16 mars
Jai des amis que je qualifie de frugaux. Ils font des économies sur presque tout : la nourriture, les vêtements Ce ne sont pas des gens dans le besoin, au contraire, leur confort matériel pourrait en surprendre plus dun. Ils ont toujours de largent de côté. Autrement dit, ils pourraient se permettre bien des choses.
Avec eux, je ne partage rarement que les occasions spéciales. Le reste du temps, nous nous contentons de coups de fil rapides. Il y a un mois, ils mont convié à lanniversaire de lun deux. Jy suis allé et jen suis ressorti affamé.
Le jour J, après avoir glissé le cadeau acheté la veille dans mon sac, jai pris la direction du bureau. Pour lanniversaire, on mattendait à seize heures. Du coup, au déjeuner, je me suis limité à un café noir et deux petits biscuits, persuadé dêtre bientôt convié à une vraie fête.
Arrivé chez mes amis à lheure convenue, jai offert le cadeau et souhaité bonheur et santé. Jai plaisanté en disant, « Je meurs de faim, je nai rien avalé pour mieux profiter de ta table ! » Mon ami ma rassuré, « Mais tout est prêt, ne tinquiète pas ! »
Nous étions six invités, plus nos hôtes. En entrant dans le salon, jai compris quil ny aurait pas de table dressée : mes amis avaient opté pour un buffet. Pas une seule chaise, juste un petit canapé sur lequel nous devions nous serrer à huit. Un repas digne après une journée de travail aurait été agréable, mais allons, on sadapte.
Ma camarade a dressé un petit guéridon rond avec des mets. Et là, jai regretté mes pauvres biscuits du midi. Sur la table jai compté sans gêne attendaient quelques petites assiettes : huit rondelles de saucisson fumé (jen raffole), huit fines tranches de rôti, huit lamelles de fromage. Pas plus. Huit tranches dun beau rouge de tomate, huit fins morceaux de concombre. Tout était coupé très fin, joliment présenté, rien à redire, mais la quantité laissait à désirer. Deux saladier minuscules apparaissaient, remplis de salade. Idem côté fruits, strictement pour huit convives. Le tout relevé par une bouteille de vin posé au centre, avec pour mot dordre : « Régalez-vous, braves amis ! »
Jai mâchonné mon bout de saucisson, un morceau de fromage, mon estomac grondait encore. Même la bouteille ne me tentait guère, impossible daccompagner le vin dun bon morceau. Mon ami a lancé : « Je vais chercher un plat chaud. » Jai pensé : enfin, voilà mon salut ! La maîtresse de maison est revenue avec des assiettes chaudes.
Sur chaque assiette, un minuscule pomme de terre rôtie et une pilon de poulet. Tout juste un par personne ! Il y avait de quoi rire. Seule la pièce montée semblait taillée pour une fête authentique. Lambiance était pourtant bonne, personne ne sen plaignait vraiment.
Au bout dune heure et demi, je suis reparti chez moi toujours affamé.
Sur la route, je me suis arrêté à la supérette du quartier pour remplir mon sac de victuailles. Chez moi, jai mangé enfin à ma faim, un véritable dîner. Les économies de mes amis se sont faites, cette fois encore, sur le dos de leurs invités.
Je me demande : pourquoi inviter des gens à fêter un anniversaire si lon na pas envie, ou pas le cœur, de bien les accueillir ? En repartant, je me suis promis de toujours recevoir mes convives sans compter, et de ne jamais laisser personne repartir avec la faim au ventre.







