliquerai, crois-moi… Mais Marianne n’y crut pas. – Quelle fondation, quel patron ? Tu me prends pour une idiote ? Cyril fila vers la maternité. On lui annonça qu’Ariane était déjà là. Après deux heures d’attente, l’infirmière vint lui dire : Ariane a donné naissance à un garçon. Soulagé, il rentra chez lui, épuisé. Marianne ne dormait pas, elle le fixa longuement. – Ta “charité” t’a épuisé, lança-t-elle d’un ton mordant. Cyril se laissa tomber sur le canapé. – Oui, Marianne… Ariane a accouché. J’ai promis à Denis de l’aider, elle est seule… – Je comprends tout maintenant… marmonna-t-elle, les pieces du puzzle assemblées. Maintenant, tu vas devoir t’occuper d’Ariane et du bébé, n’est-ce pas ? – Oui, admit Cyril sincèrement. – Eh bien… tu me connais, je n’accepterai jamais ça. Pas question d’offrir ton temps à un autre enfant, surtout que nous n’en n’aurons sans doute jamais. Je demanderai le divorce. Ou alors je rencontrerai un homme et réussirai à avoir un enfant… Cyril la regarda, comprit qu’elle le tenait responsable de leur infertilité. – C’est ton choix, Marianne. Je dois aider Ariane et son fils. Les mois passèrent. Marianne demanda le divorce. Cyril s’installa chez Ariane, veilla sur le petit Daniel. Deux ans plus tard, ils se marièrent et eurent une fille. 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