Je viens de donner naissance, quand mon mari a été envoyé en mission à l’étranger pendant six mois.

Je me souviens comme si cétait hier: je venais tout juste daccoucher de mes jumeaux quand mon mari, Pierre, fut envoyé à létranger pour une mission de six mois. Avant son départ, il fit une visite dadieu chez sa mère à Lyon, et rentra avec un petit garçon de cinq ans sous le bras.
«Fais connaissance, cest mon fils, Lucas. Il restera avec nous», déclara Pierre, la tête baissée.

Je perdit la parole. À ce même instant, les nouveaunés se mirent à pleurer. Reprenant mes forces, je me précipitai auprès deux. Plus tard, Pierre me révéla la vérité.

Il y a six ans, il avait été contraint dépouser la voisine, Madame Bérangère, après une nuit dun soir qui avait abouti à une grossesse. Bérangère était renfermée, passait ses journées à feuilleter des encyclopédies et se croyait trop intelligente pour le petit village de SaintÉtienne. Quand la nouvelle de la grossesse fut annoncée, la mère de Bérangère se rendit chez Pierre, le menaça et le força à la cérémonie.

Après la naissance du garçon, Bérangère devint incontrôlable: elle ne reconnaissait plus personne, hurlait à la vue du bébé. On lenvoya dans un hôpital psychiatrique, et le petit Lucas fut confié à la mère de Pierre, Madame Jeanne. Pierre, quant à lui, ne soccupait presque jamais de son fils.

Lorsque Pierre me rencontra, il décida de me cacher ce passé, de peur de me perdre. Le jour où il devait partir, il revint chez sa mère pour y laisser de largent destiné à Lucas. Il découvrit alors que celleci ne pouvait plus subvenir aux besoins du petit. Cest pourquoi il lamena chez nous.

En regardant Lucas, mon cœur se serra. Dans ses yeux brillait la peur. Je le pris dans mes bras, le pressai contre moi et compris que cet enfant nétait en rien responsable de ce qui était arrivé. Pierre poussa un soupir de soulagement et membrassa.

Le lendemain, il senvola, promettant de revenir dans six mois pour que notre vie à trois enfants puisse enfin commencer.

Mais il ne revint jamais. Je fus seule avec les deux petits, Camille et Théo, et même ma mère, Madame Dubois, cessa de me parler, me jugeant folle. Pendant dix ans, jattendis son retour, pour finir par apprendre, par des connaissances, quil vivait désormais en Allemagne avec une femme fortunée.

Jamais je ne regrettai davoir accueilli Lucas. Il devint un programmeur talentueux, lun des meilleurs de la ville de Montpellier. Bien quil habitât désormais loin, chaque dimanche il revenait nous rendre visite, moi et mes deux fils, et passait la journée entière avec nous.

Un jour, Lucas arriva, un sourire mystérieux aux lèvres, et déclara:

Préparezvous, jai une surprise pour vous.

Nous descendîmes de la voiture devant une belle maison à deux étages. Lucas me tendit les clefs:

Entrez, maman, cest pour vous.

Je fus prise dune émotion si forte que je crus perdre connaissance. Lucas avait fait bâtir une demeure spacieuse, avec une pièce pour chacun. Les jumeaux couraient joyeusement dans les couloirs, sy habitant, et je serrai mon fils dans mes bras, le remerciant du fond du cœur.

Cest à moi de vous dire merci, maman, répondit Lucas. Vous mavez aimé comme votre propre enfant et mavez élevé malgré les épreuves. Jai toujours voulu tenir la promesse de mon père et bâtir une maison pour vous. Aujourdhui, mon rêve sest réalisé.

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